Le Quotidien :  Réponses de Jean-Yves Payet à un questionnaire du journal

Article de presse
07/03/2010

AMÉNAGEMENT / TRANSPORTS

Question 1: Quelle contribution le conseil régional peut-il apporter pour résorber la pénurie de logements, notamment de logements sociaux ?

Il y a urgence en matière de logements. Pour les 257 000 familles que compte l'île, il manque près de 30 000 logements et cela sans compter les logements insalubres ou ceux dans lesquels les locataires vivent en surnombre. Il faudrait en fait construire entre 10 000 et 12000 logements par an, sur cinq ans, pour résorber les demandes de logements en souffrance et satisfaire les nouvelles (et cinq ans c'est long pour les mal-logés). Il est évident que le budget de la Région ne peut y suffire. Ce serait donc à l'Etat d'accomplir cette tâche. Il le pourrait en créant un office public qui prendrait lui-même en charge les constructions nécessaires, à prix coûtant, c'est-à-dire sans engraisser au passage les propriétaires fonciers, les bétonneurs et autres promoteurs.

Cela dit, la Région a su mobiliser une partie de ses fonds et surtout convaincre l'Etat et l'Europe de verser des sommes importantes pour de grands travaux, il pourrait en être de même pour la construction de logements.

Un toit est un droit. Il faut donc tout mettre en œuvre pour que le scandale du logement soit rapidement résorbé.

Question 2 : Etes-vous favorable au projet de tram-train, si l'Etat accorde le financement demandé par le conseil régional ?

Il faut évidemment développer les transports en commun et le tram-train en fait partie. Dans notre île, les transports en commun sont très insuffisants d'où un recours à la voiture individuelle qui grève les revenus des travailleurs (près de la moitié d'un Smic par mois). Depuis des décennies, ce n'est certainement pas l'intérêt des travailleurs, des élèves et des familles qui a présidé aux décisions dans le domaine des transports.

Quand, il y a plus d'un siècle, les colons eurent besoin de transporter leurs cannes, la société d'alors, bien moins développée que celle d'aujourd'hui, sut construire les dizaines de kilomètres d'un chemin de fer. C'est dire qu'il s'agit avant tout d'une volonté politique.

Les transports sont essentiels, sans eux les entreprises, les chantiers, les administrations ne pourraient pas fonctionner. Il serait donc logique que les patrons les financent et que, contrairement à ce qui se fait aujourd'hui, la gestion du réseau ne soit pas source de profits pour les Cars jaunes et autres Véolia.

Question 3 : Si la Région n'obtient pas ce financement, quel projet alternatif de transport en commun interurbain proposez-vous?

Il faudrait avant toute chose prendre l'avis de la population. Elle est la mieux placée pour savoir quel moyen de transport serait le plus adapté à ses besoins. Elle est la mieux placée aussi pour contrôler la fiabilité, le confort, les prix.

S'il est essentiel qu'il ya ait des transports en commun en nombre et de qualité, les questions relatives aux transports ne sont pas indépendantes des questions relatives à la vie sociale. Pour trouver à se loger beaucoup de familles de travailleurs sont obligés d'aller de plus en plus haut, de plus en plus loin de leur lieu de travail, et ils n'ont pas d'autres choix. Quand un chômeur retrouve un emploi, il le prend, même s'il doit se rendre loin de son lieu d'habitation. Si le travail n'était pas une denrée rare, si un salarié avait véritablement le choix d'accepter ou pas un emploi, l'éloignement, le temps dévolu aux transports entreraient en ligne de compte. Et de ce fait, bien des choix se porteraient sur les emplois proches ce qui diminuerait d'autant les temps de transport. Mais la gestion capitaliste de la société ne prend pas en compte les besoins de la population laborieuse. Ils ne sont ni la priorité du gouvernement, ni même celle des collectivités territoriales.

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