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Turquie : scandale dans le parti d’Erdogan
Dans un cercle proche du président turc, Recep Tayyip Erdogan, certaines personnalités bien introduites bâtissaient des fortunes en pillant les ressources de l’État. Ce n’est certes pas surprenant, mais la chose leur était devenue plus difficile du fait de la crise économique.
Pour faire des affaires, ces personnalités proches du pouvoir se sont tournées vers la Bourse. En se regroupant pour faire pression sur celle-ci et les organismes qui la contrôlent, elles ont gagné des millions. Mais tout a une fin : un scandale a éclaté mi-septembre, prenant tous les jours de l’ampleur. Une vérité dissimulée depuis plusieurs années a été révélée lorsque, le 26 septembre, Fatma Betul Sayan Kaya, vice-présidente du parti d’Erdogan, l’AKP, et fille politique du président-dictateur, a été forcée de démissionner.
Deux jours plus tard, une autre figure de l’AKP a écopé d’un mandat d’arrêt, rejoignant cinquante autres déjà sous les verrous. Tous sont impliqués dans une vaste tricherie boursière, pratiquée avec cynisme tant ils étaient convaincus de leur impunité. Les médias turcs évoquent un système basé sur 131 fonds d’investissement, détenus par sept sociétés, à la tête d’actifs valant plus de 826 milliards de livres turques (14,8 milliards d’euros). Ces sociétés ont toutes été placées en liquidation le 17 septembre par l’autorité turque des marchés de capitaux, le S-PK, qui a fait savoir qu’elles géraient les biens de plus de 455 000 investisseurs individuels.
Le fait est que des dizaines de fonds d’investissement – et les groupes financiers qui les détenaient – ont affiché pendant des mois des rendements spectaculaires, propulsant la Bourse turque a des sommets historiques. Ainsi le gestionnaire d’actifs Tera a vu la valeur boursière de son fonds principal bondir de 60 000 % en seulement trois ans. De son côté, la Destek Finans Factorine a vu la sienne grimper de 7 000 % 17 mois après son introduction en Bourse.
Ce système mafieux aurait pu continuer d’opérer longtemps, mais les puissances tutélaires de la Turquie avaient averti ses dirigeants de cette pente dangereuse. C’est probablement dans ce cadre que le ministre de l’Economie, Mehmet Simsek, avait signalé des « anomalies boursières » et menacé d’une nouvelle réglementation. Visiblement le poids du ministre a été insuffisant et en juin, MSCI, un opérateur de marchés, a laissé entendre que, faute d’intervention des régulateurs, la Turquie risquait d’être rétrogradée du statut de « marché émergent » à celui de « marché frontière », à l’instar de la Tunisie ou de la Roumanie.
Suite à ces avertissements et au scandale en cours, Erdogan se trouve en position délicate. Tout en ne pouvant réellement sanctionner ce groupe mafieux de son entourage, il doit prendre en compte la colère de 455 000 investisseurs particuliers privés de leurs espoirs d’enrichissement… qui pourraient le lui faire payer cher lors des élections qu’il espère organiser en 2028.
Quant aux millions de travailleurs appauvris par l’inflation qui ravage leur pouvoir d’achat, ils ne peuvent être qu’un peu plus scandalisés par cette nouvelle affaire, qui met encore une fois le projecteur sur les profiteurs de ce système.