Roms, immigrés, pauvres : les surenchères crasseuses de Sarkozy

Editorial des bulletins d'entreprise
02/08/2010

Depuis la déclaration de Sarkozy contre "le comportement des gens du voyage et des Roms", les annonces se succèdent aussi débiles que nauséabondes. Sarkozy, encore lui, amalgamant immigration et criminalité, propose de retirer la nationalité française aux délinquants d'origine étrangère ; Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, en rajoute avec des critères supplémentaires de déchéance de nationalité. Le député UMP, déjà à l'origine d'une loi en cours d'adoption préconisant la suspension des allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire, se sent pousser des ailes : le voilà qui propose deux ans de prison ferme pour les parents de mineurs délinquants.

Le Pen et son gang n'ont qu'a bien se tenir, Sarkozy et les siens n'ont rien à lui envier. Le but visé est évident : Sarkozy qui sombre dans les sondages revient au langage sécuritaire et xénophobe qui lui a permis d'attirer la clientèle électorale de Le Pen pour être élu en 2007.

Et puis, il y a une préoccupation plus immédiate. L'affaire Bettencourt-Woerth a dévoilé un peu trop les petits et les grands secrets de leur monde et montre les liens étroits, fusionnels, entre les riches et ceux qui nous gouvernent.

Il fallait un contre-feu : pour cacher les délits et les turpitudes de ceux d'en haut, on s'en prend à ceux d'en bas. Pour faire oublier les enveloppes distribuées aux ministres par la milliardaire Bettencourt en récompense de services rendus, passés ou futurs, on se propose de mettre en prison les parents de milieux pauvres qui n'ont pas su empêcher leurs enfants de sombrer dans la délinquance. Derrière les attaques contre les étrangers en y englobant les citoyens de la deuxième, troisième génération, voire, s'agissant des Gitans, de gens qui vivent en France depuis le Moyen-Age, il y a l'attaque contre les pauvres.

Il y a la haine viscérale de ceux qui ont de l'argent et de leurs larbins politiques contre tous ceux qui ont du mal à s'en sortir dans cette société sans pitié pour ceux qui ne possèdent pas de capitaux.

Simple démagogie électorale de la part de Sarkozy et de ses sous-fifres ? Peut-être. Mais ce faisant, tous ces gens-là remuent les mêmes ordures que Le Pen. Des ordures qui peuvent, si la crise s'aggrave, engloutir la société.

Car bien au-delà de la petite personne de l'actuel Président de la République et des membres de son clan personnel, ce qui n'est pour eux qu'une ficelle électorale a pu devenir, dans certaines circonstances historiques, un poison virulent.

Désigner des boucs émissaires pour les accuser des maux qui résultent de la crise de l'économie capitaliste elle-même, on a déjà vu ça dans l'Allemagne nazie. A l'époque, les étrangers à pourchasser, étaient Juifs et, déjà, Tsiganes. Aujourd'hui, les boucs émissaires sont Maghrébins, Africains et Tsiganes, toujours. Mais le mécanisme est le même.

Oh ! Les ministres et les députés d'aujourd'hui qui propagent ces crapuleries seraient indignés de toute comparaison avec les nazis en Allemagne ou avec leurs émules ici en France sous l'Occupation. Ils sont propres sur eux, et le jour où des brutes fanatiques reprendront leurs discours, ils diront, peut-être, qu'ils n'y sont pour rien. Mais en attendant, ce sont eux qui distillent le poison.

Alors, s'il y a une conclusion à tirer pour nous les travailleurs, c'est de ne pas marcher dans toute cette démagogie, de la rejeter dans le détail comme dans sa totalité. Toute la haine que ces gens-là distillent, si elle aboutit à nous diviser en fonction de notre nationalité, de notre ascendance, au mieux nous rendra incapables de nous défendre avec efficacité et, au pire, servira de prétexte pour faire émerger un régime assez dur pour nous imposer la loi de la bourgeoisie à coups de matraque, de prison ou de camp de concentration. Lorsque la bourgeoisie se sent menacée, elle est capable de faire appel à la lie de la société.

Les Sarkozy et compagnie sont nos ennemis car ils sont au service des riches. Mais ils sont aussi nos ennemis de par les idées qu'ils véhiculent et qui, sachons-nous le rappeler, sont toujours destinées à nous diviser, à nous dresser les uns contre les autres, alors que les seuls responsables des maux qui découlent de la crise, du chômage, de la pauvreté et de l'insécurité, sont les responsables de la crise elle-même : la grande bourgeoisie et son système économique, le capitalisme.