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Venezuela : hold-up sur le pétrole
Le 28 août, Trump a annoncé avoir signé avec le Venezuela « le plus grand accord pétrolier de l’histoire », donnant à des compagnies américaines le droit d’exploiter pour 100 ans des gisements pétroliers estimés à 65 milliards de barils, un cinquième des réserves du pays.
Formellement, le gouvernement vénézuélien a signé une concession avec la société Nabep enregistrée à la Barbade et dirigée par l’homme d’affaires vénézuélien Alejandro Betancourt. Le département américain de la Guerre a pris le contrôle de cette entreprise en rachetant 35 % de son capital et s’est arrogé le droit d’acheter, au prix de revient, un minimum d’un cinquième de toute la production à venir.
Si le contenu et les modalités de la transaction signée restent flous et s’il faut faire la part des fanfaronnades de Trump qui se pose en « roi du deal », cet accord est un véritable hold-up. Même le Wall Street Journal l’a qualifié de « scène digne du Parrain II ». Il intervient moins de huit mois après la capture du président Maduro par l’armée américaine.
La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, a certes dit avoir accepté la transaction en toute liberté. Lors d’une intervention télévisée, elle a juré que « le Venezuela conserve la propriété et la souveraineté sur ses ressources » et insisté sur le fait que l’accord allait permettre d’apporter « le capital, la technologie et la capacité opérationnelle pour développer la pétrochimie nationale ». Elle a promis à la population de son pays un revenu de 200 milliards de dollars sur les 25 prochaines années et a même remercié Trump et son secrétaire d’État Rubio. Il est clair que l’enlèvement de Maduro l’a rendue conciliante.
Qu’ils soient otages ou complices des dirigeants nord-américains, Delcy Rodriguez et son gouvernement n’ont en fait aucune prise ni sur l’accord ni sur les modalités de sa mise en œuvre. Depuis le kidnapping de Maduro, les grandes compagnies pétrolières américaines présentes au Venezuela avant les nationalisations menées par Hugo Chavez en 2007 ne se sont pas précipitées pour y revenir. Ces grandes compagnies n’ont visiblement pas l’intention de débourser de l’argent pour moderniser des installations qui tournent au ralenti et n’ont pas été entretenues depuis des années à cause de l’embargo américain. Quant à la Nabep, elle ne peut extraire aucune goutte de pétrole sans en sous-traiter l’exploitation à une véritable compagnie pétrolière.
L’annonce de Trump est donc d’abord politique. Ayant échoué à soumettre le régime iranien et après le blocage du détroit d’Ormuz qui a engendré une flambée des prix du carburant, il voudrait rassurer ses électeurs en leur annonçant un afflux de pétrole vénézuélien. Il n’est pas sûr que cela lui réussisse mais cela confirme que le chef de l’impérialisme n’envisage pas d’autre mode d’action que celui d’un voleur de grand chemin.