Discours de Nathalie Arthaud à la fête de Lutte ouvrière à Dijon

Meeting
14/11/2018

 

Discours de Nathalie Arthaud à la fête de Lutte ouvrière à Dijon, 11/11/18

 

Travailleuses, travailleurs, chers amis, chers camarades,

 

Toute la semaine, Macron a sillonné les lieux emblématiques de la première guerre mondiale disant son amour de la paix et de la réconciliation. Aujourd'hui, il commémore les 100 ans de l’armistice autour d’un « Forum de la paix » en présence de 70 chefs d’Etat, dont Trump, Poutine, Erdogan… tous prêts à faire couler le sang des peuples quand il s’agit de défendre les intérêts capitalistes de leurs bourgeoisies !

Il semblerait que Mohamed Ben Salman, désormais célèbre pour avoir découpé en morceaux le journaliste opposant Khashoggi, a eu la délicatesse de ne pas répondre à l’invitation, mais il y a les dirigeants des Émirats arabes unis qui sont impliqués au côté de l’Arabie saoudite dans la guerre qui ravage le Yémen et provoque en ce moment même une famine effroyable ! Guerre dont la France et Macron sont complices.

Autant dire que ce ne sont pas de ces gens-là qu’il faut espérer la paix. Ces commémorations officielles ont un but. Elles ne servent qu’à enchaîner la population à un drapeau et à un Etat prêt à nouveau à la faire marcher au pas et à la sacrifier sur l’autel des profits d’une minorité.

Bien sûr, il faut se souvenir de la Première guerre mondiale, de ses 10 millions de morts, de ses villages rasés, de ces millions de soldats revenus brisés de cet enfer. Il faut se souvenir des soldats fusillés parce qu’ils ne voulaient plus, parce qu’ils ne pouvaient plus monter à l’assaut. Il faut se souvenir de ceux tués quelques heures, quelques minutes même avant que l’armistice soit rendue publique.

Et s’il faut se souvenir de ces maréchaux que Macron honore, qu’il y inclue ou pas Pétain, c’est en gardant en tête qu’ils ont pour la plupart fait leurs armes dans les guerres coloniales et que ce sont eux qui ont envoyé à l’abattoir des dizaines de milliers de soldats dans des assauts absurdes, par aveuglement ou pour leur petite gloire personnelle.

Ce ne sont jamais ceux qui décident et profitent de la guerre, qui la font. Ce sont les ouvriers, les paysans qui sont envoyés à la boucherie. En 1914, l’Etat français est même allé les chercher dans les colonies. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels » a dit Anatole France. C’était vrai en 14, ça l’est encore aujourd'hui.

Alors oui, il faut se souvenir de toutes ces guerres, du militarisme et du piège qu’a toujours constitué le nationalisme, car il ne s’agit pas que du passé, il s’agit aussi de notre avenir. Dans cette période de crise, les mêmes causes qui ont poussé à la première guerre mondiale, la rivalité exacerbée entre capitalistes, leurs visées impérialistes sont plus que jamais à l’œuvre.

On ne se débarrassera pas de ces menaces guerrières sans renverser le capitalisme et les régimes qui les servent ! C’est la leçon fut tirée par les ouvriers et paysans russes en 1917, par ceux d’Allemagne en 1918 et en 1919 par ceux de Hongrie, et de Finlande. Cette leçon, il faut l’avoir en tête : si tu ne veux pas de la guerre, prépare la révolution !

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Toute la semaine, alors qu’il voulait se faire mousser sur le sort des poilus, Macron a été pris à partie sur sa politique et en particulier sur la hausse des carburants. Cette hausse des prix à la pompe, de 15 à 25 % sur l’année, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Parce qu’elle s’ajoute au reste. Elle s’ajoute à l’augmentation du prix du gaz, de l’électricité, des loyers, des mutuelles, des assurances. Elle s’ajoute au chômage qui est une catastrophe dans laquelle s’enfoncent des millions de jeunes et de moins jeunes. Elle s’ajoute à des salaires et des pensions qui sont déjà trop bas.

