Allocution de Nathalie Arthaud à la fête d'Argenteuil

Meeting
11/01/2016

Travailleuses, travailleurs, chers amis,

En cette période de nouvelle année, il est de tradition d’échanger des vœux, eh bien je vous souhaite, au nom de tous mes camarades de Lutte ouvrière le meilleur.

Mais 2016 sera d’abord ce que nous en ferons. Elle sera meilleure pour le monde du travail s’il y a un réveil ouvrier, si les luttes reprennent pour arrêter la régression sociale imposée par le patronat et le gouvernement.

Elle sera meilleure si les travailleurs expriment la solidarité de tous les exploités contre les préjugés racistes et xénophobes, contre le repli nationaliste et l’individualisme.

Alors faisons en sorte qu’en 2016, les travailleurs, les ouvriers, les chômeurs, les retraités et la jeunesse des quartiers populaires se lèvent de nouveau pour défendre leurs intérêts, pour défendre leur droit à l’existence et à la dignité. 

 

Avec les attentats terribles de janvier et de novembre, avec des millions de femmes et d’hommes chassés de leur pays par la guerre et la misère et traités de façon inhumaine, avec l’influence croissante des idées du FN, l’année 2015 a montré à quel point la société et la vie politique évoluent dans un sens réactionnaire, à l’opposé des intérêts politiques du monde du travail.

Sur la scène politique, ce recul se mesure au travers de la victoire du Front national aux régionales et il s’observe, aussi, au travers de l’évolution politique du Parti socialiste qui, si on reprend un mot désormais à la mode, va de déchéance en déchéance. Et les deux sont profondément liés.

L’emprise croissante du FN dans une région comme le Nord Pas de Calais Picardie, une région à tradition ouvrière et socialiste, témoigne de la faillite des partis de gauche. Parce que ce sont bien le PS et le PC, qui recueillaient, il y a peu, les voix de cet électorat. Ils n’en conservent aujourd’hui qu’une petite partie. Parmi leurs ex-électeurs, certains, écœurés, se sont réfugiés dans l’abstention et beaucoup d’autres, beaucoup trop, ont basculé dans le vote Front national.

Mais ces derniers ne sont pas devenus subitement racistes et encore moins fascistes. Nous en connaissons tous et nous savons que la plupart l’ont fait d’abord et avant tout pour rejeter la politique du PS. Ils l’ont fait pour se venger des partis gouvernementaux parce qu’ils ont le sentiment d’avoir été trahis et abandonnés par la gauche. Et oui, ils ont été trahis !

Pendant des décennies, ces électeurs sont restés fidèles au parti socialiste et au parti communiste malgré leurs reniements et leurs capitulations face au patronat à chaque fois qu’ils ont gouverné. Et ils en ont avalé des couleuvres ! Sous Mitterrand déjà qui avait instauré la rigueur, et qui avait fini par encenser la Bourse. Sous Jospin et ses fameuses « ouvertures de capital » qui n’étaient rien d’autre que des privatisations et que des ministres communistes ont ordonnées.

Eh bien là, avec Hollande la coupe est pleine. Ce chômage et cette précarité de masse que le gouvernement aggrave, ses attaques anti-ouvrières, ses cadeaux au patronat ont fini de démoraliser et d’écœurer son électorat le plus fidèle.

Peut-être que certains ici se disent qu’il faut quand même être sacrément déboussolé et inconscient pour voter en faveur d’un parti d’extrême-droite et anti-ouvrier comme le FN. Eh bien oui ! Mais qui a déboussolé et brouillé les consciences de ces hommes et de ces femmes si ce n'est les principaux partis de gauche ?

C’est le rôle d’un parti ouvrier, d’une direction et des militants de permettre aux exploités de comprendre la situation, de leur faire découvrir qui sont leurs amis, leurs faux amis et leurs vrais ennemis, bref, de les rendre plus conscients politiquement.

C’est le devoir d’un parti ouvrier de dire en quoi ceux qui prétendent gouverner sans remettre en cause le pouvoir du capital, le pouvoir de la bourgeoisie et des plus riches se vouent à servir ce système… C’est son devoir de combattre les divisions que la bourgeoisie suscite entre travailleurs.

