Derrière la menace écologique, les méfaits d'un système économique

Editorial des bulletins d'entreprise
21/12/2009

Cent trente chefs d'État et de gouvernement étaient réunis à Copenhague avec la prétention de "sauver la planète" par un accord limitant les émissions de gaz à effet de serre dont l'accumulation conduit à un réchauffement de la planète en menaçant de catastrophes écologiques.

Mais le grand cirque médiatique de Copenhague a fait un flop. Venus pour se donner une image d'écologiste -l'écologie étant à la mode-, les grands de ce monde sont rentrés bredouilles, mise à part une déclaration lénifiante qui n'engage à rien.

L'échec n'empêche pas Sarkozy de se poser en héros de l'écologie se battant seul, ou presque, contre ces goliaths de la pollution que sont les États-Unis et la Chine. Mais il n'est pas plus convaincant dans le rôle de sauveur de la planète que dans celui de sauveur du pouvoir d'achat !

Les écologistes, déçus, déplorent l'inexistence d'une "gouvernance mondiale" capable d'imposer à tous les États un minimum de réglementation pour limiter la pollution. Eh oui, le morcellement de la planète en une multitude d'États aux intérêts contradictoires rend l'humanité incapable de prendre des mesures indispensables qui soient contraignantes pour tous les États, y compris pour les plus puissants qui sont en même temps ceux qui polluent le plus !

Mais il n'y a pas que les "égoïsmes nationaux".

Les grands États occidentaux, les États-Unis, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et quelques autres, ont développé leur industrie en polluant depuis une époque où la Chine ne pouvait même pas songer en avoir une. Comment pourraient-ils se mettre d'accord sur des mesures véritablement contraignantes contre les groupes industriels ? Ils n'en prennent pas chez eux, là où il n'y a pas besoin d'une entente internationale.

Total a pu polluer impunément les côtes bretonnes et vendéennes. Et, dans l'explosion de l'usine AZF à Toulouse qui a fait 31 morts, les dirigeants du trust n'ont même pas été poursuivis !

Bhopal, en Inde, a commémoré le vingt-cinquième anniversaire de l'une des plus grandes catastrophes industrielles. Entre 4 000 et 6 000 morts de l'émanation d'un gaz toxique, des dizaines de milliers d'invalides. Aujourd'hui encore, des enfants continuent à naître avec de graves malformations car rien n'a été fait pour nettoyer le sol et le sous-sol. Ni l'État indien ni l'État américain n'ont contraint Union Carbide à réparer les dégâts dont elle est responsable, au moins là où ça pouvait l'être. Ni même à indemniser toutes les victimes. Pendant que Bhopal reste un charnier, les actionnaires d'Union Carbide, intégrée depuis dans le plus puissant trust de chimie du monde, Dow Chemical, continuent à encaisser leurs dividendes !

Ces trusts qui, pour augmenter leurs profits, n'ont que faire des hommes ni de la nature ni de la planète, ne feront de l'écologie que là et lorsque cela leur rapportera plus de profits. Face à ces trusts, les dirigeants politiques ne sont que des pantins dont la fonction est de justifier tout ce qui se fait au nom de la "compétitivité" et du profit.

On nous parle de millions d'êtres humains qui pourraient être menacés par le changement de climat provoqué par la pollution. À juste raison. Mais des millions de personnes, les mêmes ou d'autres, sont menacées à bien plus brève échéance tout simplement par les conséquences de la crise économique où la nature n'est pour rien. Même sur le continent européen, plusieurs centaines d'êtres humains sont morts depuis le début de l'hiver. Morts de froid ? Morts surtout de ne pas avoir un logement, morts pour avoir été jetés à la rue ! Et, dans les pays pauvres, la faim tue chaque fois que la spéculation fait s'envoler les prix des produits alimentaires.

Alors, ceux qui dirigent ce monde, ceux qui en sont les bénéficiaires, ne sont pas seulement des incapables. Ils sont malfaisants. Tant que ce système se perpétuera, l'écologie se réduira au mieux à du bavardage impuissant, quand elle n'est pas seulement un discours à la mode pour se faire élire.

Le principal péril dont il faut sauver la planète, c'est le capitalisme. Toutes les autres menaces en découlent. L'humanité ne pourra prendre en main sa vie économique et la diriger consciemment pour satisfaire les besoins de tous, tout en préservant la planète, qu'en expropriant les groupes capitalistes et en mettant fin au règne du marché, de la concurrence et du profit.