Un système plus mortifère que le choléra !

Editorial des bulletins d'entreprise
22/11/2010

Des corps décharnés sur des paillasses, des êtres humains gisant par terre et mourant du choléra, des hommes, des femmes, portant sur leur dos le corps malade de leur enfant ou de leur compagnon, les images qui parviennent d'Haïti suscitent la compassion mais plus encore l'indignation.

La catastrophe humaine que connaît aujourd'hui Haïti était une catastrophe annoncée. Elle est la deuxième en cette année, dix mois après le tremblement de terre qui a dévasté le pays et sa capitale, faisant plus de deux cent mille victimes.

« Catastrophe naturelle » ? Mais, au Japon, les tremblements de terre sont fréquents et parfois plus violents qu'en Haïti, et ni les destructions ni le nombre de victimes ne sont à la même échelle. Les victimes du séisme sont mortes de pauvreté. Non seulement parce que les taudis où vit la majorité de la population ne pouvaient pas résister, mais aussi parce qu'il n'existait ni matériel pour dégager les victimes des ruines, ni autorité pour organiser les secours, ni personnel de santé pour les soigner.

Devant l'émotion internationale que cela a suscitée, les dirigeants des grandes puissances avaient juré la main sur le cœur qu'ils aideraient à reconstruire le pays. De Clinton à Sarkozy, ils ont fait un petit tour sur l'île dévastée pour promettre de l'argent, les yeux fixés sur les caméras. Une fois passée cette émotion, on a remballé les caméras et on a laissé la population, une des plus pauvres de la planète, seule face aux conséquences du tremblement de terre.

Dans la capitale Port-au-Prince, en dix mois, seuls les axes de circulation ont été déblayés. Pour le reste, rien ! Huit cent mille personnes, dont le taudis a été détruit, dorment toujours dans la rue. Tout au plus, les abris de fortune, faits de cartons, de tôles, assemblés avec des ficelles, ont-ils été remplacés par des tentes. Abris bien dérisoires dans ce pays frappé par des ouragans. Huit cent mille personnes entassées dans des conditions d'hygiène infra-humaines, sans toilettes, sans eau bien souvent.

Ce qui devait arriver arriva. Quel que soit le point de départ de l'épidémie de choléra, elle vient d'atteindre la capitale.

Les télévisions montrent ces corps décharnés, dans les centres de soins ou en train de mourir dans la rue avant même d'avoir atteint un centre de soins. Car le choléra tue vite. Il ne laisse parfois à ceux qui en sont atteints que quatre heures de vie.

Regardons-les, ces images ! Ce sont des travailleurs comme nous, nos sœurs et nos frères. Ils survivent entre petits boulots et chômage pour la majorité. D'autres sont des ouvriers des usines de la zone industrielle qui travaillent douze heures par jour, six jours par semaine, pour gagner un salaire qui tourne autour de trois euros par jour en fabriquant ces maillots de corps, ces chemises qui se retrouvent ensuite dans les rayons des grands magasins aux États-Unis ou en France.

Haïti se trouve à une heure de vol seulement des côtes de la Floride, du pays le plus riche du monde, les États-Unis. Rien qu'avec une fraction infime des milliards qui ont été déversés sur les banquiers, il aurait été possible de financer le déblaiement des décombres, la construction de logements pour tous, la mise en place d'infrastructures, de canalisations d'eau potable, et ainsi d'enrayer la possibilité même d'une épidémie de cette ampleur. Une petite partie des moyens matériels que les puissances impérialistes déploient pour tuer en Afghanistan ou en Irak aurait pu faire surgir tout cela, avec la participation de la population qui ne demande qu'à travailler.

Rien de tout cela n'a été fait ! Les milliards promis sont restés des promesses. Et les médecins et infirmières des ONG, débordés face au choléra, ont beau implorer, il n'y a pas assez de personnel soignant, il n'y a pas assez de lieux pour soigner, et il n'y a pas de moyens de transport pour permettre aux malades d'atteindre rapidement les centres de soins. Il n'y a même pas assez d'argent pour des médicaments qui ne coûtent pas trop cher. Si le choléra tue vite, c'est aussi une maladie facile à soigner, il continue pourtant à tuer.

Le tueur, ce n'est pas le choléra. Les tueurs, ce sont ceux qui font marcher ce monde infâme où l'économie s'étouffe d'un trop plein d'argent et de spéculations et où il n'y en a pas pour la survie. Le tueur, c'est tout ce système où la course au profit remplace tout sentiment d'humanité.

Alors, comment ne pas regarder les images venues d'Haïti en serrant les poings de rage et en se disant que ce système social mérite vraiment de disparaître ?

Arlette LAGUILLER