Brésil : Bolsonaro, le retour 07/10/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/10/une_3036-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg 2026-10-07

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Bolsonaro, le retour

Au premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite, est arrivé en tête avec 47 % des voix contre 45 % à Lula, actuel président et candidat du Parti des travailleurs (PT). Le taux d’abstention de 21 % a été élevé dans un pays où le vote est obligatoire.

En 2022, la victoire de Lula sur Jair Bolsonaro avait été présentée, et vécue par beaucoup de Brésiliens, comme un coup d’arrêt à l’extrême droite après quatre ans de pouvoir de Bolsonaro père, émaillé de scandales. On voit aujourd’hui qu’elle ne l’a pas été.

Jair Bolsonaro, condamné pour avoir tenté un coup d’État après son élection perdue, est certes depuis 2025 sous bracelet électronique, décidément à la mode à l’extrême droite. Mais celle-ci n’a pas reculé, loin de là : elle progresse dans les élections de gouverneurs, de députés et de sénateurs et le fils Bolsonaro est donc en tête de la présidentielle.

Flávio Bolsonaro, en lien avec les milices armées de Rio ou avec le banquier Daniel Vorcaro, au cœur d’un énorme scandale financier au Brésil, est soutenu par une grande partie de la bourgeoisie. Durant la présidence de Lula, que les médias patronaux accusent de « communisme », les idées d’extrême droite se sont renforcées, y compris au sein de la classe ouvrière, relayées notamment par les églises évangéliques. Les milices armées imposent leur loi dans bien des quartiers pauvres au nom de la sécurité. Des députés ouvertement pronazis regrettent la dictature militaire. C’est une campagne permanente qui renforce les idées réactionnaires, propatronales, racistes, sécuritaires, sexistes, homophobes.

La désillusion à l’égard des promesses de la gauche joue aussi son rôle. Les espoirs de ceux qui espéraient une amélioration ont été déçus. Lula promettait que « le bifteck [allait] revenir sur la table des travailleurs » : cela n’a pas été le cas. La majorité des plus pauvres continue de voter pour le PT de Lula, notamment parce que l’ancien syndicaliste de la métallurgie, qui a mené des grèves contre la dictature, a augmenté quelques aides, comme la « bourse familiale », et a supprimé l’impôt sur le revenu pour les salariés gagnant jusqu’à 5 000 reals soit 840 euros, le salaire minimum étant d’environ 270 euros. Cela compte dans un pays où près de 30 millions de personnes connaissent encore l’insécurité alimentaire. Or rien de tout cela ne touche aux profits des grands groupes capitalistes, ni n’arrête la montée de l’extrême droite. D’autant moins que Lula a comprimé les dépenses publiques et gouverné avec des partis du centre et de la droite, décourageant ses électeurs.

Même la reprise de revendications ouvrières par la gauche gouvernementale finit par se retourner contre les travailleurs. Ainsi, Lula avait annoncé que la fin de la semaine de six jours de travail sur sept, appelée l’échelle « 6x1 », serait une priorité mais obtenue grâce à un accord avec le patronat. Le centre et la droite ont pu relayer les exigences patronales et marchandé leur vote : ils ont obtenu qu’il y ait une transition de quatorze mois, des horaires de travail modulables, la baisse des impôts patronaux et des exonérations sur les salaires. Mais le texte n’est toujours pas passé au Sénat et rien n’a changé avant l’élection. Si l’extrême droite revient au pouvoir, elle n’aura qu’à appliquer des mesures propatronales qui ont été préparées par le gouvernement de gauche. Elle parle déjà de supprimer le salaire minimum pour passer au salaire horaire.

Quel que soit le vainqueur du second tour le 25 octobre, la crise est là, et les capitalistes savent qu’ils pourront s’entendre avec le prochain président pour en faire payer le prix aux travailleurs et à la population.

Face à ce danger et à celui de la montée de l’extrême droite, les travailleurs ne peuvent s’en remettre à Lula et parier sur son éventuelle victoire électorale. Ils devront se mettre en situation de défendre eux-mêmes leurs intérêts plutôt que se fier à un sauveur suprême.

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