Contre des gouvernants au service des possédants, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces

Editorial des bulletins d'entreprise
31/08/2009

"Vous allez voir ce que vous allez voir", telle pourrait être la devise de ce gouvernement.

On a vu les banquiers, dont les spéculations sont responsables de la crise, convoqués à Bercy et à l'Élysée pour la énième fois. Et ressortir souriants, car il n'a pas été question d'interdire les super-bonus des traders, pour ne pas les faire fuir vers l'étranger. Ce qui constitue un feu vert à la poursuite de la spéculation. Et il a été encore moins question d'interdire aux banques d'utiliser les milliards reçus de l'État pour distribuer des dividendes à leurs actionnaires.

On a vu le gouvernement, soudain soucieux de l'environnement, dire qu'il allait appliquer le principe du pollueur-payeur. Mais le prétendu pollueur qui paierait, c'est celui qui ne peut pas se passer de sa voiture pour aller travailler, c'est celui qui n'aurait pas les moyens de faire isoler son habitation, et encore moins d'acheter une maison à "énergie positive". Quant aux gros pollueurs que sont la plupart des industriels, ils n'ont pas à s'inquiéter. La ministre de l'Économie, Christine Lagarde, leur garantit, dans une interview donnée au journal Le Monde des 30 et 31 août que pour eux la taxe carbone sera largement compensée par la suppression de la taxe professionnelle, et ajoute en prime : "Nous réfléchissons à des réductions de charges salariales", c'est à dire à de nouvelles réductions du financement de la Sécurité sociale et des retraites des travailleurs.

On a vu le ministre du budget, Eric Woerth, annoncer qu'il avait les noms de 3000 évadés fiscaux. Et décider de les poursuivre, ou simplement d'en publier la liste ? Que non ! Leur donner jusqu'à la fin de l'année pour négocier discrètement la régularisation de leur situation.

Quand de petites gens n'ont pas le moyen de payer leurs impôts en temps et en heure, il n'y a pas de délais pour leur infliger une majoration. Mais les riches qui fraudent le fisc ont droit à d'autres égards. Sans compter ceux qui se font domicilier en toute légalité dans des paradis fiscaux.

Mais tout cela n'est pas étonnant. Le partisan de la "moralisation du capitalisme" que prétend être l'ex-avocat d'affaires Sarkozy n'a évidemment pas envie de faire de la peine à ses amis milliardaires. Christine Lagarde a été présidente du comité stratégique mondial de Backer et McKenzie, l'un des plus grands cabinets d'affaires de la planète, et administratrice du groupe bancaire ING. Au gouvernement, elle reste au service de ces gens-là. Eric Woerth fut directeur en France du cabinet de conseils aux entreprises Arthur Andersen qu'il quitta en 2002 pour entrer au gouvernement. Le moment était bien choisi : c'était l'année où, aux États-Unis, Arthur Andersen sombrait dans un scandale financier.

Alors, quand ces gens-là prétendent défendre les intérêts de tous les habitants de ce pays, ils se moquent du monde. Ils défendent les intérêts de leur milieu, des industriels et des banquiers, et toute leur politique vise au contraire à pressurer la grande majorité de la population pour permettre à la bourgeoisie de maintenir ses profits malgré la crise que sa rapacité a déclenchée.

Malheureusement, pour avoir généralement moins de liens avec la haute bourgeoisie, les hommes et les femmes politiques qui prétendent incarner l'opposition à la politique de Sarkozy-Fillon ne proposent pas une politique fondamentalement différente. Ils sont tous partisans de ce système économique qui repose sur la propriété privée des grandes entreprises, c'est-à-dire d'un système qui fait de la course au profit individuel le moteur de l'économie. Ils ne veulent pas changer ce système. Ils voudraient être admis à le gérer. Et quand ils sont au gouvernement, ils défendent eux aussi les intérêts des capitalistes. On l'a bien vu il n'y a pas si longtemps avec le gouvernement Jospin. Et c'est le "socialiste" Rocard qui a préparé la "réforme" du système des retraites, comme il s'est fait le champion de la taxe carbone.

Pour mettre un coup d'arrêt à l'offensive que patronat et gouvernement mènent depuis des années contre le monde du travail, ce n'est pas sur les élections régionales de 2010, ni sur les présidentielles de 2012, que les travailleurs peuvent compter. Mais sur la force collective qu'ils représentent quand ils entrent en lutte.