Et ce ne sont pas les arguments écologiques brandis par le gouvernement qui calmeront la colère. Le gouvernement nous dit qu’il faut moins utiliser la voiture. Mais comment fait-on ? Quand on est forcé de faire des dizaines de km pour travailler, quand les services publics de proximité ferment les uns après les autres, la poste, le centre des impôts, les services hospitaliers, les petites gares… On nous explique qu’il faut se désintoxiquer du diesel et acheter des voitures moins polluants. Mais quand on a du mal à faire le plein, c’est qu’on n’a pas de quoi se payer une nouvelle voiture !

L’écologie est un alibi. Le gouvernement sait pertinemment que les travailleurs n’ont pas le choix. Tout ce qu’il vise, c’est de nous faire les poches, pour pouvoir continuer de faire ses cadeaux aux plus riches ! Alors les travailleurs qui veulent exprimer leur colère ont tout à fait raison.

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Depuis une quinzaine de jours diverses initiatives circulent sur les réseaux sociaux pour le 17 novembre. Ici il s’agit de bloquer une rocade, là d’un rassemblement devant une raffinerie. Ceux que l’on appelle les professionnels de la route, les patrons routiers, les patrons du BTP, les artisans taxis sont vent debout et on les retrouvera sans doute à la tête de la fronde. Si la mobilisation est réussie, ils seront peut-être reçus à l’Elysée et Macron leur accordera peut-être de nouvelles exonérations.

Mais si les travailleurs veulent se faire entendre au milieu de tout cela, il faut qu’ils mettent en avant des revendications correspondant à leurs intérêts. Se satisfaire d’un mot d’ordre aussi vague que « à bas les taxes sur l’essence » reviendra, pour les travailleurs, à donner un coup d’épée dans l’eau. Parce que le gouvernement peut tout à fait baisser des taxes d’un côté et en augmenter d’autres de l’autre. Il est maître dans les tours de passe passe. D’une main il baisse la taxe d’habitation, de l’autre il augmente la CSG. Il prétend mettre en place le reste à charge zero pour les lunettes et les appareils auditifs et on apprend déjà que les mutuelles vont augmenter !

Il est vain et impossible de se battre au coup par coup contre telle ou telle augmentation de prix ou de taxe. Quand on appartient au monde du travail, la seule façon de stopper la chute de notre pouvoir d’achat, c’est de se battre pour l’augmentation des salaires et des pensions de retraite au même rythme que l’augmentation des prix que l’on subit. Les prix augmentent de 5, 10 % ? Eh bien il faut que les salaires et les pensions augmentent de 5, 10 % ! Il faut l’indexation des salaires et des pensions sur les prix.

une revendication d’autant plus légitime que les salaires et les pensions sont bloqués depuis des années à des niveaux trop bas.

Macron et Philippe justifient leur politique en expliquant qu’ils veulent que le travail paye. Mais le travail ne paye pas ! Le smic est à 1188 € net et des millions de salariés sont au Smic. Pour les travailleurs qui sont indispensables au fonctionnement de la société, pour les aides soignantes, les infirmières, les ouvriers, les cheminots, les caissières, les facteurs, les enseignants… non le travail ne paye pas.

La charge de travail, les cadences, la productivité ont augmenté partout. Nulle part les salaires n’ont suivi. Si bcp se résignent à faire des heures supplémentaires ou travailler de nuit ou le dimanche, c’est justement parce que le travail ne paye pas !

Dans cette société d’exploitation, ce qui rapporte, ce n’est pas le travail, c’est le capital. C’est le capital qui exploite le labeur de l’ensemble des travailleurs et qui permet à l’argent d’aller à l’argent, qui permet aux capitalistes qui le possèdent d’accumuler rentes et dividendes de façon vertigineuse sans rien faire de leurs dix doigts.

Alors oui, il faut revendiquer notre dû, à nous les travailleurs, l’augmentation des salaires et des pensions et leur indexation sur les prix ! S’il y a quelque chose à faire entendre le 17 novembre, et si les travailleurs qui sont autour de nous veulent se battre réellement pour avancer leur sort, c’est pour cela !

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La CGT, comme les autres syndicats, met en garde contre le danger d’une récupération du mouvement par les petits patrons anti taxes et par l’extrême droite. Aucun militant ouvrier ne souhaite tirer les marrons du feu pour le patronat et être instrumentalisé par ses ennemis politiques. Mais au lieu de déserter le terrain de la protestation, ce devrait être une raison supplémentaire pour proposer une politique de classe pour les travailleurs.

