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Israël : la guerre reste à l’ordre du jour
Des élections législatives très attendues se sont déroulées le 27 octobre en Israël. Le Premier ministre Netanyahou y joue la reconduite de son poste et, partant, l’application ou non des poursuites judiciaires dont il fait l’objet pour corruption multiple.
Les résultats définitifs ne devraient être publiés que le 4 novembre. À partir de là, le président Isaac Herzog devrait nommer un Premier ministre, en fonction des regroupements formés afin de parvenir à une majorité. En effet, aucune majorité ne se dégage à ce jour des urnes, la totalité du dépouillement n’ayant pas encore eu lieu. Le bloc formé autour du Likoud de Netanyahou marque une légère avance sur le bloc de l’opposition, autour de Gadi Eisenkot. Ce dernier, ancien chef d’état-major, a tenu à démontrer pendant la campagne qu’il était autant que son rival capable d’être un chef de guerre.
Aucun des deux blocs – 56 sièges actuellement pour le premier et 49 pour le second – ne semble en mesure d’obtenir les 61 sièges nécessaires pour détenir une majorité à la Knesset, le parlement israélien. Sur les 37 listes présentes au plan national, celles qui peuvent faire pencher la balance sont celles des deux regroupements arabes, le Ra’am qui s’affiche islamiste et conservateur et la Liste unifiée, qui rassemble trois partis laïcs et de gauche, le Balad (nationaliste arabe), le Hadash qui inclut le Parti communiste israélien et Ta’al. La nouveauté est qu’à eux deux, les partis arabes obtiennent d’ores et déjà 15 sièges. Mais Netanyahou comme Eisenkot ont juré leurs grands dieux ne jamais s’allier aux partis arabes, quel que soit le résultat des urnes. Et cette situation de blocage politique pourrait bien amener à de nouvelles élections d’ici quelques mois.
La participation a été très forte : plus des trois quarts des inscrits se sont déplacés, notamment une grande partie de l’électorat arabe israélien (21% de la population d’Israël). Selon le quotidien Haaretz, la présence à leur porte de militants d’extrême droite armés n’a pas dissuadé les électeurs arabes. « Au contraire, écrit Haaretz, ils ont fait du vote une forme de représailles. […] Quiconque a parcouru les villes et villages arabes mardi a été témoin d’un spectacle inhabituel : des personnes âgées, des personnes en fauteuil roulant et des familles entières faisant la queue pour voter. » Au-delà de leur rejet de Netanyahou et de la politique du gouvernement, bien des Israéliens d’origine palestinienne, descendants des 150 000 Palestiniens restés en 1948 à l’intérieur des nouvelles frontières définies par la création de l’Etat d’Israël, dénoncent les conditions qui leur sont faites. « Je veux du changement », a déclaré une étudiante à un journaliste après avoir voté dans une ville majoritairement arabe du nord. « Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement. » Il est par ailleurs difficile de savoir combien d’électeurs non palestiniens ont porté leur voix sur une liste arabe pour marquer leur désaccord avec la poursuite de la guerre, politique défendue à grand renfort de déclarations tonitruantes par Netanyahou comme par Eisenkot.
De même, il est difficile de savoir si la participation importante au vote, grossie du retour circonstanciel de quelque 60 000 électeurs exilés, signifie plus qu’un rejet de Netanyahou, de sa morgue et des affaires qui le poursuivent, de l’opacité de sa gestion de la réponse à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. En tout cas, le fait est qu’il a continué et même intensifié les attaques contre la population palestinienne, non seulement à Gaza mais en Cisjordanie occupée, où ses alliés d’extrême droite et lui encouragent les colons à chasser les habitants arabes de leurs villages, de leurs maisons avec le soutien actif de l’armée.
Le 23 octobre, dans le secteur de Hébron au sud de la Cisjordanie, une fusillade, une de plus, a eu lieu à un point de contrôle militaire au cours de laquelle deux jeunes soldats israéliens, entre autres, ont trouvé la mort. Netanyahou n’a évidemment pas manqué de faire une de ses déclarations de chef de guerre, promettant « une opération de très grande ampleur, comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours ». Et de mettre aussitôt ses menaces à exécution en faisant expulser 3 000 Palestiniens de leurs villages.
Il y a donc tout lieu de craindre que, quel que soit le résultat des tractations et la majorité qui en sortira, le chef de gouvernement désigné continuera la politique de guerre totale, en Cisjordanie, à Gaza, au Liban, en Iran, envers les Houthis, qui est en vigueur actuellement, avec le soutien des États-Unis et des puissances européennes.