Le Quotidien :  Réponses de Jean-Yves Payet à un questionnaire du journal

Article de presse
07/03/2010

FORMATION / CONTINUITÉ TERRITORIALE

Question 1: Le conseil régional doit-il participer à un guichet unique, en charge de la mobilité et des aides liées à la continuité territoriale ?

La mobilité ne doit pas être une fausse réponse au vrai problème qu'est le chômage. Ce n'est pas parce que des jeunes, ou moins jeunes, ne trouvent pas de travail que l'on doit les inciter à partir, surtout si eux mêmes ne le désirent pas.

Dans le passé on a fait croire à des jeunes qu'en partant en métropole, ils allaient trouver facilement du travail. Sur place, bon nombre d'entre eux ont vite du déchanter. Nous de voulons pas d'un nouveau BUMIDOM !

Si l'organisation économique ne se donnait pour objectif que de satisfaire les besoins humains, il n'y aurait pas de problème d'emploi.

Quant à la continuité territoriale, à quoi bon en parler avant chaque élection. Si l'Etat ou les collectivités territoriales avaient la volonté d'apporter le moindre début de solution au chômage, cela se saurait. Mais pourquoi aussi toujours demander aux collectivités de financer ? Les compagnies aériennes ne pourraient-elles pas être, sollicitées ? Ne pourrait-on pas, par exemple, leur demander, si ce n'est exiger d'elles, qu'elles mettent à dispositions des usagers les billets à prix coûtant ?

Question 2 : Quelle politique de formation le Conseil régional doit-il conduire pour répondre aux besoins locaux du marché de l'emploi ?

La région annonce fièrement qu'elle consacre une part importante de ses dépenses à la formation des jeunes, des salariés et des demandeurs d'emploi. Mais derrière ces déclarations il faut mesurer la part représentée par les subventions aux entreprises sous le prétexte, justement, de cette formation.

Mais s'il est nécessaire d'apporter un soin particulier à la formation, ce n'est pas elle seule qui résoudra les problèmes de l'emploi. Les patrons ne souffrent pas du manque de main d'oeuvre, y compris de main-d'œuvre qualifiée. Le problème est qu'ils n'embauchent pas, ou si peu. Et quand ils embauchent c'est en payant le moins possible. Combien de jeunes sortent chaque année des universités et ne trouvent pas de travail ? Et quand certains en trouvent, ce sont bien souvent des contrats précaires et/ou à temps partiel. Les grandes surfaces regorgent de jeunes à bac +2 ou bac +3 payés au smic !

Aider véritablement l'emploi passe par l'interdiction des licenciements et le partage du travail entre tous sans perte de salaire.

Question 3 : Faut-il développer, à La Réunion, les filières de l'enseignement supérieur ou favoriser les aides et mesures l'accompagnement des étudiants en métropole ou à l'étranger ?

La question ne se pose pas pour les enfants des classes riches dont les familles ont les moyens de leur assurer la meilleure éducation et le meilleur enseignement, que ce soit à la Réunion, en métropole ou dans les universités américaines. Pourquoi en serait-il différemment pour les enfants issus de milieux plus défavorisés.

Mais le problème le plus urgent concerne avant tout l'illettrisme. Notre île compte près de 120 000 personnes qui ne savent ni lire ni écrire correctement. Pour ces jeunes et moins jeunes, ce n'est ni en métropole, ni à l'étranger qu'ils pourront acquérir les bases essentielles qui leur manquent, mais bien ici. Et c'est ici qu'il faut faire peser l'effort pour que l'illettrisme disparaisse le plus rapidement possible.

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