Tant qu’il s’agit de tirer à boulet rouge sur Macron et le fisc, tant qu’il s’agit d’une mobilisation un samedi, et que cela ne pénalise pas trop le patronat, l’extrême droite peut soutenir le mouvement. Mais ce n’est plus le cas dès que le mouvement prend un caractère ouvrier et anti patronal. Revendiquer de prendre sur les profits pour augmenter les salaires et les pensions, mettre en cause les responsabilités du patronat et de la bourgeoisie dans le recul de la condition ouvrière, voilà qui ne peut pas être récupéré par nos ennemis politiques.

Et je le dis en passant, nous ne sommes pas contre les impôts et les taxes. Nous sommes pour les impôts et les taxes à condition que ce soit les plus riches, le grand capital qui les payent ! Pour financer sa prétendue transition écologique, eh bien le gouvernement n’a qu’à puiser dans les profits prodigieux d’un trust comme Total !

Alors voilà de quoi discuter autour de nous, avec nos camarades de travail, dans nos familles et auprès de nos amis. Oui, nous avons toutes les raisons de rejeter Macron, son mépris et sa politique anti ouvrière. Mais il faut aussi et surtout rejeter la classe sociale qu’il représente et le système qu’il défend. Alors à bas l’exploitation, à bas le système capitaliste !

 

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Macron ne fera qu’un temps. Mais la bourgeoisie, elle, est installée au pouvoir depuis plus de 2 siècles. Elle domine l’économie du haut de ses milliards. En 2017, l’envolée des Bourses a fait gagner 1000 milliards de dollars aux 500 plus grandes fortunes mondiales. Le propriétaire de LVMH, Bernard Arnault, a vu son patrimoine s’accroître de 20 milliards, soit 1 300 euros toutes les deux secondes. Pourquoi accepte-t-on cette domination ?

Si cette classe dirigeait bien et que l’économie se développait et débouchait sur un progrès général de la société, on pourrait se dire que l’exploitation et le parasitisme qu’elle opère a une justification et qu’elle mérite de diriger. Mais c’est l’inverse !

Le capitalisme est en bout de course, il est enfoncé dans une crise dont il ne peut pas sortir. Les marchés sont saturés, la surproduction est généralisée et elle condamne l’économie mondiale au marasme.Pour accroître ses profits, la bourgeoisie n’a plus que deux solutions : piquer des parts de marché à ses concurrents, c’est-à-dire mener la guerre commerciale, qu’elle prenne la forme du libre-échange ou du protectionnisme et accroître l’exploitation des travailleurs c’est-à-dire faire reculer les conditions de travail, imposer aux salariés de travailler plus de façon à comprimer les salaires et les emplois.

A cela s’ajoute le poids extraordinaire pris par la finance. Non seulement elle ajoute son parasitisme, mais elle menace en permanence de faire plonger l’économie dans un nouveau krach.

Le capitalisme est par nature un système économique chaotique parce qu’il est gouverné par le marché, la concurrence et la loi aveugle du profit. Mais la finance, et la spéculation qui va avec, amplifient l’instabilité générale. A la moindre annonce économique, à la moindre secousse politique, à la moindre incertitude, des masses fantastiques de capitaux se jettent sur tel ou tel secteur, affluent ou quittent tel ou tel pays

Tous les dirigeants économiques sont d’accord sur une chose : nous allons tout droit vers un nouveau krach semblable à celui de 2008. La seule interrogation qu’ils ont est de savoir quand il se déclenchera. Autrement dit, même eux, même ceux qui dirigent et profitent de ce système n’y croient pas !

La bourgeoisie a mérité, un temps, son appellation de classe révolutionnaire. Elle a toujours fait ses profits sur la peau des travailleurs. Elle a accumulé ses premiers capitaux dans le sang et la boue comme disait Marx au travers du commerce triangulaire, de l’esclavage et d’une exploitation féroce dans les bagnes industriels qu’elle a construits.

Mais contrairement à l’immobilisme de la noblesse de l’ancien régime qui vivait du parasitisme pur et simple, elle réalisait ses profits en construisant des usines, des routes, des ponts, des chemins de fer… Son système reposait sur la production et sur le développement de l’industrie, une immense machinerie qui a fait naître un système productif qui a dépassé tout ce que l’humanité avait inventé.

