Subir ou réagir : il est temps de préparer une riposte sérieuse à l'offensive du patronat et du gouvernement

Editorial
12/01/2009

Il ne se passe pratiquement pas de jour sans que l'on apprenne que telle ou telle grande entreprise envisage de réduire ses effectifs ou de recourir encore davantage au chômage technique. Ces annonces ne reflètent d'ailleurs qu'une petite partie de la réalité, car elles ne concernent que les effectifs "fixes" des entreprises, faisant l'impasse sur les milliers de salariés de sous-traitants, d'intérimaires, de CDD, qui vont se retrouver du même coup au chômage.

Pourtant, malgré la crise, la plupart des grandes entreprises annoncent des bénéfices considérables pour 2008. Avec ces bénéfices, elles vont distribuer des dividendes confortables à leurs actionnaires. Mais pas question pour elles de prendre sur ces bénéfices pour sauvegarder le niveau de vie de leurs salariés. Encore moins de prendre sur les bénéfices accumulés les années précédentes. Les seuls dont les intérêts sont pris en compte, dans notre société, sont ceux qui vivent du rapport de leurs capitaux, ceux qui gagnent des fortunes en dormant. Mais les travailleurs, ceux qui créent toutes les richesses, ne sont, comme disent les patrons, qu'une "variable d'ajustement". Ils leur imposent des conditions, des rythmes de travail épuisants, quitte à les jeter quand ils ont moins besoin d'eux.

L'ensemble des confédérations syndicales appelle à "une journée nationale de mobilisation interprofessionnelle", avec "grèves et manifestations", pour le 29 janvier. D'ores et déjà, un certain nombre d'organisations syndicales se sont prononcées pour une grève de vingt-quatre heures ce jour-là.

Ce pourrait être un bon début pour une mobilisation de tout le monde du travail visant à mettre un coup d'arrêt à la politique du patronat et du gouvernement, à les amener à reculer, à faire en sorte que ce ne soient pas les travailleurs qui fassent les frais de la crise du capitalisme. Mais à condition que le 29 janvier ne reste pas une journée isolée, comme nous en avons connu bien d'autres dans le passé. Car il est évident qu'il ne suffira pas d'une unique journée "de mobilisation", aussi réussie soit-elle, pour faire reculer le patronat et le gouvernement à son service.

D'autant qu'après des années de reculs incessants de la classe ouvrière, bien des travailleurs ne croient plus qu'il est possible de faire reculer le patronat. La réussite de la journée du 29 janvier peut servir à leur redonner le moral, mais à condition qu'elle soit suivie d'autres mobilisations, annoncées à l'avance, destinées à préparer le monde du travail à la contre-offensive d'envergure qui sera nécessaire s'il ne veut pas supporter tout le poids de la crise.

Ce devrait être le rôle des directions syndicales que d'établir un tel plan. Mais ce n'est pas leur préoccupation et elles ne le feront pas. Ce qu'elles recherchent c'est à être considérées comme des interlocuteurs valables par le patronat et le gouvernement, à être admises à négocier. Et quand elles appellent les travailleurs à la grève ou à manifester, c'est pour faire la preuve de leur influence, afin justement d'être invitées à des réunions autour d'un tapis vert, pour des marchandages où le patronat a toujours plus de poids que les travailleurs.

Mais les directions syndicales sont ce que les travailleurs, ce que les militants syndicalistes honnêtes, soucieux des intérêts du monde du travail, les laissent être. Et ils peuvent aussi peser sur les appareils syndicaux pour les amener à une autre attitude.

Ce sera d'autant plus possible si le 29 janvier est un succès, prouvant que nombreux sont les travailleurs qui ont répondu présent. Il s'agit donc dès maintenant de préparer cette journée. Mais il s'agit aussi que tous les militants syndicaux, que tous les travailleurs combatifs, fassent entendre leurs exigences auprès de ceux qui se présentent abusivement comme les porte-parole des intérêts du monde du travail.

Arlette LAGUILLER