L'apartheid, c'est fini, mais l'inégalité survit en Afrique du Sud

Editorial
09/12/2013

Si on n'a aucun mal à comprendre l'émotion qui a touché la population noire d'Afrique du Sud et du monde entier à l'annonce de la mort de Nelson Mandela, en revanche, celle des chefs d'État actuellement en poste ou qui l'ont été, y compris du temps où Mandela croupissait en prison, a de quoi écœurer.

Ils sont tous là, ces dirigeants ou ex -dirigeants, à se presser autour de la dépouille d'un homme qui avait consacré une partie de sa vie à combattre le régime infâme de l'apartheid. Un régime qui considérait l'immense majorité des femmes et des hommes d'Afrique du Sud tout à fait officiellement comme des sous-hommes, privés des droits les plus élémentaires.

Car ces grandes puissances représentées à l'enterrement de Mandela avaient toutes soit approuvé le régime d'apartheid, soit laissé faire en détournant, plus ou moins ouvertement, le regard d'un système injustifiable.

Pour mettre fin à l'apartheid, il avait pourtant fallu que, des années durant, des milliers et des milliers de femmes et d'hommes se lèvent et se battent, au sacrifice de leur liberté, au sacrifice de leur vie. Mandela fut l'un de ceux-là. Il réussit, grâce à son courage et à sa détermination, à symboliser ce combat.

Mais il usa de toute son influence pour que la fin de l'apartheid s'accomplisse sans heurts pour les classes dominantes, pour les riches, constitués à 90 % de blancs. Il devint l'apôtre d'une « réconciliation » qui mit fin certes à l'apartheid institutionnel, pour en mettre un autre, social celui-là, pas moins rigoureux.

Si une mince frange de la bourgeoisie noire a pu accéder aux affaires, le sort de l'immense masse des Noirs du pays, privés de travail et de logements dignes, n'a pas changé.

Les bidonvilles y sont aujourd'hui toujours aussi nombreux, peuplés et miséreux. L'analphabétisme y reste répandu, l'exploitation est toujours féroce et la lutte de classe aussi rude et déterminée, comme en ont témoigné les affrontements dans les mines, ces derniers mois.

Ceux qui protestent ont gagné le triste privilège de se faire matraquer, emprisonner, assassiner par des policiers... noirs comme eux.

Oui, Mandela a été tout à la fois l'homme qui a contribué à mener la lutte contre l'oppression, et celui qui a permis que cette oppression se perpétue sous une autre forme. Une situation qui n'est malheureusement pas exceptionnelle.

L'aboutissement du combat de la population noire d'Afrique du sud ne pourra se réaliser que s'il se poursuit, là-bas comme ici en France, jusqu'à son terme, le renversement du capitalisme.

Les circonstances ont voulu qu'au moment même où les regards se tournent vers l'extrême sud du continent africain, la France entame son intervention en Centrafrique. Comme à chaque fois, le gouvernement justifie la guerre en expliquant que « nos » soldats agissent pour la meilleure des causes.

Il y a quelques mois, à propos du Mali, le gouvernement de Hollande expliquait qu'il intervenait contre l'expansion du terrorisme islamiste, ajoutant que cette intervention serait brève. Sauf que l'armée française patrouille toujours au Mali, sans y avoir ramené ni l'ordre ni la sécurité ni la stabilité.

Pour la Centrafrique, les choses seraient différentes, dit-on. Il ne s'agirait plus de soutenir un régime, mais d'intervenir pour ramener l'ordre dans un pays qui est en proie à des affrontements entre bandes armées. On voit mal ce que cela change !

L'ordre que Hollande essaye de rétablir, c'est celui des exploiteurs français et internationaux. Les mobiles de l'impérialisme français n'ont rien à voir avec la générosité désintéressée. Il s'agit pour la France de tenter de maintenir, autant que faire se peut, son influence dans cette zone de l'Afrique, ancienne partie de son empire colonial. Et si l'on ne trouve pas en Centrafrique de richesses exploitées, il y en a dans les pays alentour.

Hors d'Afrique les troupes françaises !