Allocution de Nathalie Arthaud à la fête de Lutte ouvrière (dimanche 20 mai 2018)

Meeting
23/05/2018

Discours de Nathalie Arthaud à la fête de Lutte ouvrière, dimanche 20 mai 2018

Contre l’offensive de Macron et du capital, le monde du travail doit rendre les coups !

 

Travailleuses, travailleurs, chers amis, chers camarades,

Au nom de tous ceux qui préparent et font vivre cette fête, je vous souhaite la bienvenue !

 

En 1968, la classe ouvrière se soulève

Il y a exactement 50 ans, en Mai 1968, le pays était plongé dans la grève générale. Depuis le 3 mai, la révolte étudiante se déployait au quartier latin à coups de pavé et d’occupations. Le 13 mai, face à l’indignation générale provoquée par la répression policière, la CGT, l’UNEF et la CFDT appelèrent à une journée de grève et de manifestation. Ce fut un raz de marée.

Le lendemain, sans qu’il n’y ait d’appel, la grève fut reconduite dans une entreprise, le surlendemain dans deux, puis ce fut la traînée de poudre. Incapable d’arrêter la contagion, la CGT dominante dans la classe ouvrière décida de prendre la tête de la vague gréviste pour la contrôler.

Le mouvement était irrésistible et provoqua la plus vaste grève générale que le pays ait connu, avec plus de 10 millions de grévistes. Usines, chantiers, banques, téléphonie, stations-service, trains… tout fut arrêté, non pas un ou deux jours mais trois, quatre, cinq semaines. Y participaient des ouvriers, des employés, des techniciens, coiffeuses, garçons de café, footballers, des collégiens de 13 ou 14 ans…

La jeunesse étudiante fut le déclencheur des évènements et son inspiratrice politique. Avec les slogans que vous connaissez peut-être : « Ne perdons pas notre vie à la gagner », « Soyons réalistes, demandons l’impossible », ou encore « Ne me libère pas, je m’en charge », elle exprimait son rêve d’une société et de relations sociales radicalement différentes. Elle disait son désir de libérer la société de l’exploitation et du carcan capitaliste. Elle formulait l’aspiration, largement partagée, à une société égalitaire, plus juste, plus libre, plus humaine.

Mais c’est l’entrée en lutte de la classe ouvrière qui fit basculer la situation, déstabilisa le régime et fit peur à la bourgeoisie. Car contrairement aux étudiants, la classe ouvrière est au cœur de la production, ce qui lui donne les moyens de passer des paroles aux actes. Si elle en a la volonté consciente, ce qui ne fut pas le cas en 1968, oui, la classe ouvrière a la capacité de refaire le monde. Et c’est vrai encore aujourd'hui.

La classe ouvrière, les exploités, représentent une force sociale qui n’a pas intérêt à la perpétuation de ce système. Les prolétaires n’ont, disait Marx, que leurs chaînes à perdre. De la même façon qu’ils font aujourd'hui tourner toute la société pour le compte des capitalistes, qu’ils produisent les profits et font fructifier le capital,les travailleurs sont capables, demain, de la faire tourner pour les intérêts collectifs de la grande majorité. Aucune autre force sociale ne recèle cette force révolutionnaire et cette capacité de transformer et de reconstruire une autre société.

Alors quand la grève générale s’installa en 1968 avec cette ébullition d’idées révolutionnaires parmi la jeunesse, le régime gaulliste n’eut plus qu’une idée en tête : éteindre l’incendie.

Et comme en 1936, il se hâta de mettre le patronat et les organisations syndicales autour d’une table pour voir comment remettre la classe ouvrière au travail. En un rien de temps, gouvernement et patronat lâchèrent les augmentations de salaires dont ils n’avaient cessé de dire qu’elles étaient impossibles. Ils cédèrent de nouveaux droits syndicaux et furent forcés, dans bien des entreprises, à réduire le temps de travail.

Pour bien des travailleurs, ces avancées étaient modestes et pas du tout à la hauteur des espérances qu’avait suscitées la grève. Mais en mai juin 68, la classe ouvrière fit une fois de plus la démonstration de sa force. Elle fit la preuve qu’elle était capable de faire reculer un pouvoir aussi solidement établi que celui de De Gaulle.