Mais aujourd'hui la bourgeoisie et le capitalisme n’ont plus rien de progressiste.

Oh, bien sûr la vie continue, il y a des progrès scientifiques, des innovations. Le capitalisme a l’art de créer de nouveaux besoins et de façonner de nouvelles habitudes sociales. Prenez la connexion internet, elle est devenue un élément indispensable. Mais à côté de cela, les familles ont toujours du mal à s’acheter de la viande, du poisson, du fromage. Elles ne peuvent pas se payer une mutuelle ou le permis de conduire des enfants.

Le smartphone a pénétré jusque dans les régions les plus reculées d’Afrique ou d’Asie, et il y est utile mais ce sont régions qui n’ont souvent pas l’électricité ni l’eau courante ! Les dirigeants des pays riches parlent de relancer la conquête spatiale, mais ils disent ne pas avoir d’argent pour maintenir les hôpitaux de proximité, pour rénover les chemins de fer, pour entretenir les routes ou les ponts et éviter des catastrophes comme celle de Gênes par exemple.

Des centaines de milliards alimentent les marchés financiers et la spéculation, au lieu de servir pour construire, rénover, faire de la recherche et alors même que des laboratoires pharmaceutiques ont abandonné la fabrication de médicament contre la récidive du cancer par exemple ou contre Parkinson !

La société, l’économie marchent sur la tête parce qu’on ne peut pas décider collectivement en fonction des intérêts du plus grand nombre. Les choix fondamentaux pour développer harmonieusement la société nous échappent. Ils sont laissés dans les mains de la classe capitaliste et au hasard de l’initiative privée et du marché. C’est un immense gâchis.

Et le premier de ces gâchis c’est le fait que des millions de femmes et d’hommes sont condamnés à l’inactivité alors qu’ils pourraient être utiles. Alors que la science avance et permet une maîtrise croissante de la nature, nous sommes incapables de contrôler les conséquences de notre propre activité économique sur la planète et le climat et d’enrayer la catastrophe écologique.

Les capitalistes sont devenus un obstacle au progrès collectif et à l’échelle de la société, le rôle réactionnaire de la bourgeoisie ressort par tous les bouts.

 

La crise du capitalisme, les rivalités entre les bourgeoisies nationales nous ont déjà menés à deux guerres mondiales. Aujourd'hui des millions de femmes et d’hommes chassés de leurs pays par la guerre, l’oppression ou la misère s’entassent dans les camps infâmes ou sont traqués et condamnés à errer de pays en pays quand ils ne meurent pas dans la traversée de la Méditerranée. Il y a partout des foyers de guerre qui menacent de se transformer en une guerre plus générale parce qu’ils sont aussi le théâtre de rivalités des grandes puissances.

Et puis, on assiste partout à la montée de l’extrême droite et à l’emprise croissante des idées réactionnaires.

Dans toute l'Europe, la crise économique, les plans d'austérité, le chômage, le désespoir face à l'avenir, nourrissent des courants nationalistes, xénophobes et anti-européens. En Hongrie, en Autriche, en Italie, des partis d'extrême droite sont au pouvoir. En Suède et en Allemagne les dernières élections ont marqué un renforcement de l’extrême droite.

Les Le Pen, les Salvini et Cie disent défendre les intérêts des plus pauvres en empêchant les migrants de mettre le pied en Europe. Mais ils sont aussi anti ouvriers qu’ils sont anti migrants !

La situation est grave. Mais on ne se protégera pas des dangers de l’extrême droite en faisant de la morale aux travailleurs qui prêtent l’oreille aux idées nationalistes. On ne pourra combattre le poison de ces idées dans la classe ouvrière qu’en leur opposant les intérêts des travailleurs et la nécessité de riposter à la lutte de classe que le patronat mène tous les jours.

A toutes les époques, les patrons ont cherché à dresser les travailleurs dits « nationaux » contre les étrangers. En face, le mouvement ouvrier a opposé le mot d'ordre « travailleurs de tous les pays, unissez-vous ». Les premiers militants socialistes puis communistes ont opposé l'internationalisme au patriotisme, le drapeau rouge au drapeau tricolore !

