Le Quotidien :  Réponses de Jean-Yves Payet à un questionnaire du journal

Article de presse
09/03/2010

TOURISME

Question 1 : Que proposez-vous d'autre que des panneaux publicitaires dans Paris, pour faire connaître la destination Réunion?

Plus que par quelques affiches publicitaires apposées sur les murs de Paris ou dans les stations du métro, vantant « l'île intense », la Réunion s'est faite connaître l'an passé par les luttes de ses travailleurs contre la vie chère. A plusieurs reprises, partout dans le pays, les téléspectateurs ont pu voir de grandes manifestations regroupant des milliers de participants, s'opposant à la politique que le patronat et le gouvernement imposent, aussi bien ici qu'en métropole, ou dans les autres départements d'Outre-mer.

Ses mouvements ont été vus avec sympathie. Mais quels travailleurs de France attirés par notre île et ses habitants auraient les moyens d'un voyage de 9000 kilomètres ? De tels déplacements sont réservés à une petite minorité qui peut voyagé où elle veut, quand elle veut.

Tant que les prix du transport aérien seront aussi élevés qu'aujourd'hui, la Réunion ne sera pas « l'île intense » vantée par les publicitaires mais l'île du bout du monde, inaccessible au plus grand nombre.

Question 2 : Comment attirer plus massivement les touristes autres que les « affinitaires » ?

En baissant les prix du transport aérien, bien sûr. Mais à propos de tourisme, pourquoi l'envisager toujours à sens unique, avec seulement la venue des touristes dans l'île. Parce qu'ils apportent de l'argent et font un peu tourner l'économie locale ? C'est certainement la vision qu'ont les institutions, comme le Conseil général qui vient de vendre le vieil hôtel « les Salazes » à un groupe mauricien qui doit le rénover en établissement de luxe pour une clientèle choisie. Le Conseil général aurait mieux fait de réaménager cet ancien établissement en logements pour la population, en particulier celle de Salazie.

Le tourisme vaut tout autant pour les Réunionnais. Eux aussi ont droit à d'autres cieux et d'autres climats ; eux aussi doivent pouvoir rencontrer d'autres peuples, d'autres cultures. La connaissance de notre monde passe aussi par les voyages qui donnent corps aux connaissances scolaires et livresques. Seulement, les voyages et ces formes de connaissances sont réservés à ceux qui ont des moyens financiers suffisants. Aucune publicité ne pourra changer cette réalité sociale.

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour améliorer l'accueil et provoquer le réflexe « vacances = La Réunion » ?

Pensez-vous à mesures d'aides pour les capitalistes propriétaires d'hôtels ? Il me semble que le tourisme est un secteur dit « prioritaire » dans la Loi pour le développement économique de l'Outremer (La LODEOM) . Ce qui signifie des profits supplémentaires en perspective pour ces patrons de l'hôtellerie mais pas forcément des améliorations pour les touristes. Lorsqu'on parle de tourisme le « réflexe » c'est de penser aux intérêts des capitalistes du secteur.

On ne parle jamais de travailleurs des hôtels ou des restaurants qui sont souvent payés à vie au smic avec des conditions de travail très difficiles ! Qui s'est soucié de nombreux travailleurs qui ont été licenciés sous prétexte du Chikunguya et aujourd'hui de la crise ?

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