L'entrée en vigueur de la loi sur le travail du dimanche, nouvelle étape dans la régression sociale

Editorial des bulletins d'entreprise
17/08/2009

Adoptée précipitamment, à la demande d'un gouvernement qui sait que la période des vacances est le meilleur moment pour faire passer ses mauvais coups, et promulguée aussitôt, la nouvelle loi sur le travail du dimanche est donc entrée en application ce 16 août.

Ce n'est évidemment pas le dimanche en tant que « jour du seigneur » qui est en cause pour les travailleurs. C'est le fait de supprimer, pour tous ceux - et ils sont nombreux - dont l'activité du dimanche n'est pas indispensable à la société, un jour de repos et de loisir commun.

En fait, l'entrée en vigueur de la loi n'a pas augmenté beaucoup le nombre de magasins ouverts ce jour-là, car les DRH de beaucoup de grandes enseignes n'avaient pas suivi ce train d'enfer et étaient en vacances ! Mais il n'en reste pas moins que cette loi est une nouvelle attaque contre le monde du travail. Pas seulement contre les employés des magasins concernés, mais contre tous les salariés, car elle s'inscrit dans une politique visant à supprimer les unes après les autres toutes les dispositions du code du travail susceptibles de mettre quelques obstacles à la rapacité du patronat.

Sarkozy prétendait être le président du « travailler plus pour gagner plus ». En fait, cette nouvelle loi aboutira au contraire dans la majorité des cas. D'une part parce que, dans les zones dites « d'intérêt touristique », non seulement les salariés n'auront droit à aucune majoration pour le travail du dimanche, mais là où existaient préalablement des accords fixant de telles majorations, rien n'obligera le patronat à continuer à les appliquer. D'autre part parce que, dans les PUCE (périmètres d'usage de consommation exceptionnel), le doublement du salaire sur lequel les porte-parole du gouvernement ont fait tant de bruit ne s'appliquera que dans les entreprises où n'existe aucune convention collective prévoyant le travail du dimanche. Et que, pour les autres, il est plus que probable que cet avantage disparaîtra avec le temps, comme cela s'est déjà passé en Angleterre et en Irlande, comme c'est déjà la situation en France dans le secteur du meuble grâce à un texte de loi qui a évidemment réjoui Conforama et Ikea.

Quant au « volontariat » dont on nous a tant parlé, c'est un mensonge hypocrite. Quand un salarié isolé discute avec son patron, il n'est pas dans une situation d'égalité, même en période de plein emploi. À plus forte raison quand il y a plusieurs millions de chômeurs, et que les plans de licenciements et les fermetures d'entreprises menacent tous les salariés. Qui peut croire qu'un candidat à l'embauche refusant de travailler le dimanche aura la moindre chance de voir sa candidature acceptée, qu'un travailleur refusant de se plier aux désirs du patron ne se verra pas poussé à la porte ? Il n'y a que collectivement que les travailleurs peuvent faire respecter leurs droits.

Il ne s'agit même pas dans cette nouvelle loi de favoriser la reprise économique en aidant le commerce en général. La grande masse de la population n'ayant qu'un budget limité, ce que la clientèle du dimanche dépensera, ce sera autant de moins sur les achats de la semaine. Par contre, cette loi favorisera de toute évidence les grandes surfaces par rapport au petit commerce. Et ce sont évidemment les seuls intérêts des grands capitalistes de la distribution qui font l'objet de la sollicitude du gouvernement, et plus généralement ceux des grands groupes capitalistes.

C'est bien pourquoi la banalisation du travail du dimanche dans le commerce doit être considérée comme un avertissement par tous les travailleurs. De nombreuses industries, parce que le patronat préfère imposer des rythmes de vie déments à ses salariés plutôt que d'investir dans de nouveaux équipements, recourent déjà au travail du dimanche. Jusqu'à maintenant, il y a toujours des compensations financières. Mais si le dimanche devient un jour comme les autres, les patrons ne se priveront pas d'essayer de revenir sur celles-ci.

Mais si le gouvernement choisit de faire ses mauvais coups en été, à nous de lui rappeler dès la rentrée que qui sème le vent récolte la tempête.