NON AU VOILE À L'ÉCOLE, OUI À L'ÉMANCIPATION DES FEMMES!

Article du journal de La Réunion
01/09/2008

Six jeunes lycéennes de Lislet-Geoffroy à Saint Denis ont été priées de retirer leur voile à l'école. Celles qui ont refusé ont été exclues en application d'une loi de 2004 qui interdit les signes religieux ostensibles dans tous les établissements scolaires publics.

Cette décision a été l'occasion d'une levée de boucliers où se sont entre autres retrouvés plusieurs associations et partis de gauche disant vouloir défendre la spécificité de la société multiculturelle réunionnaise, sans voir que derrière toutes les affaires de voiles se profilent des pressions réactionnaires venant de milieux religieux dont le but n'est certainement pas de défendre la liberté, en particulier celle des femmes.

Il s'en est suivi aussi toute une polémique sur la laïcité qui ne doit pas s'opposer à la tolérance. Mais en fait, ce n'est pas de laïcité qu'il s'agit là mais de défense du droit des femmes. Pour elles, le voile islamique est plus qu'une contrainte vestimentaire, c'est la marque d'une oppression et, à ce titre, une infamie. Pour les intégristes qui imposent à leurs femmes, leurs soeurs et leurs filles de le porter, le voile est un élément et le symbole de l'oppression dans laquelle ils veulent les maintenir. C'est au nom de ces idées et de ces comportements tout droit sortis de la barbarie moyenâgeuse que dans bien des pays des millions de femmes vivent recluses, enfermées non seulement derrière les murs de leur maison mais derrière le grillage de leur burka destinée à les masquer toute entière.

C'est aussi au nom de ces idées que des conseils de familles, bien évidemment constitués par des hommes, condamnent certaines d'entre elles à mourir lapidées, vitriolées ou étranglées pour le simple fait qu'elles mettent au monde un enfant hors mariage ou refusent d'épouser un vieillard ami des hommes de la famille.

Ici, la plupart du temps, les conditions de vie des femmes musulmanes n'en sont pas là. Mais contraindre, et pas seulement à l'école, des jeunes filles à porter le foulard, c'est commencer à leur réserver une place à part, un ghetto, c'est commencer à leur imposer une vie d'esclave sous prétexte qu'elles sont des femmes.

Au nom du « droit à la différence culturelle » certains en appellent au « droit » pour les jeunes musulmanes de porter le voile à l'école. S'ajoute parfois l'argument selon lequel, faute de ce droit, elles ne pourront avoir accès à la culture et aux enseignements. Cette attitude revient à baisser les bras devant une pression réactionnaire. Ce qui est en question, ce n'est pas le « droit » pour certaines de porter le voile, mais le droit pour des milliers de jeunes filles et de jeunes femmes de s'appuyer sur l'interdiction du voile pour résister aux contraintes que voudrait leur imposer leur milieu.

Dans bien des pays, des femmes qui subissent tout le poids de l'intégrisme musulman tentent de résister, et cela au péril de leur vie. Alors, on ne peut pas seulement protester hypocritement contre la situation faite aux femmes en Afghanistan, en Iran et ailleurs, et laisser faire ici. Bien sûr, certaines jeunes filles affirment que le port du voile représente leur choix personnel. Mais même si cela est vrai, ce choix contribue à l'oppression de celles qui voudraient résister, et de ce fait il est tout aussi inacceptable.

Il faut penser aussi que l'islam n'est pas la seule religion réactionnaire. Toutes les religions le sont. Il n'est que de voir les prises de positions du pape des chrétiens sur la contraception. Alors, tous ceux qui se disent soucieux du nécessaire accès à la culture et à l'éducation ; tous ceux qui ont à coeur de défendre les droits élémentaires des femmes, doivent au moins refuser la banalisation du foulard islamique dans les écoles.