Pour nous, qui sommes convaincus que le monde ouvrier a les moyens de prendre en mains la société et de la diriger, c’est quelque chose de formidable. Et avec tous ceux qui ne supportent plus la situation et veulent rendre les coups, nous souhaitons une nouvelle explosion sociale. C’est en ce sens que oui, il faut un nouveau mai-juin 1968 !

 

Macron, un gouvernement de combat au service du patronat

Et tôt ou tard, il y en aura un ! Oui, tôt ou tard, des exploités se lèveront de nouveau en masse. En 1917, la vague révolutionnaire fut la conséquence de la guerre mondiale. Dans les années 1930, elle fut déclenchée par une des plus graves crises capitalistes.

D’où partira la prochaine ? Des entreprises, des étudiants, des banlieues ? Qui la déclenchera ? Un politicien bourgeois tel que Macron avec son mépris anti ouvrier ? Un de ces grands patrons qui se paye des dizaines de millions et qui rogne sur la moindre prime ? Personne ne le sait. Les opprimés peuvent subir et encaisser les coups longtemps, mais ce qui est sûr, c’est que cela ne peut pas durer éternellement. Un jour ou l’autre, ça explosera.

Il suffit de regarder dix ou vingt ans en arrière pour mesurer ce que le monde du travail a perdu sur les retraites, l’emploi, les conditions de travail ou les salaires. La flexibilité, les cadences et les horaires de travail sont de plus en plus délirants. Plus personne n’est à l’abri du licenciement. Et c’est la même pression à la rentabilité qui s’exerce dans le secteur public, sur le personnel des hôpitaux, de l’éducation, les postiers, les cheminots ou les employés des collectivités locales.

Tout ça pour que la bourgeoisie augmente ses profits, concentre des fortunes exorbitantes et spécule frénétiquement. Et que nous dit Macron ? Continuons, priorité aux actionnaires et au capital!

En un an, Macron a enchaîné les attaques contre les travailleurs. Il y a d’abord eu les ordonnances travail pour que le patronat puisse licencier plus vite et moins cher ; ensuite la hausse de la CSG que les retraités ont payée de plein fouet ; puis un nouveau serrage de vis aux collectivités locales comme aux hôpitaux déjà asphyxiés ; la sélection dans les universités ; l’organisation du contrôle des chômeurs… Et il nous promet pour demain une attaque en règle contre la fonction publique et une nouvelle réforme des retraites.

Si nous ne mettons pas un coup d’arrêt à tout cela, où en serons-nous dans cinq ou dix ans ? Quelle sera la vie de nos enfants ?

Derrière le « changement » et la « modernité » affichés par Macron, il y a un président qui n’a d’yeux que pour les fameux premiers de cordée et les machines à faire du fric. Un président qui a le cynisme de diminuer les APL et d’expliquer aux plus pauvres qu’il n’y a pas d’argent magique, quand il fait cadeau de trois milliards aux plus riches en supprimant l’impôt sur la fortune !

Il y a la vieille politique patronale que les travailleurs connaissent par cœur et qui consiste toujours à justifier ses mauvais coups au nom de la lutte contre le chômage. « Les profits d’aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain », disait déjà en son temps un certain Giscard d’Estaing…. Macron se veut jeune et novateur, mais 40 ans après Giscard, il répète les mêmes fadaises, alors que depuis des décennies, ces cadeaux à la bourgeoisie alimentent la spéculation et les coffres forts d’une infime minorité d’ultra riches. Et que les suppressions d’emplois continuent dans tous les grands groupes, quand ce n’est pas la fermeture pure et simple d’usines : Tupperware, Vallourec, Gemalto, Whirlpool, Pimkie, Doux, les Pages jaunes, Ford, Carrefour, Electrolux… chacun d’entre vous, ici, peut rallonger cette liste.

Et sur cette liste, n’oublions pas l’Etat lui-même ! La lutte contre le chômage est prétendument sa priorité, mais le gouvernement s’est s’empressé de supprimer des centaines de milliers de contrats aidés. Et il prévoit 120 000 emplois de moins dans la fonction publique, dont 4 000 de moins à Pôle emploi ! Comme s’il y avait trop de personnels dans les hôpitaux ou dans les services d’urgence, au Samu pour gérer les appels de détresse !