Mais le PS et le PC ne remplissent plus ce rôle depuis longtemps. Le PS qui s’est présenté comme le défenseur des classes populaires a trompé les travailleurs des décennies durant. Le parti socialiste usurpe son nom depuis 1914, année où il s’est aligné derrière la politique de la bourgeoisie et a envoyé les travailleurs servir de chair à canon dans les tranchées de la première guerre mondiale pour servir les intérêts des capitalistes. C’est alors qu’il a abandonné la perspective de renverser la bourgeoisie.  

Quant au parti communiste, il s'était construit pour relever le drapeau piétiné par le PS. Dans ses premières années, en regroupant les travailleurs les plus combatifs et les plus conscients enthousiasmés par la révolution russe, le PC a contribué à écrire les pages les plus glorieuses du mouvement ouvrier.

Mais, très vite tombé sous la coupe stalinienne il a fini, lui aussi, par tourner le dos aux perspectives révolutionnaires et il s’est s'intégré au système de la bourgeoisie. En faisant croire que la gauche défendait les travailleurs contre la droite, le PC a été complice de l’imposture du PS. Et lui-même s'est voué, à partir de Mitterrand, à être la dernière roue du carrosse de la bourgeoisie et aujourd’hui il pâtit du même discrédit que le PS.

Ce sont les militants ouvriers, dans les entreprises comme dans les quartiers populaires, syndicalistes ou associatifs, qui ont été les plus désarçonnés par la politique du PS et du PC au gouvernement. Eux qui avaient convaincu leurs camarades de travail de voter pour la gauche se sont retrouvés maintes et maintes fois à justifier des mesures qu’ils avaient toujours combattues. Jusqu’à ce qu’ils finissent eux-mêmes par se sentir trahis, par abandonner leur activité militante et pire encore, par perdre confiance dans les idées qui les avaient toujours animés.

Le PCF qui comptait, et de loin, le plus de militants dans la classe ouvrière n’a pas seulement entraîné les militants dans l’impasse politique, il a, sous l’influence stalinienne, profondément perverti et déformé la conscience de classe des travailleurs en véhiculant des idées nationalistes et chauvines les plus crasses.   

Le mouvement ouvrier s’était développé sur l’idée que le monde était d’abord divisé en exploiteurs et en exploités, que les travailleurs du monde entier étaient frères et unis dans le combat contre le patronat. Il s’était toujours battu pour diffuser une conscience internationaliste parmi les travailleurs et pour dénoncer le patriotisme de la bourgeoisie qui cache toujours des visées impérialistes. Les symboles, l’internationale et le drapeau rouge avaient valeur de programme.

Eh bien non seulement le PCF n’a pas combattu dans ce sens, mais il a contribué à tromper les travailleurs en présentant le nationalisme comme une façon de se protéger de la concurrence alors que les travailleurs avaient à se protéger des capitalistes et de ceux qui les exploitent. Il a réintroduit le drapeau bleu blanc rouge et la Marseillaise  – les symboles des politiciens bourgeois – dans le mouvement ouvrier.

Pendant la guerre, il a versé dans les attaques anti-allemandes grossières. Ensuite les militants et le milieu ouvrier qu’il influençait ont été nourris aux diatribes de Marchais contre une Europe accusée de piétiner la souveraineté de la France ou aux appels pour le « produire français ».

Si bien qu’aujourd’hui Marine Le Pen peut citer Georges Marchais pour justifier son programme de préférence nationale ! Elle peut reprendre mot pour mot certaines affiches et mots d’ordre qui furent ceux du PC. De fait le PCF avec sa politique nationaliste a préparé le terrain au Front national, il a faussé tous les repères politiques et contribué à la désorientation politique de la classe ouvrière que l’on constate aujourd’hui.  

Pour notre part, en tant que trotskystes, cela faisait partie d’une de nos principales critiques par rapport à la politique du PCF. Mais le problème n’est pas de ressasser le passé, de savoir qui a eu raison ou tort il y a 30 ou 50 ans. Le problème, c’est que les militants qui n’ont pas renoncé et qui veulent aujourd’hui repartir au combat doivent comprendre à quel moment le mouvement ouvrier a dévié.

Ils doivent comprendre comment la bourgeoisie nous a eus et s’est servie des partis que les travailleurs s’étaient construits pour les retourner contre eux. C’est vital pour l’avenir. C’est vital pour ne pas reproduire les mêmes erreurs et pour recommencer sur de bonnes bases.