Eh bien nous devons retrouver ces valeurs du mouvement ouvrier. Nous devons nous démarquer du chauvinisme et du nationalisme que tous reprennent à leur compte, y compris les partis dits de gauche. Tous ceux qui montrent du doigt l'étranger, l'Europe ou l'Allemagne, exonèrent les patrons, bien français, de leurs responsabilités dans la crise et le chômage !

Militer pour montrer aux travailleurs que les politiciens de la bourgeoisie cachent les responsabilités du patronat derrière des boucs émissaires est la seule perspective. Militer pour défendre parmi les travailleurs une politique de classe contre la bourgeoisie et son ordre pourrissant est la seule perspective.

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La crise, les inégalités, l’exploitation ou la montée des idées réactionnaires ne sont pas le résultat de mauvais choix économiques que l’on pourrait changer du haut des institutions. Elles sont la résultante d’un ordre social.

Le fond du problème, ce n’est pas tel ou tel homme politique. Ce n’est même pas ses bonnes intentions vis-à-vis des travailleurs, c’est l’ordre social dans lequel il gouverne, c’est la classe sociale et les lois économiques auxquelles il se soumet. Tant que la bourgeoisie règne du haut de sa propriété privée, c’est elle qui détient le pouvoir et impose ses intérêts.

Confronté à cette réalité, Léon Blum avait parlé en son temps du mur de l’argent. Plus récemment, Hulot en a reparlé en dénonçant ce qu’il appelle lui, le poids des lobbys… De fait, tout gouvernement, quel que soit ses déclarations et même ses intentions gère les affaires de la bourg comme s’il était son conseil d’administration.

Les politiciens qui prétendent, à la tête de l’Etat, dans le cadre de la société capitaliste pouvoir imposer une politique qui redistribuerait mieux les richesses, prendrait mieux soin de la planète, et qui réglementerait et régulerait le capitalisme pour éviter les crises, -ce que fait Mélenchon- sont des illusionnistes.

Il n’y pas d’autre issue que de renverser le capitalisme et le pouvoir de la bourgeoisie et de réorganiser l’économie sur des bases collectives et planifiées démocratiquement pour sauver l’humanité de la barbarie.

Tout dans la situation de crise actuelle montre que les travailleurs ne parviendront pas à défendre leurs conditions d’existence sans renverser le pouvoir de la bourgeoisie. La moindre revendication se heurtera au pouvoir patronal.

 

Récemment j’ai été interpellée sur le fait qu’il faudrait revendiquer le Smic à 2 000 € net parce que les 1 800 € net que j’avais mis en avant comme une nécessité lors de la présidentielle sont déjà dépassés par l’inflation. C’est juste, mais la question n’est tellement là. Qui peut penser que le patronat acceptera de porter le smic ne serait-ce qu’à 1400 € net ? Avec la crise, dans cette situation où la bourgeoisie est à l’offensive pour reprendre des droits aux travailleurs, elle ne lâchera rien. Chaque revendication sérieuse venant des salariés sera intolérable pour la bourgeoisie et elle ne peut que faire l’objet d’une guerre sociale.

Alors si l’on veut assurer nos besoins vitaux, des salaires et des pensions de retraite dignes, imposer de répartir le travail entre tous, il faut être prêt conscient qu’on aura à se battre jusqu’à exproprier la bourgeoisie et lui arracher le pouvoir.

Pour que le combat des travailleurs pour leurs intérêts matériels aboutisse, il doit se mener avec la conscience communiste révolutionnaire qu’il faut exproprier la bourgeoisie et la remplacer au pouvoir. La lutte pour les revendications quotidiennes immédiates et la lutte pour l’émancipation totale des travailleurs ne doit faire qu’un seul et même combat.

Militer pour les intérêts des travailleurs, c’est militer pour la révolution sociale.

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Cette conscience est loin de l’état d’esprit actuel des travailleurs. Mais les tâches qui se posent à nous ne se déduisent pas du moral des travailleurs à tel ou tel moment. Elles se fondent sur la réalité objective de la lutte de classe et de la situation du capitalisme.

Elles se fondent sur le fait que la classe ouvrière est une classe que rien n’attache à cette société. Comme le disait Marx, elle n’a que ses chaînes à perdre.

