Le 24 juin : exprimer la protestation des travailleurs

Editorial
21/06/2010

Personne ne peut espérer qu'une seule journée de manifestations ce jeudi 24 juin suffise à faire reculer le gouvernement sur son projet de retraite. Il faut cependant y participer. Il faut que l'indignation du monde du travail s'exprime.

Pour les travailleurs qui auront encore un emploi à 60 ans, porter à 62 ans l'âge de départ à la retraite et à 67 ans l'âge pour obtenir à coup sûr une retraite à taux plein, c'est se faire exploiter deux ans de plus à un âge où, usé par le travail, par la fatigue, on n'en peut plus ! C'est empêcher les travailleurs qui ont conservé leur emploi jusqu'à la retraite d'avoir le temps d'en profiter après.

Et il faut tout le cynisme des serviteurs du grand patronat pour refuser qu'un métier ou une activité soient considérés pénibles. Pour ces gens-là, il n'y a que des cas individuels ! C'est au travailleur individuel d'apporter la preuve que son travail était pénible en montrant, certificat médical à l'appui, qu'il a été estropié. Et ce certificat doit être fourni par des médecins du travail qui, la plupart du temps, dépendent des patrons !

Mais à cette crapulerie s'en ajoute une autre. 40 % des travailleurs de plus de 54 ans n'ont plus d'emploi. À qui fera-t-on croire que les patrons se mettront à embaucher à 55, 58 ou 60 ans alors que les jeunes eux-mêmes ne trouvent pas de travail ?

En repoussant l'âge de la retraite, le gouvernement veut que de moins en moins de travailleurs aient droit à une retraite à taux plein. C'est une façon hypocrite de réduire les pensions. Le gouvernement affirme que cette mesure économisera 11 milliards d'euros aux caisses de retraite.

Mais c'est du vol pur et simple ! Ce sont 11 milliards volés aux vieux travailleurs auxquels s'ajoutera la cotisation supplémentaire extorquée aux salariés de l'État. Et tout cela, pour quoi faire ?

Depuis deux ans que la crise financière s'est aggravée, l'État accorde aux banques des prêts à des conditions particulièrement favorables, voire gratuits ; accorde aux groupes capitalistes des soutiens du genre "prime à la casse", afin de permettre aux entreprises capitalistes de traverser la crise en préservant leurs profits. Tout cela coûte très cher à l'État qui essaie de récupérer au détriment des classes populaires de quoi alléger la dette pharaonique qu'il a faite pour aider les plus riches.

Les dirigeants politiques continuent à justifier cette ignominie en répétant "avec le vieillissement de la population, il y a toujours plus de retraités pour le même nombre d'actifs". Mais même répété mille fois, y compris par le chef de l'État, cela reste une ânerie. Ne parler que de la proportion entre actifs et retraités sans tenir compte de l'augmentation de la productivité -un même actif produit deux fois, trois fois plus qu'il y a trente ou quarante ans-, c'est mentir par omission. Si les gains de productivité n'étaient pas intégralement empochés par le patronat, il y aurait de quoi assurer une retraite correcte à tous les anciens !

Ces mensonges sont repris par les dirigeants du PS dans l'opposition et même par les dirigeants syndicaux qui appellent à manifester. Tous ces gens-là ne critiquent que les modalités des mesures gouvernementales, pas leur prétendue nécessité.

De la part du PS, rien d'étonnant à cela : les premières attaques contre les retraites ont été préparées par le socialiste Rocard, puis exécutées par l'homme de droite Balladur, au début des années 90. Lorsque le PS est revenu au gouvernement avec Jospin, il n'a pas supprimé les lois Balladur. En fait, la politique des uns est dans la continuité de la politique des autres. Le changement de majorité ne sert pas à changer de politique, mais à mieux la faire accepter par la population !

Quelles que soient cependant les arrière-pensées des faux amis qui appellent à manifester le 24 juin contre nos ennemis déclarés, il faut se saisir de cette occasion pour faire entendre la protestation du monde du travail contre ces mesures injustes, inacceptables !

Mais il faut en même temps être conscient que pour faire reculer la classe capitaliste et les pantins qui la servent au gouvernement sur les retraites comme sur l'ensemble des mesures anti-ouvrières, il faudra bien plus qu'une manifestation, il faudra des grèves, des actions de plus en plus massives, assez puissantes pour affecter les profits des bourgeois. Il faudra surtout que nous prenions conscience que notre emploi, notre salaire, notre retraite, notre vie, sont à la merci d'une classe capitaliste faillie, aussi avide qu'irresponsable, jusqu'à ce que nous nous donnions les moyens de mettre en cause son contrôle exclusif sur les entreprises, les banques, l'économie.

Arlette LAGUILLER