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- Lutte ouvrière n°3038
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Les jeunes en lutte
Une campagne de diversion
Après les destructions et les pillages qui ont frappé des commerces ou des mairies, une campagne a relayé la détresse des petits commerçants qui ont tout perdu et l’émotion devant les bâtiments publics détruits.
Les commerçants, dont le désarroi et la colère sont bien compréhensibles, sont des victimes collatérales de la rage sociale qui s’est exprimée le 17 octobre. Mais les responsables politiques de droite et d’extrême droite qui entretiennent cette campagne, et les médias qui les relaient, n’ont pas la même indignation quand des actionnaires décident de fermer des usines, plongeant ainsi des familles entières dans la gêne et ruinant parfois toute une région, y compris les commerces. En insistant sur les casseurs et les voleurs, ils cherchent à minimiser l’ampleur de la colère sociale, à faire peur aux millions de femmes et d’hommes qui restent encore observateurs de la mobilisation et même à les dresser contre celle-ci.
Si l’immense majorité des manifestants du 17 octobre a défilé sans casser, heureux d’être nombreux ou en colère parce qu’ils ne s’en sortent plus tout en travaillant dur, les mêmes ont été heurtés d’abord par la violence policière qui a usé et abusé des grenades et des gaz. C’est bien le gouvernement qui, pour toute réponse aux revendications des lycéens mobilisés depuis trois semaines, a placé près de 10 000 jeunes en garde à vue et en a blessé et mutilé plusieurs. Comment s’étonner que cette violence d’État pousse une partie des manifestants à répondre sur le même terrain ? Même s’il est évident que détruire des bâtiments publics et piller des magasins n’est pas le meilleur moyen d’entraîner les hésitants et d’approfondir la contestation, les principaux fauteurs de la violence sont au pouvoir.
La guerre sociale que mène la bourgeoisie aux classes populaires plonge des femmes et des hommes dans la précarité, transforme des quartiers en ghettos de pauvreté, marginalise des centaines de milliers de jeunes ou moins jeunes. Ceux qui travaillent dur n’arrivent pas à vivre décemment avec un salaire insuffisant quand tant d’autres doivent survivre avec des petits boulots. Des millions de personnes n’ont en général que le droit de regarder des vitrines inaccessibles, et pas seulement celles de produits de luxe. Comment s’étonner si, quand l’occasion se présente, certains jeunes et moins jeunes des quartiers populaires se sentent vengés en se servant ou en détruisant des magasins ?
Contrairement à ce que peuvent affirmer les militants Black bloc, qui étaient aussi présents le 17 octobre, les destructions d’agences bancaires, de magasins ou de mobilier urbain, même quand ils appartiennent à de grands groupes commerciaux, n’affaiblissent en rien la grande bourgeoisie et n’ébranlent pas l’État. Pour abattre la dictature du capital, il faut exproprier les actionnaires, prendre le contrôle des entreprises et les mettre au service de la collectivité. Ceux qui en ont la force, ce sont les travailleurs qui les font fonctionner, pas des petits groupes de manifestants dans la rue.