En multipliant les reportages sur les patrons qui offrent des CDI et ne trouvent pas preneurs, le gouvernement et les médias mettent en scène une prétendue amélioration de l’emploi. Ici et là, le patronat peut évidemment avoir besoin d’embaucher. Le profit ne peut pas se produire sans travailleurs, et à force de supprimer des emplois et de pousser les anciens dehors, certains sont bien obligés de recruter. Mais l’embellie sur le marché du travail dont se targue Macron consiste en la multiplication des emplois précaires, mal payés voire à temps partiels.

L’entreprise Amazon a peut-être un bel avenir. On en ne peut pas en dire autant de ses salariés qui ne tiennent pas plus de cinq ans parce qu’ils ont le dos cassé ! Et prenez les métiers d’aide à la personne et les Ehpad qui répondent à un besoin croissant. Comment les employés y sont-ils payés ? À coup de lance-pierres, alors qu’ils courent du matin au soir avec en outre ce sentiment de culpabilité de ne pas avoir les moyens de faire comme il faudrait pour accompagner les anciens. Voilà l’avenir que Macron réserve aux travailleurs !

Alors quand bien même la reprise économique serait un tant soit peu durable, elle ne nous profitera pas.

 

« Les Français ont l’habitude de se plaindre », a déclaré Macron, façon méprisante de dire que ceux qui ont un emploi ou une pension de retraite devraient s’estimer heureux et se satisfaire de ce qu’ils ont.

Mais la bourgeoisie, les affairistes et les boursicoteurs, se contentent-ils de ce qu’ils ont ? En 2017, l’envolée des bourses a fait gagner la bagatelle de 1 000 milliards de dollars aux 500 plus grandes fortunes mondiales. Le propriétaire de LVMH, Bernard Arnault, 6èmeau classement, a vu son patrimoine s’accroître l’année dernière, 38 000 € par minute. L’immobilier, le secteur bancaire et l’automobile battent record sur record. Et ces Messieurs en veulent toujours plus. Et Macron n’y trouve rien à redire. Si nous ne les arrêtons pas, ce toujours plus, ils continueront à le prendre sur le dos des travailleurs. Alors oui, tôt ou tard, ils déclencheront la réaction ouvrière qu’ils redoutent tant. Et c’est la seule chose qu’ils n’auront pas volée !

 

Vive la grève des cheminots !

Le gouvernement connaît actuellement son premier retour de bâton. Et on le doit aux cheminots qui se sont lancés dans la grève. Ils y ont été forcés par Macron, qui, sûr de lui et comme pour prouver sa toute-puissance, les a attaqués frontalement.

Depuis le 3 avril, les cheminots enchaînent les journées de grève. Ils se battent dans le cadre du calendrier choisi par la CGT, avec des temps forts comme la journée sans cheminots du 14 mai qui a, une fois de plus, montré le rejet massif de cette réforme par les cheminots. Ce n’est pas une grève explosive, mais il n’y a que ceux qui ne prennent pas le train qui perçoivent une amélioration dans la circulation !

Car la grève reste massive et déterminée. Les cheminots tiennent tête au gouvernement et ils ont raison.

Ils se battent pour leurs conditions de travail et leurs salaires. Pour que les jeunes qui seront embauchés demain à la SNCF ne soient pas plus précaires et plus mal payés. Ils se battent parce qu’ils ne veulent pas devenir des pions ballottés au gré des appels d’offres capitalistes. Et ils ont mille fois raison parce que dans cette société où l’argent dégouline à un pôle de la société, ni les cheminots, ni aucun travailleur, n’ont à accepter de reculer !

Par sa durée, cette grève est devenue un fait politique, et elle modifie le climat social. La campagne contre les cheminots privilégiés a fait long feu. En dépit des efforts déployés par le gouvernement et le matraque médiatique, nombre de travailleurs comprennent, expriment leur sympathie et leur soutien avec cette grève, car étant tous également attaqués et méprisés par ce gouvernement, nous pouvons tous nous y reconnaître.