La situation actuelle, la poussée réactionnaire que nous connaissons, le FN sont les fruits pourris du réformisme et de l’électoralisme. Ils sont les produits de ce nationalisme propagé par les organisations ouvrières contre la conscience de classe.

Il faut rompre avec ces perversions des idées socialistes et communistes et reconstruire le mouvement ouvrier sur des bases lutte de classe et révolutionnaire. C’est avec ce capital politique que les travailleurs ont remporté leurs plus belles victoires,  la commune de Paris, la révolution russe. C’est sur les bases du programme de Marx, de Lénine, de Trotsky que demain, ils en remporteront d’autres.

 

Pour l'instant, Marine le Pen veut faire du Front national un grand parti de droite et joue le jeu des institutions. Elle a mis à l’écart du FN les figures les plus sulfureuses, à commencer par son père, et sa démagogie ressemble par bien des aspects à celle de Sarkozy et de ses lieutenants. Comparée au milliardaire raciste et sexiste qui se présente, aux Etats-Unis, à la primaire du parti Républicain, Marine Le Pen passerait presque pour une gauchiste !

Alors on pourrait se dire que finalement le parti des Le Pen est devenu un parti comme les autres. Il est, comme les autres, un défenseur de l'ordre bourgeois, il défend l’exploitation et la propriété capitaliste. Mais ce qui fait de lui un des pires ennemis et un des dangers les plus menaçants pour les travailleurs, ce sont ses origines, ses filiations et toute la faune qui gravite autour de lui.

 

Tout ce que l’extrême droite compte de réactionnaires viscéralement hostiles à la classe ouvrière et prêts à faire le coup de poing contre les travailleurs et ses syndicats se retrouve dans le FN ou autour de lui. Si la bourgeoisie en avait besoin pour mater les travailleurs, elle pourrait s’appuyer sur ces adeptes des méthodes fascistes. On n’en est pas là mais si la crise s’aggravait et provoquait des conflits sociaux comme cela s’est produit dans l’Allemagne des années 1920 et 1930, ce danger pourrait grandir,.

Et d’ores et déjà, le FN pèse sur la société dans un sens pourri. Sans qu’il n’y ait de violence organisée à grande échelle, il y a déjà de la violence individuelle, des propos, des intimidations et des actes racistes et islamophobes. Les préjugés les plus crasses, les imbéciles haineux sont aujourd’hui confortés. Et on l'a vu avec les événements d'Ajaccio, les ingrédients d'un engrenage sont là et il peut s’enclencher plus brutalement qu’on ne le croit.

Par la crainte que le Front national inspire dans le milieu immigré, par les inquiétudes et la suspicion qu’il suscite de part et d’autre, y compris auprès de ceux de la deuxième ou troisième génération, il pousse aux réflexes de repliement, au communautarisme. Et tout ça se conjuguera pour morceler encore plus la classe ouvrière et pour disloquer sa conscience de classe.

Autant dire que nous ne partageons pas le soulagement des grands partis d’avoir évité l’arrivée du FN à la tête d’une ou plusieurs régions. Car son influence croissante et réelle sur toute la société et dans les rangs ouvriers est un poison de plus en plus nocif.

Il faut le combattre encore et toujours non pas sur le terrain de la morale ou des bons sentiments, encore moins sur celui des « valeurs républicaines » qui sont démenties tous les jours par la réalité, mais en faisant progresser la conscience de faire partie de la même classe ouvrière, aux intérêts fondamentalement identiques, par-delà les origines et la nationalité.

Ce n’est pas la première fois que le mouvement ouvrier connaît un reflux. Il y en a eu bien d’autres, des périodes de guerre, de crise, de répression où le combat devenait si difficile que la grande majorité abandonnait et perdait confiance dans sa capacité à changer les choses. Des périodes où seule une minorité résistait, des moments même où elle ne pouvait plus résister et où elle se cachait.

Mais il y a toujours eu des femmes et des hommes qui ont conservé leurs idées et leurs convictions profondes et qui ont fini par les transmettre. Nous sommes les héritiers de ces minorités, les héritiers de leurs idées. Et nous devons avoir aussi leur courage, leur ténacité et leur dignité.

Etre minoritaire n’est jamais une position commode. Mais encore une fois, lorsque la pourriture du capitalisme ressort par tous les pores de la société, il faut être là et dire que cela ne passera pas par nous.

