Le Quotidien :  Réponses de Jean-Yves Payet à un questionnaire du journal

Article de presse
07/03/2010

ÉCONOMIE

Question 1 : Etes-vous favorable à une disparition de l'octroi de mer, au profit d'une TVA calquée sur la taxation telle qu'appliquée en métropole?

Il faudrait en fait réformer toute la fiscalité. Contrairement à ce qu'il est aujourd'hui, l'impôt devrait permettre de rééquilibrer les revenus. Il devrait prendre aux plus riches pour donner à tous, par le biais en particulier de services publics de qualité, bon marché voire gratuits, dans les domaines des transports, de la santé, de l'éducation, du logement et dans bien d'autres domaines encore.

Ce n'est pas ce qui se fait aujourd'hui ou, au contraire, « l'impôt saigne le malheureux » comme le dit le chant des travailleurs, et prend dans la poche des plus pauvres pour aboutir dans celle des riches.

Nous somme pour la suppression de tout impôt indirect du type TVA ou Octroi de mer qui ponctionne de la même façon un consommateur riche ou pauvre. Nous sommes pour des impôts directs d'autant plus importants que les revenus imposés le sont. Nous sommes enfin pour que les impôts directs soient nettement plus élevés pour les revenus du capital que pour ceux du travail.

Question 2 : Comment garantir les recettes dues à la Région et aux communes, dans la perspective d'une réforme de l'octroi de mer ?

Toutes les collectivités territoriales, y compris les régions subissent des contraintes financières imposées par l'Etat. Les cadeaux fiscaux, les subventions et autres largesses dont bénéficient les plus riches sont autant de moins pour la population. Les milliards d'euros distribués aux banques et aux gros industriels manquent cruellement dans le financement des services publics. Ce que l'Etat a versé à la classe capitaliste, il entend bien le récupérer sur les budgets sociaux en diminuant le nombre des prestations ; sur les budgets de fonctionnement en diminuant le nombre des fonctionnaires, y compris dans l'enseignement ou dans la fonction hospitalière. D'autres choix pourraient être fait en supprimant par exemple le bouclier et autres niches fiscales.

De son côté, la région ne doit absolument pas servir de pompe à finances pour le patronat réunionnais, en particulier à sa composante la plus riche. Si dans certains cas et pour certaines petites entreprises des aides peuvent être apportées, elles doivent obligatoirement être versées avec l'accord des salariés et sous leur contrôle.

Question 3 : Quel catalogue d'aides de la Région défendez-vous, au profit de l'économie réunionnaise et de l'emploi ?

Tous les catalogues d'aides, ceux de la Région ou de l'Etat ont surtout permis aux patronat de maintenir ses profits ou de les augmenter, en étant entre autres exonéré partiellement ou totalement du paiement de cotisations sociales et patronales. Cela a été le cas avec la LOOM, la LOPOM, et actuellement avec la LODEOM ou le protocole NOVELLI qui permettent à nombre de patrons de reporter, voire d'effacer leurs dettes sociales et fiscales.

C'est souvent sous prétexte de créer des emplois que ces aides ont été versées. Mais la réalité est là, évidente, indéniable : ces aides n'ont jamais fait reculer le chômage.

Nous sommes donc pour l'arrêt de toutes les subventions au patronat. Que l'argent public serve aux services publics, à leur amélioration, à l'embauche des personnels nécessaire à leur bon fonctionnement. A cet égard, il est extrêmement choquant qu'une association comme l'Arast ait disparu, faute de financements suffisants.

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