Et ce d’autant plus que cette grève n’a rien de corporatiste ni dans ses objectifs, ni dans la façon dont elle se mène. On a vu des AG de cheminots ouvertes à des hospitaliers, des salariés de Carrefour, de Vélib’, d’EDF, d’Air France, de la Poste ou encore à des étudiants. Des équipes cheminotes sont allées diffuser des tracts aux portes des entreprises voisines qu’elles soient du public ou du privé. Les cheminots se sont joints à toutes les manifestations qui se présentaient à eux et les ont renforcées. Tous ceux qui ont vécu 1968 et ont vu les appareils bureaucratiques du PCF et de la CGT mettre un cordon sanitaire pour empêcher non seulement les étudiants de discuter avec les ouvriers, mais pour réduire aussi les contacts entre entreprises, apprécient cette attitude à sa juste valeur !

Alors j’en profite pour rendre hommage à ces cheminots qui ont le désir de s’adresser aux autres secteurs, non seulement pour trouver du soutien et de la solidarité, mais avec la conviction que nous sommes tous des travailleurs confrontés aux mêmes attaques patronales, et que nous devons nous battre.

En agissant ainsi, ils font progresser la conscience de classe. Et cette grève qui dure fait redécouvrir aux travailleurs la force de l’action collective et elle les conforte dans leurs revendications, de façon bien plus large et plus profonde que n’importe quel discours militant.

Cela s’est vu lors du referendum décidé par la direction d’Air France lorsque la majorité des 46 000 salariés a réaffirmé la revendication d’augmentation salariale. Cela fut une surprise générale. Tout le monde s’était trompé sur l’état d’esprit des salariés d’Air France, à commencer par le PDG qui avait mis sa tête dans la balance. Parce que oui, la prise de conscience de classe est quelque chose d’imperceptible. Cela se passe dans les têtes, ce sont des évolutions qui ne sont pas forcément comptabilisables en nombre de manifestants et de grévistes.

Mais ce que l’on peut dire aujourd'hui, c’est que laconscience du combat à mener mûrit dans la tête de nombreux travailleurs. Et la grève des cheminots y est pour beaucoup !

Leur combat continue, mais cela fait déjà partie de ce qu’ils ont gagné. Alors vive la grève des cheminots !

 

Avec Mélenchon ou le PCF, une contestation partagée de Macron mais des perspectives opposées

Depuis deux mois, le mécontentement des travailleurs a pu se faire entendre dans les nombreuses manifestations syndicales qui se sont succédées et c’est une bonne chose. Après-demain, mardi 22 mai, tous les syndicats de la fonction publique appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestation pour s’opposer à la suppression de 120 000 postes et au plan gouvernemental qui vise à multiplier les emplois précaires dans le public. Nous appelons à répondre le plus nombreux possible à cet appel.

Il y a aussi une manifestation prévue le samedi 26 mai. Celle-ci a un caractère particulier, puisque c’est une manifestation organisée par des partis politiques qui se revendiquent de la gauche, par des associations et par des syndicats, dont la CGT.

Lutte Ouvrière appelle aussi à cette manifestation du 26 mai, par solidarité avec tous ceux qui, parmi les travailleurs, veulent exprimer leur hostilité à ce pouvoir dévoué aux riches parasites et méprisant à l’égard de ceux qui, par leur travail, font vivre la société. Et nous demandons à tous ceux qui, dans le monde du travail, nous font confiance de participer nombreux à cette manifestation.

Tout en œuvrant pour le succès de cette manifestation, nous ne signons pas l’appel unitaire, car nous rejetons l’opération politique qui se dessine et nous appelons les travailleurs à la méfiance. L’alternative que cette opération construit est une nouvelle mouture de l’Union de la gauche de l’époque Mitterrand et de la Gauche plurielle du temps de Jospin.

Les travailleurs et les militants ouvriers se souviennent amèrement de ces tentatives qui ont soulevé un temps leur enthousiasme et qui se sont plus ou moins rapidement transformés en déception, voire en désespoir. Ceux qui l’ont vécue ont peut-être encore en tête comment, pour être élu, Mitterrand assénait : « celui qui n’accepte pas la rupture avec le capitalisme ne peut pas être adhérent du parti socialiste ». Tout cela pour, au pouvoir, servir le grand patronat et louer la Bourse ! Plus proche dans le temps, rappelez-vous Hollande affirmant : « mon ennemi, c’est la finance », avant qu’il ne se mette à plat-ventre devant les financiers !

