Regardons l'austérité qu'ils imposent aux travailleurs grecs : c'est l'avenir qu'ils nous préparent

Editorial des bulletins d'entreprise
03/05/2010

"La Grèce est sauvée de la faillite", annoncent les médias à la suite de la décision des institutions européennes et du FMI de lui accorder 110 milliards d'euros de prêts.

"Sauvée, la Grèce" ? Son gouvernement, peut-être, ainsi que ses banquiers et ses riches armateurs. Mais l'écrasante majorité de la population devra payer : pour les salariés de l'État, une diminution brutale des salaires de l'ordre de 15% ; pour les retraités, une baisse des pensions ; l'augmentation de la TVA ; et plus généralement, un plan d'austérité draconien qui se traduira par une baisse importante du financement des services publics et de la protection sociale.

Et tout cela, pourquoi ? Parce que l'endettement de l'État grec, déjà élevé, s'est envolé depuis le début de la crise. Comme l'endettement de la plupart des États et pour les mêmes raisons : tous ont dépensé sans compter pour aider leurs banquiers et leur bourgeoisie. À ceci près que la Grèce étant un des États les plus fragiles de la zone euro, les créanciers doutent de plus en plus de sa capacité à rembourser sa dette. Les marchés financiers, c'est-à-dire une douzaine de grandes banques qui font la pluie et le beau temps dans le domaine des prêts aux États, prêtent quand même mais de plus en plus cher.

S'est enclenchée pour la Grèce une spirale infernale : plus elle honore ses échéances arrivées à terme en empruntant, plus sa dette augmente. Et les incertitudes sur la capacité de la Grèce à rembourser ou sur la volonté ou pas des États les plus riches d'Europe de se porter garants pour elle, sont devenues objets de spéculation.

Et voilà que la décision des institutions européennes permet aux marchés financiers d'avoir et le beurre, et l'argent du beurre ! Non seulement les banques prêteuses continuent à encaisser les taux d'intérêt élevés qu'elles justifient par l'incertitude d'être remboursées, mais de plus elles peuvent dormir tranquilles : si la Grèce est défaillante, l'Europe se portera garante.

Ce n'est pas la Grèce la grande gagnante de l'affaire, mais les banques qui l'ont étranglée ! C'est à elles que profiteront les 110 milliards débloqués. Les commentateurs osent pontifier sur le fait qu'avec le plan d'austérité que les dirigeants des pays riches leur imposent, les Grecs n'ont que ce qu'ils méritent car "ils ont vécu au-dessus de leurs moyens". Ils mettent dans le même sac les banquiers et les armateurs avec les salariés, les retraités et les chômeurs qui ne sont pour rien ni dans la crise, ni dans la spéculation contre leur pays, qui n'y ont rien gagné mais qui paieront quand même !

La spéculation contre la Grèce ne s'arrêtera même pas nécessairement avec les mesures prises ce week-end. Et quand bien même il y aurait une accalmie pour ce pays, il y a tous les risques que la spéculation se porte sur d'autres cibles. C'est déjà le cas du Portugal et de l'Irlande et, peut-être, de l'Espagne. Qui d'autre demain ?

Des capitaux énormes circulent sur les marchés financiers, et il n'est pas question pour leurs propriétaires de ne pas "les faire travailler", c'est-à-dire les placer de manière profitable. Et cela fait bien longtemps que ces capitalistes ne trouvent pas intéressant d'investir dans la production créatrice d'emplois qui ne rapporte pas assez et qu'ils privilégient des placements financiers. Les États, endettés pour avoir versé des milliards à leurs banquiers, ont d'énormes besoins de financement auxquels ils font face en empruntant auprès de ces mêmes banquiers ! Moyennant intérêts, bien sûr, auxquels s'ajoutent les gains faits dans la spéculation !

La boucle est ainsi bouclée : les opérations financières tournent dans le vide en enrichissant les banquiers et leurs mandataires et en ruinant l'économie productive. Et en appauvrissant les classes exploitées.

Alors, regardons vers la Grèce car ce qui s'y passe est peut-être notre avenir dans quelques mois. La classe capitaliste, l'unique responsable de la crise, la gère entièrement à son profit. Elle s'enrichit malgré la crise pendant que les classes laborieuses sont poussées vers la pauvreté. Elle continuera jusqu'à ce qu'elle se heurte à une explosion sociale. Pour être vraiment efficace, il faut que dans cette explosion sociale les masses exploitées parviennent à la conscience qu'il est vital de mettre en cause le pouvoir de la classe capitaliste sur l'économie.

Arlette LAGUILLER