Colombie : entre l’armée et les narcos 14/10/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/10/une_3037-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg 2026-10-14

Dans le monde

Colombie : entre l’armée et les narcos

Après que l’armée a tué un de ses chefs, un groupe paramilitaire est parvenu à paralyser pendant plusieurs jours toute activité autour et dans la ville de Santa Marta.

La ville, qui compte près de 600 000 habitants, est la principale destination touristique de la côte caribéenne colombienne. Mais son port est aussi une plaque tournante du trafic de cocaïne, contrôlé localement par un groupe de narcotrafiquants paramilitaires : les ACSN (Autodefensas conquistadoras de la Sierra Nevada).

Depuis les années 1990 les paramilitaires, financés par les grands propriétaires ou les groupes capitalistes, ont servi de supplétifs à l’armée dans la lutte contre les guérillas. Ils ont commis des dizaines de massacres de paysans dans la seule région caribéenne, assassiné par milliers des dirigeants de communautés rurales, mais aussi des militants ouvriers communistes ou syndicalistes.

Ils ont pu compter sur le soutien de politiciens dont ils assuraient, par la terreur, les campagnes électorales. Parmi eux, Alvaro Uribe, président de 2002 à 2010, ne se gêna pas pour donner, à l’occasion, un coup de main au trafiquant Pablo Escobar.

Lors des accords de paix négociés entre les gouvernements précédents et les différents groupes armés, les paramilitaires de cette région ont voulu se donner l’apparence de mouvements politiques. L’actuel président d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, alors avocat, s’est considérablement enrichi en leur servant de conseiller juridique. Des accords ont été conclus avec certains chefs et les activités de narcotrafic ont pu ainsi croître tranquillement ces dernières années. Ce qui n’empêche pas les ACSN de se financer également par l’extorsion sur les communautés rurales qu’elles terrorisent, ainsi que sur une partie du patronat local, en particulier de l’industrie du tourisme. Si la bourgeoisie se moque bien du sort des communautés rurales, elle ne peut accepter d’être rançonnée.

Depuis son arrivée au pouvoir en juin, de la Espriella, cherche à montrer qu’il mène à bien sa politique d’extermination des différents groupes armés. Il s’affiche donc régulièrement devant les caméras, un fusil à la main, ou posant devant les cadavres des victimes de ses opérations militaires. Quand le 21 septembre, dans la région de Santa Marta, un des chefs des ACSN a été tué par l’armée, le groupe criminel a répondu par plusieurs jours de terreur sur la ville. Des tueurs à moto l’ont sillonnée, obligeant les commerces à fermer et mitraillant les récalcitrants. La route nationale, axe principal de la région, a été coupée, et toutes les activités se sont interrompues. Malgré l’envoi sur place de plusieurs centaines de soldats et policiers, de la Espriella a raté sa démonstration. La population, elle, s’est retrouvée prise en tenaille. Parmi les victimes de l’opération militaire, un salarié agricole de 18 ans, totalement étranger à l’affaire, a pourtant été assassiné par l’armée et présenté à la presse comme un narco. Dans les années 1990-2000, l’armée usait des mêmes mensonges, massacrant des paysans qu’elle présentait comme des guérilleros.

Quels que soient les différents qui peuvent opposer aujourd’hui le président réactionnaire et les paramilitaires qui ne le sont pas moins, la population des zones rurales, et parfois les travailleurs des villes, sont pris entre ces bandes armées : celle des narcos et celle de l’État, parfois alliés, parfois en guerre, mais complices sur le fond.

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