Cette politique a entraîné du dégoût parmi les travailleurs et a décrédibilisé l’idée d’une politique de gauche, contribuant à déboussoler et faire le lit du Front national dans le monde du travail. Ceux qui en ont le plus souffert et en sont sortis les plus démoralisés sont ceux qui avaient milité pour cette perspective de gauche.

Eh bien l’alternative à Macron qui se prépare aujourd'hui sera du même tonneau. Qui est à la manœuvre ? Mélenchon, ancien ministre de Jospin. Hamon, ancien ministre de Hollande. Ils ont activement contribué à la politique anti-ouvrière et pro-patronale de leurs chefs de file respectifs. Quant à ceux qui les accompagnent et qui sont trop jeunes pour avoir été associés à ces trahisons, ils défendent la même politique.

Macron peut d’autant plus facilement prétendre être et de gauche et de droite que toute différence entre la gauche et la droite s’est évaporée au fil du temps. Mais les étiquettes politiques sont une chose, la réalité sociale en est une autre. Et on ne peut pas être à la fois pour les exploiteurs capitalistes et pour les exploités salariés ! Les intérêts de ces deux classes sociales sont diamétralement opposés.

Les organisateurs de la manifestation appellent à manifester pour « l’égalité, la justice sociale et la solidarité », expressions abstraites que n’importe quel politicien bourgeois peut reprendre sans en croire un mot. Même en parole, ils n’ont pas l’intention de combattre la mainmise de la classe capitaliste sur la société. Alors quels que soient leurs discours d’aujourd’hui, lorsqu’ils seront au pouvoir, ils gouverneront à leur tour au service des plus riches.

Le véritable pouvoir dans notre société, c’est le pouvoir de l’argent et du capital, c’est le pouvoir de ceux qui commandent l’économie. Les présidents de la république, les ministres s’excitent sur le devant de la scène politique, mais ils prennent leurs ordres auprès des milieux patronaux. Et s’il arrive qu’ils veuillent s’en affranchir ne serait-ce qu’un peu, comme ce fut le cas avec Tsipras en Grèce en 2015, ils sont immédiatement rappelés à l’ordre par ceux qui tiennent les cordons de la bourse.

Alors si nous dénonçons souvent les mêmes choses que Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent ou Benoît Hamon, nous ne le faisons pas du tout dans la même perspective. Quand ces derniers dénoncent Macron, ils préparent le retour de la gauche au pouvoir qui gérera les affaires de la bourgeoisie ; nous le dénonçons, nous,pour armer politiquement les travailleurs dans la perspective qu’ils agissent eux-mêmes, collectivement.

Nous affirmons que le seul débouché politique qui ouvrirait une perspective pour les travailleurs sera la création d’un parti qui se situe sur le terrain de leurs intérêts matériels et politiques, un parti de classe qui se fixe pour but d’œuvrer pour que la classe ouvrière exproprie la classe capitaliste prenne le pouvoir politique et qu’elle l’exerce de façon collective et démocratique. Nous le faisons dans une perspective communiste révolutionnaire.

 

Il faut un parti communiste révolutionnaire

Certains voudraient concilier ces deux perspectives en considérant que la révolution est lointaine et qu’en attendant, il faut chercher le moins pire, c’est-à-dire un vrai gouvernement de gauche. C’est la raison pour laquelle ils pensent qu’il pourrait y avoir une unité de Lutte Ouvrière jusqu’à la France insoumise et même jusqu’à Hamon, ex ministre de Hollande et qui, en 2014, s’opposait à une précédente grève des cheminots, je le rappelle !

Je l’ai dit, ces deux perspectives s’opposent, non pas seulement pour l’avenir mais dans notre politique quotidienne. Les travailleurs sont toujours devant ce choix fondamental : est-ce que l’on cherche une solution dans le cadre de la société capitaliste ou est-ce qu’on vise à la renverser ?

Les politiciens, y compris ceux aux discours radicaux, prétendent pouvoir changer le sort des travailleurs de l’intérieur du système, de l’intérieur des institutions. Ils prétendent pouvoir le faire dans le cadre capitaliste sans remettre en cause la propriété privée de la bourgeoisie, parce qu’ils considèrent que celle-ci est intangible. C’est précisément ce que nous combattons.

