Ford Blanquefort

Les travailleurs ne pourront compter que sur leurs luttes collectives

Brève
13/03/2018

Dès la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 mars, les travailleurs de Ford FAI se sont largement mis en grève dans le cadre de la journée « usine morte » qu’ils avaient prévue lors de l’Assemblée générale du 5 mars pour protester contre le « désengagement » de Ford, c’est-à-dire la programmation de la fermeture de l’usine. Plusieurs centaines de travailleurs de l’usine, de syndicalistes, de La Poste, des hôpitaux, de GM&S venus en soutien, se sont retrouvés à la préfecture de Bordeaux à l’occasion d’une réunion entre Ford, les syndicats et les pouvoirs publics.

Cette réunion était initialement celle d’un comité de suivi de l’activité de Ford, telle qu’il y en a régulièrement depuis le retour en 2011 de l’usine dans le giron de Ford et les dizaines de millions de subventions dont il a bénéficié. Elle a permis aux différentes parties de préciser leurs positions. Ainsi Ford a renouvelé son intention de cesser les activités dans le courant de l’année 2019, en disant qu’il n’avait pas de « solution » pour FAI, pas de « projet industriel ». Le délégué interministériel, représentant le gouvernement, a quant à lui reproché à Ford de ne pas tenir la promesse que le numéro 1 Europe de Ford vient juste de faire au ministre Le Maire, à savoir maintenir l’activité… jusque fin 2019 et « pérenniser » l’emploi ensuite. Le gouvernement en donc est à négocier 6 mois d’activité avec Ford avant que celui-ci ne rejoue la comédie du repreneur. Quant aux élus locaux de Bordeaux, du Département et de la Région, ils ont manifesté lors de cette réunion la même impuissance face à Ford, disant avoir été « baladés », mais démontrant surtout par là qu’ils ne sont bons qu’à signer des chèques aux entreprises en priant pour que celles-ci daignent rester sur place.

Lors de cette réunion, la CGT a remis aux élus et aux pouvoirs publics un document interne de Ford où l’entreprise fait le bilan de l’échec de la fermeture de 2008 et de la reprise de l’activité en 2011. La stratégie du repreneur y est explicitée. On peut y lire que sous-traiter la fermeture via un repreneur permet de limiter la publicité négative mais aussi d’économiser des frais de fermeture de l’ordre de 380 millions de dollars et de maintenir la production de boites de vitesses le plus longtemps possible. Quant aux leçons que Ford a tiré de son échec en 2011, démontrant qu’il n’a pas arrêté de réfléchir depuis à la fermeture du site, il y a celle qu’il faut maintenir le plus longtemps possible diverses alternatives de reprise et celle consistant à chercher à maintenir élevé le moral des salariés pendant l’opération de cession pour que la manœuvre réussisse.

Si les travailleurs ont eux une leçon à retenir, c’est que les capitalistes ne connaissent que le rapport de force et la publicité négative, mauvaise pour les affaires. Ils ne pourront compter que sur leurs luttes collectives pour les faire reculer. La prochaine journée de mobilisation est celle du 15 mars, à l’occasion de la venue sur le site de Blanquefort de la direction Europe de Ford.