Arrêter l'aggravation des inégalités sociales, c'est combattre le capitalisme

Editorial des bulletins d'entreprise
05/04/2010

Les statistiques officielles sont en général conçues pour cacher ou pour déformer la vérité plutôt que de l'éclairer. Celles publiées récemment par l'INSEE sur l'écart entre les riches et les pauvres de ce pays n'en sont pas moins édifiantes.

Ces statistiques confirment ce qui saute aux yeux : l' accroissement important de la pauvreté. Elles portent pourtant sur la période 2004-2007, avant l'aggravation actuelle de la crise. Huit millions de personnes, plus de 13 % de la population, se retrouvent sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire disposent d'un revenu de moins de 900 euros par mois. Des chômeurs, des retraités mais aussi, pour 1,9 million d'entre eux, des travailleurs ayant encore un emploi et un salaire.

L'INSEE publie d'autres chiffres, portant cette fois sur la fraction la plus riche de la société dont les revenus et la richesse se sont envolés pendant la même période. Les plus riches parmi les riches, qui représentent quelque 5000 ou 6000 personnes en France, soit une sur dix mille, disposent d'une moyenne de trois millions d'euros par an.

Cette petite frange de riches possède usines et banques et domine l'économie. Ils sont le sommet de la classe riche, de ce demi-million de personnes dont le revenu annuel dépasse les 500 000 euros. Contrairement aux fadaises des médias, il n'y a, parmi eux, que quelques footballeurs-vedettes ou hommes de spectacle (et ceux-là, au moins, font quelque chose en contrepartie de leurs revenus). La majorité, ce sont des capitalistes petits et grands qui vivent de leurs capitaux, c'est-à-dire de l'exploitation. Or, pendant ces trois ans, si les salaires ont stagné, les revenus du capital ont augmenté de 46 % !

Une minorité qui s'enrichit en appauvrissant la majorité.

Ce mécanisme-là qui appauvrit le monde du travail pour enrichir sans cesse une minorité de capitalistes, l'exploitation, est le mécanisme fondamental de l'économie.

Pour y mettre fin, il n'y a pas d'autre voie que de transformer de façon radicale les structures de l'économie en expropriant la classe capitaliste et en réorganisant la vie économique sur la base de la propriété collective des moyens de production et leur gestion démocratique pour produire en fonction des besoins de tous, et pas pour le profit d'une minorité.

L'État, de son côté, au lieu d'atténuer les inégalités créées par le fonctionnement de l'économie capitaliste, intervient au contraire pour les aggraver. Il ne prend pas aux plus riches pour atténuer la situation des plus pauvres. Il fait l'inverse. Le fameux "bouclier fiscal" n'en est qu'une illustration parmi bien d'autres. En sont d'autres la coupe dans les dépenses sociales, la diminution des retraites, les économies sur les services publics, pour donner des milliards aux banquiers.

Les plus grandes entreprises sont celles qui paient proportionnellement le moins d'impôts. Les bourgeois les plus riches ont à leur disposition une armada d'avocats fiscalistes dont le métier est de parvenir à ce qu'ils paient l'impôt le plus bas possible. Il est arrivé qu'un des hommes les plus riches du pays en vienne à ne pas payer d'impôt du tout !

Pendant ce temps-là, les hommes politiques, principalement de droite, dénoncent comme une injustice qu'une partie des salariés ou des retraités ne paient pas l'impôt sur le revenu. Mais, même les plus pauvres, jusqu'aux chômeurs et rmistes, payent les impôts indirects qui constituent le principal impôt de ce pays, celui qui rapporte le plus et qui est essentiellement payé par les classes populaires.

On calcule et gère les impôts avec les ordinateurs les plus modernes et, pourtant, reste valable cette vieille expression de l'Internationale : "l'impôt saigne le malheureux".

Le décalage qui se creuse entre les plus riches et le gros de la population est tel que des voix se font entendre même dans la majorité de droite pour atténuer ce qui, dans la fiscalité, favorise trop visiblement les plus riches. Oh, pas par humanisme ! Mais par crainte que cela finisse en explosion sociale.

C'est sur cette crainte-là que mise la gauche réformiste, aujourd'hui dans l'opposition, pour proposer ses services à la bourgeoisie afin de maintenir la paix sociale, notamment grâce à une politique fiscale un peu moins choquante. Mais, même cela, les grandes fortunes ne l'accepteront pas de plein gré. Elles ne feront de concessions que lorsqu'elles sentiront sur leurs nuques le souffle de la colère ouvrière.

Arlette LAGUILLER