Derrière les pantins qui s'agitent sur la scène politique, il y a la dictature du capital

Editorial des bulletins d'entreprise
24/08/2009

Pour la énième fois, Christine Lagarde et Sarkozy doivent rencontrer, les 24 et 25 août, les présidents des conseils d'administration des principales banques du pays pour reparler des bonus des dirigeants et des traders. La répétition de ces rencontres est la preuve même qu'il s'agit d'une opération de "communication", destinée à essayer de convaincre l'opinion publique que le gouvernement s'emploie à "moraliser" le système financier. Mais c'est aussi la preuve qu'il est incapable de mettre un frein à la spéculation qui a plongé l'économie dans une crise comme on n'en avait pas connue depuis 80 ans.

Car si les traders continuent à percevoir des bonus fastueux, si les représentants de l'État disent qu'on ne peut pas interdire cette pratique sous peine de désavantager les banques françaises face à la concurrence internationale, c'est bien parce que ces banques continuent à tirer l'essentiel de leurs profits d'opérations spéculatives.

L'opinion a été particulièrement choquée par le fait que les mêmes banques qui ont reçu des milliards d'euros de l'État, et qui ne l'ont pas remboursé, distribuent une bonne partie de cet argent à leurs traders - dont on nous parle beaucoup - et à leurs actionnaires - dont on ne nous dit rien. Christine Lagarde, la ministre de l'Économie, affirme qu'elle n'est pas pressée de voir les banques rembourser l'État, car pendant ce temps là elles lui versent des intérêts. Mais c'est se moquer du monde. Car le résultat des cadeaux faits depuis longtemps aux entreprises, des fonds distribués aux banques et à l'industrie automobile ces derniers mois, est que la dette publique du pays dépasse aujourd'hui les 1200 milliards d'euros. Et qui perçoit les intérêts de cette énorme dette, bien supérieurs aux intérêts versés par les banques à l'État ? Pour l'essentiel, justement, les banques !

Sarkozy, Lagarde, tous les ministres, s'agitent sur le devant de la scène pour faire croire aux spectateurs que ce sont eux qui dirigent le pays. Mais la réalité du pouvoir est ailleurs. Elle est entre les mains des hommes du grand capital, industriels et banquiers, qui exercent une véritable dictature sur l'économie. Et les politiciens ne sont là que pour les servir.

Prétendre "moraliser" le capitalisme, comme Sarkozy affirme vouloir le faire n'a aucun sens, car c'est le système capitaliste tout entier, ce système qui a érigé l'enrichissement personnel en loi suprême, qui est en cause. Un système où une toute petite minorité de nantis amassent des fortunes considérables sur le dos des travailleurs.

Et comme la spéculation, si elle peut créer des fortunes, ne produit évidemment aucune richesse, comme les richesses ne proviennent que du travail humain, le patronat s'efforce de faire produire autant et même plus par moins de salariés, épuisant les uns à la tâche, en même temps qu'il en réduit des millions d'autres au chômage.

C'est le système capitaliste tout entier qui est en cause. Et c'est bien pourquoi les propositions de l'opposition parlementaire sont aussi dérisoires que les rodomontades des leaders de la majorité, car ni les uns, ni les autres n'en remettent en cause l'existence.

A droite, tout le personnel politique est au garde-à-vous devant Sarkozy, le distributeur des prébendes, en espérant qu'il sera réélu lors de la prochaine élection présidentielle. Au Parti socialiste, les prétendants se bousculent, en espérant récupérer sa succession et en essayant de persuader les travailleurs que c'est en votant bien en 2012 qu'ils pourront changer leur sort.

Mais il n'y a rien à attendre de ces élections. Ce qui pourra changer le cours des choses, c'est que la haine des travailleurs face à la politique du gouvernement se transforme en colère, qu'ils entrent en lutte pour imposer non seulement de meilleurs salaires, le partage du travail entre tous avec des horaires décents, mais aussi leur contrôle sur la comptabilité des entreprises, sur tous les mouvements de fond.

Et on peut compter sur la rapacité du patronat, sur le gouvernement, pour prendre la mesure de trop qui mettra le feu aux poudres.