Nos exigences vitales, il faudra les leur imposer !

Editorial
10/02/2009

Il ressort clairement du discours de Sarkozy à la télévision le 5 février qu'il n'a pas l'intention de tenir compte de la colère qui monte parmi les travailleurs devant la multiplication des licenciements, la montée du chômage et de la précarité, l'insuffisance des salaires. Le succès de la journée de mobilisation du 29 janvier était pourtant manifeste et la participation massive, mais il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !

La seule proposition concrète dans son discours est la suppression de la taxe professionnelle, ce qui constitue un cadeau considérable en faveur du patronat, au détriment des collectivités locales. Ce qui signifie qu'il y aura moins de logements, d'écoles, moins de services pour les classes populaires, en particulier pour les plus pauvres, de la part des municipalités qui seront financièrement étranglées car la taxe professionnelle constitue souvent la moitié de leurs recettes.

L'annonce de ce nouveau cadeau aux patrons, grands et petits, est aussi une véritable provocation car Sarkozy a confirmé dans le même discours son opposition à toute augmentation de salaire, même celle du salaire minimum, et sa détermination à supprimer des emplois dans les services publics par le non remplacement d'un salarié sur deux partant en retraite.

Et voilà que la presse vient d'annoncer « six milliards d'euros pour l'automobile française » ! Pour les travailleurs de l'automobile ? Non, évidemment ! Plusieurs milliers d'intérimaires ont été licenciés par les deux trusts bénéficiaires du cadeau gouvernemental, Renault et PSA Peugeot-Citroën. Et combien d'équipementiers licencient, réduisent leurs effectifs, quand ils ne ferment pas complètement comme l'entreprise Lear, sous-traitant de PSA, qui ferme une de ses deux usines de la région parisienne au moment même où Peugeot touche un pactole ?

C'est la classe capitaliste et son système économique qui portent l'entière responsabilité de la crise, pas les travailleurs ! Et c'est pourtant aux travailleurs, aux classes populaires, que le gouvernement en fait payer le prix pendant que le patronat et les banquiers encaissent les aides de l'État.

Personne ne pouvait espérer qu'une seule journée de grèves et de manifestations, même réussie, pouvait faire reculer Sarkozy et, derrière lui, les donneurs d'ordre du grand patronat. Une suite à la journée du 29 janvier s'impose. Elle aurait dû être un nouvel appel à la grève interprofessionnelle et à des manifestations à l'échelle du pays, plus massives encore que celles du 29 janvier. Le 9 février, les dirigeants syndicaux se sont réunis et ils ont bien décidé une nouvelle journée d'action pour le 19 mars... mais en soumettant les modalités de celle-ci aux résultats de leur réunion du 18 février avec Sarkozy, dont il est pourtant clair, après son intervention télévisée, qu'il ne peut rien sortir de bon pour les travailleurs.

En outre, ces discussions sont prévues pour être étalées sur plusieurs mois. Alors, pourquoi ces tergiversations ? Les salariés dont le pouvoir d'achat s'effondre, ceux déjà licenciés ou qui sont menacés de l'être, les retraités, ne peuvent pas attendre. Le patronat et le gouvernement ne comprennent que le rapport de forces. Ils ne changeront de politique que contraints et forcés par une réaction massive du monde du travail. Il est aussi évident que le rapport de forces entre les travailleurs et le grand patronat, soutenu par le gouvernement, ne peut pas être changé entreprise par entreprise, dans la dispersion de nos forces. Tous les salariés ont le même besoin, vital, de sauvegarder leur emploi et de disposer d'un salaire qui leur permette de vivre. C'est ensemble qu'ils ont la force de les imposer.

C'est pour cela que se battent les travailleurs de Guadeloupe qui entament leur quatrième semaine de grève générale et ceux de Martinique qui viennent de s'y engager. Ils montrent l'exemple de la détermination indispensable même pour se faire entendre et, à plus forte raison, pour vaincre.

Sarkozy et le grand patronat ne céderont que devant une mobilisation allant croissant et menaçant de devenir une grève générale illimitée jusqu'à ce que soient satisfaites les revendications essentielles des travailleurs : une hausse conséquente de tous les salaires, l'interdiction des licenciements, un emploi pour tous, quitte à répartir le travail entre tous.

Le grand patronat avec son avidité et Sarkozy avec sa morgue antiouvrière convaincront tôt ou tard même les plus hésitants qu'il n'y a pas d'autre voie.

Arlette LAGUILLER