Un budget de guerre contre les salariés et les classes populaires

Editorial des bulletins d'entreprise
28/09/2009

"Le budget 2010 sera volontariste et vert", affirme le Premier ministre Fillon dans une interview qu'il a accordée au Journal du Dimanche. Passons sur le "vert" qui n'est là que parce qu'il est à la mode de flatter l'électorat écologiste. Cela procède du même esprit de la part du gouvernement que de reprendre à son compte la proposition des Verts d'une taxe carbone, dont l'efficacité écologique est nulle mais qui constitue un impôt de plus. Quant à la qualification "volontariste", dans quel sens l'est-elle ? Au profit de qui et aux dépens de qui ?

Pour les classes populaires, il y a la poursuite de la réduction des emplois publics. 33 000 en moins rien qu'en 2010. Cela signifie qu'aux côtés du grand patronat qui licencie et supprime des emplois, l'État apporte sa propre contribution à l'accroissement du chômage. Moins de postes d'enseignants, moins de personnel dans les hôpitaux publics, moins de postiers, moins d'emplois dans les transports publics, cela signifie moins de jeunes qui trouvent un emploi dans les services publics. C'est aussi un service public de plus mauvaise qualité.

Le budget 2010 officialise aussi une nouvelle hausse du forfait hospitalier, et Fillon a justifié la mesure cynique qui signe toutes les autres, celle de frapper d'impôt les indemnités journalières en cas d'accident du travail.

Mesures d'austérité donc pour la majorité de la population, mais cadeaux pour le patronat ! Fillon n'a pas peur de mettre les points sur les i à propos de la suppression de la taxe professionnelle en affirmant que "cela fera bénéficier les entreprises de six milliards d'exonérations d'un seul coup", "et même de 12 milliards", ajoute-t-il.

Et puis, au-delà de ces cadeaux à la bourgeoisie présentés comme tels, il y en a d'autres qui, pour être seulement implicites, n'en représentent pas moins des sommes substantielles. En effet, le prochain budget serait en déficit d'un montant de 140 milliards d'euros, un chiffre sans précédent. "Autant de milliards qui vont grossir la dette française", soulignent les commentateurs. Mais c'est aussi beaucoup de milliards qui vont grossir les profits des banquiers et, bien au-delà, de la bourgeoisie. Car, pour compenser son déficit, l'État va emprunter.

Mais emprunter à qui ? Sûrement pas aux chômeurs, ni aux ouvriers sur chaîne ou aux caissières de supermarché, ni aux producteurs de lait étranglés par les trusts de l'agroalimentaire et les mastodontes de la distribution ! Il va emprunter à ceux qui ont de l'argent, à la bourgeoisie. Ceux qui prêtent prélèveront une part croissante du budget de l'État en guise de service de la dette qui représente déjà un des principaux postes budgétaires. Et, pour pouvoir payer de plus en plus d'intérêts à la bourgeoisie, l'État rognera sur les autres postes du budget, c'est-à-dire sur les services publics.

Le budget de Fillon est un budget de guerre. De cette guerre que mène la classe capitaliste, avec ses représentants politiques, contre les travailleurs salariés et, plus généralement, contre toutes les classes populaires. Les conséquences de ce budget s'ajouteront aux licenciements, à la généralisation de la précarité et à la réduction du pouvoir d'achat pour aggraver les conditions d'existence des travailleurs et des classes populaires.

Malgré toutes les limites des services publics dans cette économie dominée par l'argent, malgré leur dégradation depuis des années, une grande partie des classes populaires ne pourraient pas se soigner sans la santé publique. Elles ne pourraient donner à leurs enfants un minimum d'éducation sans l'enseignement public ni même, comme le rappellent l'actualité et les projets de privatisation de La Poste, faire acheminer le courrier de façon équitable et correcte quels que soient le lieu où on vit ou sa condition sociale.

Seul un changement des rapport de force entre les exploités et la bourgeoisie peut stopper l'offensive menée par la classe capitaliste sur une multitude de fronts, pour faire payer aux classes populaires la crise de son économie. Arrêter l'accroissement du chômage par l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire, défendre le pouvoir d'achat et les services publics indispensables aux classes populaires, font partie d'un seul et même combat. Le monde du travail sera amené à l'engager s'il ne veut pas être poussé vers la misère.

Arlette LAGUILLER