Oui, ce sont les travailleurs qui peuvent mener le combat contre la bourgeoisie et représenter l’avenir, à condition d’en être conscients.

Les travailleurs sont en première ligne dans la lutte des classes. Il suffit de franchir la porte d’une entreprise pour comprendre qu’il faut se défendre au quotidien. Que ce soit pour résister aux cadences, se faire payer ses heures de travail ou tout simplement pour se faire respecter. Cette résistance s’exerce de plein de façons : on peut trainer les pieds, faire semblant de ne pas avoir entendu tel ou tel ordre, pétitionner, se rassembler pour aller voir collectivement la direction, débrayer jusqu’à se mettre en grève. Et c’est là, au cours de cette action collective que les travailleurs découvrent leur puissance sociale et leur capacité à changer le rapport de force avec le patronat.

La prise de conscience de la lutte de classe peut se faire quasi naturellement. Découvrir que l’on peut se défendre collectivement et inverser le rapport avec la bourgeoisie au cours de la lutte de classe, c’est une expérience que peuvent faire tous les travailleurs.

Mais la conscience politique d’avoir à renverser la bourgeoisie et à prendre le pouvoir est une toute autre affaire. Cette conscience-là nécessite une politisation et elle dépend de l’existence d’un parti. Elle dépend de l’existence de militants communistes révolutionnaires.

La seule perspective qui s’ouvre à nous, c’est de faire confiance à la classe ouvrière et de l’aider à accéder à cette conscience que la tâche de transformer la société dépend d’elle et qu’elle en est capable.

 

Oui, les travailleurs sont capables de prendre le pouvoir et de l’exercer mille fois mieux que la bourgeoisie. Collectivement, la classe ouvrière a la capacité de réorganiser l’économie au service du plus grand nombre.

Les grands médias et les politiciens nous expliquent que sans cette bourgeoisie, rien ne se ferait car c’est elle qui « entreprend » et sait diriger. Mais prenez ce qui se passe à l’échelle d’une grande entreprise. Dans l’écrasante majorité des cas la bourgeoisie ne dirige pas, elle encaisse ! Elle a pris des parts dans l’entreprise, elle est actionnaire, mais elle ne met jamais les pieds dedans.

 

Pour diriger ses entreprises, elle paye du haut en bas de la hiérarchie toute une armada de mercenaires obsédée par la rentabilité. Et c’est sur les ouvriers, les employés et les comptables, ceux qui sont au bas de l’échelle, que retombent les problèmes et les conséquences de leurs décisions.

Dans les entreprises, ce sont les travailleurs qui connaissent le travail, résolvent les problèmes techniques et font tourner la boutique. Le rôle des grands actionnaires, c’est de prendre les bénéfices et d’en demander toujours plus.

 

La classe ouvrière fait déjà tourner toute la société. Elle le fait aujourd'hui pour le compte de la bourgeoisie. Eh bien elle est capable, demain, de la faire tourner pour son propre compte. Les travailleurs n’ont pas besoin des actionnaires qui ne sont que des parasites pour produire des voitures ou des salades ! Ni pour éduquer, soigner ou faire circuler les hommes et les femmes.

Oui, les travailleurs et les classes populaires sont tout à fait capables de diriger la société. Prenez les salariés des Ehpad qui se dévouent aux côtés des anciens pour un salaire de misère. Prenez les ouvriers qui s’esquintent la santé sur les chantiers du bâtiment et des travaux publics. Prenez les ouvriers des chaînes de montage, prenez les bataillons du nettoyage, du gardiennage et de la grande distribution…

Ces femmes et ces hommes savent ce que cela veut dire travailler et devoir se serrer la ceinture. Ils représentent mille fois mieux la vie et les intérêts de la majorité de la population. Et nul doute que s’ils accédaient au pouvoir, ils auraient, eux, pour priorité de satisfaire les besoins essentiels des plus pauvres. Et tous les problèmes qui apparaissent aujourd'hui comme insolubles – loger tout le monde, soigner, donner du travail et de l’éducation à tous, accueillir les migrants… – trouveraient leur solution parce que les décisions ne seraient plus guidées par les intérêts égoïstes d’une minorité.

 

Alors vive les travailleurs, vive leurs luttes dans la perspective de la révolution sociale !