Lorsque les intellectuels cèdent au conformisme, aux préjugés, lorsqu’ils se laissent emporter par la vague nationaliste, identitaire comme aujourd’hui, lorsque les voix progressistes s’éteignent les unes après les autres, il est vital pour l’avenir d’affirmer nos idées révolutionnaires. 

Face à cette unanimité réactionnaire, il faut montrer qu’il y a des femmes et des hommes qui ne cèdent pas à  au repli sur soi, à la peur de l’autre. Qu’il y a des femmes et des hommes qui ne se trompent pas sur les responsables de la situation.

 

Ce qui nous caractérise, c’est cette confiance dans la classe ouvrière, cette confiance dans les exploités et donc cette confiance dans l’humanité. Cette idée que le capitalisme n’est qu’une étape dans l’histoire de l’humanité et qu’un jour nous en tournerons la page pour en écrire une nouvelle, autrement plus enthousiasmante.

Alors, ne craignons pas d’être minoritaires, portons haut nos convictions et soyons-en fiers !

 

L’évolution à droite de toute la vie politique et la montée du FN est la conséquence de décennies de reculs du mouvement ouvrier. Elle provient du recul de la conscience de classe. Il faut contribuer à ce qu’elle renaisse dans la classe ouvrière. Et cela passe par la renaissance d’un parti qui, sur tous les évènements, prenne position du point de vue des intérêts des travailleurs, d’un point de vue de classe.

D’un parti qui dise et redise que la société est organisée en deux classes. Une classe dominante, une classe exploitée. Deux classes aux intérêts opposés et dont la situation respective est déterminée par un rapport de force. Lorsque la classe ouvrière se fait craindre, elle peut arracher des avancées. Lorsqu’elle ne se bat plus, elle recule fatalement, et avec elle, tout le reste de la société.

Il ne s'agit pas de ressusciter la gauche, celle-ci est en train de mourir de sa belle mort puisque le parti socialiste qui en constitue le pivot depuis près de 40 ans est en train de larguer tout ce qui le reliait aux idéaux de ses origines et au mouvement ouvrier.

Regardez la polémique sur l’extension de la déchéance de nationalité. Tout le monde s’accorde pour dire qu’elle est symbolique et n’empêchera aucun attentat. Mais si Hollande s’y accroche-t-il, alors que son parti l’avait toujours dénoncée comme « nauséabonde » et démagogique contre les  binationaux, c’est justement parce que cette proposition vient de la droite et de l'extrême droite, C’est justement parce qu’elle touche aux tabous de la gauche.

A travers ce symbole, Hollande et Valls affirment qu’ils sont prêts à jeter par-dessus bord tout ce qui restait comme derniers principes du PS et ils forcent le PS à les suivre.

C’est une orientation qui est discutée depuis plusieurs années au sein du PS. En 2009, Valls plaidait déjà pour « régénerer » le PS comme il disait. «  Il faut changer de méthodes. Il faut changer de programme. Il faut changer de nom» car « le mot socialiste ne veut plus rien dire »... disait-il. En 2014 il a réaffirmé qu’il « faut en finir avec la gauche passéiste, qui s'attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses ».

Cela fait bien longtemps que sur le plan économique et social, il n’y a plus de différence entre le PS et la droite. Valls et Macron en grand ordonnateurs de la politique anti-ouvrière ont dénoncé plus d’une fois, avec les mots de la droite, les 35 heures, le travail du dimanche ou encore le CDI ou encore le code du travail.

Mais jusqu’à présent, les dirigeants du PS avaient tenu à se distinguer sur le plan sociétal. Faut-il rappeler que lors de sa campagne de 2012, Hollande avait promis le droit de vote aux élections locales pour les étrangers ?

Eh bien aujourd’hui, tout cela est bel et bien enterré. En prenant un virage sécuritaire, en doublant même la droite sur certaines mesures, Hollande et Valls revendiquent et officialisent leur rupture avec l’héritage du PS. Et on l’a vu lors des régionales, ils sont prêts à aller jusqu’à sacrifier leurs propres notables en leur demandant de retirer leur liste et d’appeler à voter pour la droite pour donner des gages à la droite.

Dans le journal l’Humanité de cette semaine, l’éditorialiste s’est demandé s’ils étaient devenus fous. Evidemment non.