Si la bourgeoisie continue de tenir les rênes du capital et du pouvoir, nous nous enfoncerons dans un capitalisme pourrissant, dans un avenir fait de sang et de larmes ; si les exploités partent à la conquête du pouvoir politique, l’humanité s’inventera un nouvel avenir.

Alors notre raison d’être est d’affirmer la nécessité pour les exploités de renverser le capitalisme et de prendre le pouvoir, y compris dans notre propagande quotidienne. C’est de militer pour que la classe ouvrière accède à la conscience que la tâche de transformer la société dépend d’elle et qu’elle en est capable car elle l’a déjà fait, lors de la commune de Paris de 1871 et de la révolution russe de 1917.

Les militants communistes révolutionnaires qui nous ont précédés ont passé le plus clair de leur temps à se battre pour que les travailleurs fassent avancer leurs intérêts de classe dans le cadre du capitalisme, mais ils étaient convaincus qu’il était possible et nécessaire de construire une économie sans patron, sans exploitation, sans classe sociale et ils le défendaient. Tout en se battant pour améliorer les conditions de travail, ils expliquaient en quoi la lutte de classe serait sans fin, à moins de réussir à renverser le pouvoir économique et politique de la bourgeoisie. Ils imprégnaient les consciences ouvrières de cet idéal.

Nous nous inscrivons dans ce courant révolutionnaire du mouvement ouvrier convaincu que l’impulsion, l’énergie qui permettra de changer la société viendra de la classe ouvrière. Nous militons au sein du monde du travail pour que celui-ci prenne conscience de sa force et de ses capacités à transformer en profondeur la société.

Le renversement de la bourgeoisie nécessite un degré de mobilisation et de combativité exceptionnel des exploités. Dès lors que cette volonté de ne plus subir et de prendre leur sort en mains existe, tout peut aller très vite. Bien des régimes et des gouvernements bourgeois se sont effondrés en quelques jours face à des insurrections ouvrières.

Mais créer un pouvoir ouvrier, cela demande tout un cheminement et une conscience politique. Et c’est vrai à plus forte raison pour transformer la société en profondeur car le pouvoir économique et social de la bourgeoisie a des racines qui ne peuvent être arrachées par un simple décret ou changement de régime. Cela nécessite l’intervention de la grande masse des travailleurs et leur participation consciente aux évènements.

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », dont Marx avait fait la devise du parti ouvrier, n’est pas une phrase en l’air. Mais pour que la révolte se transforme en révolution, il faut des femmes et des hommes qui soient conscients des tâches à accomplir, il faut un parti communiste révolutionnaire.

On l’a vu dans le passé, les travailleurs ne fuient pas les grands combats. Eh bien il faut un parti à la hauteur de la classe ouvrière. Un parti qui se construise sur des convictions solides. Un parti qui affirme le rôle indispensable de la classe ouvrière dans la société et sa capacité à la transformer et qui se saisisse de tous les combats qui se présentent pour armer la classe de la conscience politique. Un parti qui continue d’affirmer fièrement sa confiance dans les capacités de la classe ouvrière à nous débarrasser de ce système pour bâtir une société meilleure.

 

Les idées marxistes, des idées toujours actuelles

Il y en aura toujours, comme Macron pour vanter les charmes du capitalisme et de la concurrence !

Mais le capitalisme est un océan de famine, de misère et de guerres dont émergent quelques îlots de prospérité concentrant des richesses insolentes. Où est le développement des pays pauvres que l’on nous promet depuis un siècle ? En lieu et place du développement de la civilisation et de l’humanité, c’est la décadence, qui s’accompagne de multiples oppressions, religieuses, ethniques et des horreurs perpétrées par ces aspirants dictateurs que sont les bandes terroristes qui prolifèrent aux quatre coins du monde.

En lieu et place de la paix, ce sont les tensions internationales et les guerres qui se multiplient à l’échelle de la planète.

Alors que tous ceux qui ont un portefeuille bien garni peuvent passer toutes les frontières on enlève le seul moyen que les pauvres ont de survivre : la liberté de circuler ! Et on compte les migrants morts dans la Méditerranée, à Calais ou, plus près encore, dans le canal de Saint Denis à Paris. Jusqu’où allons-nous aller dans la déshumanisation ?

