Loi “casseurs-payeurs” : pour intimider les manifestants 04/11/2026 2026 Journal /medias/journalarticle/images/2026/11/ManifCasseursPayeurs.png.420x236_q85_box-0%2C5%2C883%2C502_crop_detail.png 2026-11-04

Leur société

Loi “casseurs-payeurs” : pour intimider les manifestants

Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Sénat a adopté une version encore plus répressive du projet de loi « casseurs-payeurs ».

Illustration - pour intimider les manifestants

Le projet de loi a d’abord été élaboré après les débordements survenus à la fin de certains matchs de la Ligue des champions en mai. Il visait déjà à faire payer « la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l’espace public et au recouvrement des dommages et intérêts » par les auteurs de ces actes.

La dernière version ne vise plus les supporters de foot, mais bien tous les manifestants en plein mouvement lycéen et de contestation générale de la vie chère. Il s’agirait de punir et de faire payer tous les participants d’une manifestation pour les dégradations constatées, même s’ils n’ont rien cassé eux-mêmes. L’État pourrait ainsi réclamer des dommages et intérêts à hauteur de 10 000 euros par personne, un plafond que les élus du RN ont même essayé de porter à 30 000 euros. Si les manifestants n’en ont pas les moyens, la loi prévoit de se payer, en saisissant éventuellement une partie de leur RSA ou de leur prime d’activité ou de rentrée scolaire, des allocations familiales, ou de leurs aides au logement (APL). En somme, les manifestants risqueraient non seulement de devoir rembourser des dégâts qu’ils n’auraient pas commis, mais toute leur famille pourrait en faire collectivement les frais !

Quant aux travailleurs étrangers, certains seraient passibles d’interdiction du territoire. Ils ont le droit de se faire exploiter dans le bâtiment ou la restauration pour des salaires de misère et de payer des impôts, mais seraient donc interdits de manifester pour contester le sort qui leur est fait !

Enfin, le projet est de renforcer la possibilité de bloquer administrativement certains sites Internet ou réseaux sociaux qui seraient le siège d’appels à une mobilisation.

Ce projet de loi « casseurs-payeurs » s’inscrit dans la tentative du gouvernement d’intimider et d’empêcher la participation aux manifestations. Depuis le début du mouvement, mais aussi lors des manifestations du samedi, ministres et préfets ont redoublé d’efforts pour effrayer et dissuader bien des jeunes et des travailleurs de venir manifester. Les dirigeants de l’État tentent ainsi d’associer la simple participation à une manifestation avec les dégâts ou pillages pouvant être commis en marge de celle-ci, et ils le rabâchent sans cesse sur les plateaux TV avec la plus grande complaisance des médias. Et, alors que les manifestations ont été interdites dans bien des villes ces derniers samedis, selon la nouvelle loi, la simple participation à un rassemblement non autorisé pourrait valoir à chaque manifestant six mois d’emprisonnement !

Ce projet de loi va donc de pair avec le déploiement massif des forces de répression, et les violences policières constatées un peu partout, ainsi que les condamnations en justice. Mais la menace répressive ne suffit pas toujours à faire taire la contestation populaire. Même les régimes les plus autoritaires l’ont appris à leurs dépens.

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