Ce recentrage et cette droitisation correspond à la nécessité du jeu politicien. En menant une politique aussi ouvertement anti-ouvrière, en étant complice des licencieurs, en démolissant les droits des travailleurs, le code du travail, le PS ne peut que saper les bases même de son électorat le plus populaire. Il se doit de se refaire une nouvelle base électorale en allant chercher des électeurs dans des couches petites bourgeoises, centristes, voire de droite.

Et les circonstances politiques s’y prêtent. L’émotion suscitée par les attentats, l’ascension électorale du Front national et la progression des idées réactionnaires, tout cela va dans le sens de la droitisation et peut accélérer l’évolution du PS vers une sorte de « parti démocrate » à l’italienne sinon à l’américaine. 

Et si cela fait un peu de remous à gauche, eh bien l’opération politicienne n’en sera que plus réussie ! 

Autant dire qu’il n’y a pas à les supplier de changer de politique. Les dirigeants du PS larguent les amarres avec leur passé, ils ne veulent plus être attachés par aucun lien à la classe ouvrière, eh bien il faut que les travailleurs ne se sentent plus attachés par rien à ces politiciens. 

Il faut reprendre le travail militant au point de départ, lorsque le mouvement ouvrier n’était pas perverti par l’influence des idées réformistes et électoralistes. Il s'agit de contribuer à ce que le mouvement ouvrier puisse se développer sur les idées de la lutte de classe qui constituent la seule boussole pour indiquer les intérêts des travailleurs. Et sur des bases communistes révolutionnaires, les seules qui permettront de mener les combats à leur terme.

 

Il faut reconstruire. Il y a un tas de choses à faire. Toutes ces forces réactionnaires, le FN, mais aussi ces réseaux terroristes qui exercent une attirance morbide sur une fraction de la jeunesse de ce pays, sans avenir, sans espoir, sans boussole, se déploient d’autant plus facilement que le mouvement ouvrier est faible, sans politique propre et sans perspective.

Alors il faut affirmer nos valeurs et nos perspectives pour la société.

Contre les divisions semées dans la classe ouvrière ici, il faut affirmer la conscience de nos intérêts communs par-delà la diversité de nos métiers, de nos origines, de nos statuts. On nous rabâche que notre identité dépend de notre origine, de notre nationalité ou de notre confession. Mais un aspect essentiel de notre vie et de notre identité, c'est que nous sommes des travailleurs, des ouvriers, des employés, gardiens, aides-soignantes, des caissières, des enseignants.

Notre condition de salarié et d’exploité nous unit, au-delà de nos différences alors il faut serrer les rangs et rejeter ceux qui veulent dresser un mur entre nous et affirmer notre conscience d'appartenir à une seule et même communauté, la communauté des travailleurs et des exploités. 

Contre la guerre et les bombardements sur la Syrie et l’Irak, il faut affirmer que le terrorisme est le fruit pourri de l’impérialisme. Le chaos qui règne dans ces régions, Daech qui exerce une des dictatures les plus féroces sont le produit des rivalités, du pillage et de l’oppression des grandes puissances dans la région, des Américains, de l’Arabe Saoudite, de l’Iran, du Qatar, de la Russie sans oublier la France.

Quel nouveau monstre sortira des calculs qui se trament aujourd’hui autour de la Syrie et de l’Irak ? Alors il faut affirmer qu’on ne sortira pas du bourbier du terrorisme et des guerres, sans secouer en profondeur ce monde inégalitaire, injuste et fou et le système capitalisme qui en est la base.

Contre le sort inhumain qui est fait aux migrants, il faut affirmer pour tous les exploités la liberté de circulation et d’installation. En leur assurant la liberté de circulation et d’installation, les réfugiés se répartiraient d’eux-mêmes à l’échelle de l’Europe, ils pourraient s’appuyer sur des membres de leurs familles et sur toutes les bonnes volontés qui existent.

Mais non ! Pour ne pas donner prise aux critiques de la droite et de l’extrême droite, le gouvernement socialiste barricade les frontières et aggrave les souffrances de centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes. Ils sont des survivants, ils ont réussi à poser un pied sur le continent au péril de leur vie et il faut encore qu’ils se heurtent aux murs et aux barbelés, il faut qu’ils soient encore arrêtés, bloqués, forcés d’attendre dans des conditions infâmes et qu’ils risquent de mourir asphyxiés ou électrocutés ou d’épuisement.  