La minorité richissime qui trône sur l’économie mondiale du haut de ses milliards est assise sur un volcan. Son propre système, le capitalisme est rongé par les contradictions qui ne se résolvent qu’au travers de crises économiques de plus en plus graves. Sa réussite est basée sur unecourse aux profits dangereuse et criminelle, que ce soit dans le domaine de la spéculation et de la finance, mais aussi dans les transports, l’agroalimentaire, la santé, ou dans le domaine de l’énergie et de l’environnement.

Le capitalisme qui est basé sur le chacun pour soi et l’individualisme forcené pourrit tout, y compris les relations humaines, et c’est vrai aussi dans les pays les plus riches. Personne n’y échappe, pas même quand on appartient au monde bourgeois. On l’a vu par exemple avec le scandale Weinstein : même derrière les paillettes d’Hollywood et du Festival de Cannes, il y a une sacrée couche de crasse sexiste et de préjugés misogynes !

Et je le dis aux jeunes qui sont ici, tant qu’il n’y a pas de réactions collectives massives qui permettent de redonner confiance dans les idées révolutionnaires, la crise, les inégalités et le chômage de masse feront le lit de l’individualisme et de la concurrence, le lit des idées racistes, de l'antisémitisme, du sexisme, des communautarismes religieux et du nationalisme. Toutes ces idées réactionnaires, vous aurez à les combattre.

Mais elles ne disparaîtront réellement que si l’exploitation laisse place à une société libre où chacun prendra sa part à la vie sociale tout en choisissant sa vie. Que si l’on combat l’ordre social capitaliste.

 

En plus d’être le cinquantenaire de mai 68, mai 2018 est aussi le bicentenaire de la naissance de Karl Marx. Beaucoup d’intellectuels bourgeois, d’économistes et de philosophes lui rendent hommage. Certains vont même jusqu’à lui donner raison dans sa critique du capitalisme. Mais l’apport principal de Marx a été de mettre en lumière la capacité qu’avait la classe ouvrière à exproprier la bourgeoisie et à construire une autre économie sur des bases collectives.

Il a fourni aux exploités un programme politique : « travailleurs de tous les pays unissez-vous ! ». Il a été l’inspirateur des premiers partis communistes révolutionnaires et le principal animateur de la première internationale ouvrière.

Cette dimension du combat de Marx ne rencontre qu’hostilité, pour ne pas dire de la haine dans le monde des intellectuels bourgeois. Mais elle est, pour tous les exploités, inséparable de leur émancipation.

Un trait frappant des évènements de 1968 qui sont restés au stade de la révolte est la fulgurance avec laquelle les idées socialistes et révolutionnaires ont ressurgi. Toute une jeunesse étudiante et travailleuse a ressorti les drapeaux rouges et noirs et s’est tournée vers les idées de Lénine, de Trotsky, de Guevara, de Mao… et de Marx !

Tant qu’il restera des exploités, ce programme vivra. Et à chaque fois que les masses chercheront à reprendre leur destinée en main, ses idées ressurgiront !

L’idéal communiste reste encore souvent assimilé à la Russie de la dictature stalinienne, quand ce n’est pas à la Corée du Nord. Il a été travesti et dénaturé. Mais c’est toujours vers cet idéal qu’ont regardé les révoltés et c’est vers lui que se tourneront les prochaines générations de révoltés.

La société n’a jamais été aussi riche, les potentialités de l’économie n’ont jamais été aussi grandes et la Terre est devenue une maison de fous. Face à cet immense gâchis capitaliste, l’idée que la société a les moyens d’assurer une vie digne à chacun de ses membreset qu’il faut organiser collectivement et rationnellement l’économie ne peut que renaître. L’idée que la lutte individuelle pour la vie doit céder la place à la conscience que l’humanité est une et indivisible ne peut que s’imposer.

Alors, continuons de faire vivre ces idées. À la propriété privée d’une toute petite minorité, il faut opposer la collectivisation des grands moyens de production. Au pouvoir politique de la classe bourgeoise, il faut opposer le pouvoir des travailleurs. Au capitalisme, il faut opposer la perspective révolutionnaire du communisme.