- Accueil
- Lutte ouvrière n°3038
- Rapatriés d’Indochine : une reconnaissance bien tardive
Leur société
Rapatriés d’Indochine : une reconnaissance bien tardive
Les sénateurs ont adopté lundi 19 octobre un texte ouvrant la voie à des « réparations de préjudices » pour les rapatriés d’Indochine de 1954.
En 1954, après la chute de Dien Bien Phu, 44 000 personnes ont été rapatriées d’Indochine en France métropolitaine. C’était souvent des compagnes indochinoises de militaires français, leurs enfants, des supplétifs de l’armée, des fonctionnaires de police ou de l’administration pénitentiaire, qui avaient été engagés par l’État français pour maintenir en Indochine sa domination coloniale.
Parmi ces rapatriés, entre 4 000 et 5 000 personnes sans ressources ont été installées dans une poignée de centres d’accueil gérés par l’État, qui réquisitionna pour l’occasion des camps où avaient été enfermés des réfugiés politiques italiens des années 1930 et des Républicains espagnols en 1936, comme le camp militaire désaffecté de Sainte-Livrade dans le Lot-et-Garonne. Ces rapatriés d’Indochine y étaient administrés par d’anciens fonctionnaires coloniaux, formés à des tâches qui relevaient plus de l’enfermement administratif que de l’humanitaire. Dans les premières années, une discipline inspirée des règlements militaires y était instituée : lieux clôturés, circulation soumise à autorisation, couvre-feux, cérémonies « au drapeau ».
Alors que les familles n’avaient pas les moyens de s’établir ailleurs, que souvent elles ne parlaient pas français et avaient trouvé du travail dans les usines alentour, l’État chercha à les faire fuir en multipliant les contraintes, à partir de 1959. Certains rapatriés y vécurent néanmoins pendant près de vingt ans. Aucun n’obtiendra le statut de rapatrié, ce qui les privait des maigres droits ouverts par diverses lois.
Le texte, proposé par le socialiste Olivier Faure et qui a été validé il y a plus d’un an par l’Assemblée nationale, arrive soixante-dix ans après les événements. Les personnes concernées par les réparations ne seront que quelques centaines. Et le montant des réparations est estimé à moins de 9 000 euros par personne. Décidément, quand « la Nation exprime sa reconnaissance envers les rapatriés d’Indochine », comme le dit Olivier Faure, et quand elle reconnaît « l’indignité » de leurs « conditions d’accueil », c’est toujours avec le même mépris envers les pauvres.