Il n’y a pas besoin d’être révolutionnaire pour dire que la France peut faire mieux qu’accueillir les 30 000 réfugiés sur trois ans promis par le gouvernement. Cela fait moins de réfugiés qu’il n’existe de communes ! Tout le monde l’a rappelé, à d’autres époques, où la situation économique du pays n’était pas plus florissante, la France a su accueillir les boat people cambodgiens ou encore le million de pieds noirs qui est venu en France en catastrophe à la fin de la guerre d’Algérie.

Le combat en faveur des migrants n’est pas qu’une question d’humanité et de solidarité, il fait partie du combat pour les intérêts collectifs des travailleurs. Car le sort des exploités d’ici va de pair avec celui des migrants.

Les dirigeants politiques sont unanimes, « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » prétendent-ils. Mais ce sont les mêmes qui jurent « qu’on ne peut pas embaucher », « qu’on ne peut pas augmenter les salaires », « qu’on ne peut pas sauver les retraites », quand bien même la bourgeoisie est riche à milliards. 

Ces politiciens ne sont pas seulement hostiles aux migrants, ils sont aussi les ennemis des exploités. Aujourd’hui ils justifient de laisser des migrants mourir à nos portes, demain, ils justifieront que l’on abandonne des travailleurs bien d’ici avec la même indifférence. Les dirigeants des grandes puissances veulent fait de ces hommes et de ces femmes des sans-patrie comme des dizaines de millions d’autres avant eux, eh bien il faut que les travailleurs les accueillent à bras ouvert, et en fassent au plus vite, des frères de classe et des frères de combat.

 

On ne se débarrassera toute cette barbarie qu’en prenant le mal à la racine, c’est-à-dire à la domination de ce système économique fou. Changer la société en renversant le pouvoir économique et social de la bourgeoisie capitaliste, ou accepter le cheminement vers la barbarie : voilà la question qui se pose à nous et elle est d’une toute autre importance que les misérables spectacles politiciens.

Mettre fin à la propriété privée des moyens de production, des usines, des banques, des transports et des grandes chaînes de distribution, sont les conditions indispensables pour créer une organisation sociale nouvelle débarrassée de l’exploitation, mais aussi de la concurrence, des crises économiques et du fonctionnement anarchique, imprévisible de l’économie.

 

Ce sera le premier pas, mais un pas de géant, sur la voie d’une société communiste. Le mot « communiste » a été dénaturé, transformé en son contraire, aussi bien par les ennemis déclarés des travailleurs que par leurs faux amis.

Mais il est un des mots les plus riches de significations, les plus beaux, surgi des rêves égalitaires de l’humanité depuis des temps immémoriaux, transformé en projet conscient par les combats passés du mouvement ouvrier pour son émancipation. Il signifie tout simplement la mise en commun des richesses de la société, des moyens de les produire et de les partager.

Seule cette mise en commun permettra à l’humanité de maîtriser son économie et sa vie sociale. Le chacun-pour-soi, la lutte individuelle pour la vie pourraient enfin céder la place à la conscience collective que l’humanité est une et indivisible et qu’elle a les moyens d’assurer une vie digne à chacun de ses membres.

La seule force sociale capable de transformer la société dans ce sens est le prolétariat. Aujourd’hui, il est dispersé, atomisé, subissant tout le poids du capitalisme. Il apparaît faible même pour se défendre. Il subit au travers de la crise et du chômage la pression délétère du capitalisme.

Mais la classe ouvrière reprendra confiance en elle, tout simplement parce que la société capitaliste ne peut pas se passer d’elle. Sans elle, rien ne peut fonctionner, pas même la machine à profit au bénéfice de la classe capitaliste.

 

L’issue pour laquelle nous militons peut sembler lointaine. Et en même temps, elle est inscrite dans la société elle-même. La lutte de classe n’est pas une invention des communistes révolutionnaires, c’est la vie elle-même et c’est le moteur de l’histoire. Les travailleurs ne resteront pas indéfiniment l’arme au pied. Alors il faut reconstruire, continuer de lever le drapeau communiste car tôt ou tard les travailleurs chercheront le chemin pour un avenir meilleur.