Rouen (Seine-Maritime)

Les mensonges de Lubrizol

Brève
11/10/2019

Dix jours après l’incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol de Rouen jeudi 26 septembre, l’incertitude règne toujours sur ses conséquences pour la population. Et le fait que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ait annoncé que les résultats des dosages de dioxines étaient rassurants n’y change rien.

Vendredi 4 octobre, une semaine après la catastrophe, la préfecture a révélé que, en plus des 5 253 tonnes d’hydrocarbures et additifs qui avaient brûlé chez Lubrizol, une quantité indéterminée de produits divers était également partie en fumée dans l’entreprise Normandie logistique qui la jouxte. Cette firme stockait 9 050 tonnes de produits, dont 4 157 tonnes appartenaient à Lubrizol. Lundi 7, ses dirigeants étaient toujours dans l’incapacité de dire quels produits avaient brûlé et en quelle quantité.

Dans l’attente des résultats de l’enquête, Lubrizol et Normandie logistique se rejettent la responsabilité du départ de feu. Quoi qu’il en soit, c’est Lubrizol, dont les produits ont mis en danger la santé de la population, qui doit en assumer les conséquences. Cela ne semble pas être dans ses intentions : son PDG a déclaré qu’il n’y aurait aucune conséquence pour la santé ! Cette multinationale s’est seulement dite disposée à « participer » à la réparation des conséquences de l’incendie, avec un dispositif pompeusement nommé « Lubrizol solidarité ». Pour un peu, elle se ferait passer pour une entreprise philanthropique !

Qui paiera les prélèvements et analyses et le suivi médical sur le long terme des personnes exposées ? Le nettoyage et la dépollution ? Les pertes des éleveurs, qui jettent leur production laitière dans la fosse à purin depuis deux semaines et ne savent pas si le maïs qu’ils ensilent ne devra pas lui aussi être détruit ? Qui indemnisera les maraîchers qui ne peuvent récolter et vendre leurs légumes ? D’autant plus que, si les prochaines analyses du lait ou des végétaux révèlent des seuils de dioxine « acceptables », Lubrizol pourra se dédouaner de toute responsabilité et renvoyer la faute vers les autorités publiques qui ont invoqué le principe de précaution. 1 800 agriculteurs sont touchés dans 112 communes de Seine-Maritime, sans compter ceux de 96 communes des Hauts-de-France touchées par les retombées de suies et d’hydrocarbures.

Le Premier ministre Édouard Philippe a beau se déclarer déçu par Lubrizol et la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne vouloir faire appliquer le principe pollueur-payeur, ils n’ont aucun moyen de contraindre ce patron à payer et ne veulent pas en avoir !

Dans l’agglomération, les inquiétudes sont toujours vives. Même si les fumées et les suies ont disparu, il reste des odeurs très désagréables, localement, au gré des vents et des manipulations par les équipes de nettoyage des fûts endommagés par l’incendie. Les ouvriers chargés de la dépollution pataugent dans une couche de boue noirâtre et irisée d’une vingtaine de centimètres.

Les riverains, et en particulier les gens du voyage dont l’aire est située à moins de 500 mètres de Lubrizol, hésitent toujours sur la conduite à tenir. Dans la nuit de l’incendie, les pompiers leur ont dit de partir – mais pour aller où ? Rien, aucun lieu de confinement n’était prévu. Du coup, beaucoup sont restés ; les autres sont revenus quelques heures ou quelques jours plus tard, désemparés. Et ce n’est pas le numéro vert, mis en place par la métropole, qui permettra à la population d’avoir des réponses : les fiches mises à disposition des téléopérateurs d’un centre d’appel privé ne les donnent pas !

Mercredi 2 et jeudi 3, dans le collège Lecanuet situé non loin de Lubrizol, l’air était irrespirable et de nombreux élèves se plaignaient de maux de tête et de nausées. Mais, lorsque le personnel a voulu faire valoir son droit de retrait, comme l’avaient fait d’autres enseignants des écoles primaires voisines la semaine précédente, le rectorat l’a refusé. Une trentaine d’enseignants et d’agents territoriaux se sont donc mis en grève lundi 7 octobre, ils ont accroché des banderoles aux grilles du collège et ont invité les parents d’élèves à ne pas envoyer leurs enfants au collège et à protester avec eux.

Le conseil municipal du lundi 7 a été bousculé par des habitants, des représentants d’un collectif Lubrizol et la CGT, qui réclament la vérité et que Lubrizol paie les dégâts. Après la manifestation de mardi 1er, où le préfet n’a pas daigné recevoir une délégation, ils appellent à de nouvelles manifestations.

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