Meeting du 9 octobre 2020 : discours de Nathalie Arthaud

Meeting
10/10/2020

Travailleuses, travailleurs, chers amis, chers camarades,

Jean-Pierre a parlé de l’intensification de la guerre sociale et des attaques contre la condition ouvrière et l’ensemble des classes laborieuses mais à la difficulté de gagner sa vie s’ajoutent, l’individualisme, le repli sur soi, le rejet de l’autre, l’intolérance, le racisme, le sexisme, le fanatisme.

Toute la vie sociale qui devient plus dure. Dans certains quartiers populaires la vie est pourrie par les incivilités, la délinquance, les violences gratuites, les trafics organisés. Et comment imaginer qu’ils diminuent, demain, s’il y plus de chômage, plus de misère et si l’avenir se bouche pour des générations entières de jeunes ? Si un guetteur travaillant pour des dealers gagne plus qu’un travailleur, si ça recrute sur le marché de la drogue alors que cela n’embauche pas dans les entreprises… comment espérer stopper ce pourrissement ?

Notre société est celle de l’argent roi. Elle voue un culte à la réussite individuelle mais écarte et marginalise des millions de femmes et d’hommes, pour qui, « c’est marche ou crève » ! C’est vrai dans un pays riche comme la France et ça l’est, à plus forte raison dans les pays pauvres.

Alors oui, il y a de la violence dans la société mais quand on voit les rivalités internationales, les guerres, les camps, les barbelés, la façon dont sont traités les migrants… l’exemple vient d’en haut !

Les coups de menton d’un Darmanin ou les leçons de morale républicaine d’un Macron ne sont que démagogie… d’autant plus révoltante que les premiers responsables de la dégradation de la vie sociale, ce sont eux !

Eux qui méprisent les plus pauvres et ne se préoccupent que des affaires des plus riches ! Eux qui justifient un ordre social où une minorité s’enrichit en appauvrissant l’écrasante majorité ! Eux qui défendent un système d’exploitation qui fabrique les inégalités, les injustices et les frustrations et la haine. Une société basée sur la domination de l’homme par l’homme ne peut rien donner d’autre.

Le capitalisme en crise ne peut rien donner d’autre que cette société en voie de déshumanisation.

Alors pour ceux qui aspirent à une autre vie et à d’autres relations humaines il n’y a pas d’autre solution que de changer de fond en comble la société. C’est l’ordre social capitaliste qu’il faut changer, le système entier qu’il faut changer !

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Même la crise sanitaire est à mettre sur le compte de l’organisation capitaliste. Le virus n’est évidemment pas une fabrication du capitalisme. Mais l’ampleur qu’a pris cette crise sanitaire, le nombre de morts et l’incapacité des Etats, y compris des Etats les plus riches à le contenir est le fruit de l’organisation capitaliste de la société.

Ici en France, dans un pays développé qui s’enorgueillit de son système de santé, les pouvoirs publics ont improvisé de bout en bout parce qu’ils manquaient de tout : de masques, de places dans les hôpitaux, de respirateurs, de personnel dans les hôpitaux et les Ehpad, de principes actifs… même pour produire du paracétamol.

Alors bien sûr il y a une partie d’incurie et de faillite gouvernementale. Mais il y a aussi une raison plus fondamentale, une raison liée à l’irresponsabilité de tout un système où il n’y a que le fric qui compte. Et où, investir dans la santé publique est vu, par le grand patronat, comme de l’argent jeté par les fenêtres. De la dépense publique contraire à ses intérêts, contraire à sa sacro-sainte compétitivité.

Et c’est un fait que tous les gouvernements qui se sont succéds ont obéi au Medef en limitant de toutes les façons possibles les dépenses de santé. En supprimant 100 000 lits d’hôpitaux en vingt ans, mais aussi en instaurant des quotas de recrutement de médecins qui se traduisent aujourd'hui par une pénurie et des déserts médicaux. Dans cette crise sanitaire, on l’a payé avec plus de 30 000 morts et on n’a pas fini de le payer.

Cette épidémie a démontré, une fois de plus, que la course aux profits et à la compétitivité, la recherche aveugle de la rentabilité, est dangereuse et criminelle. Elle est dangereuse et criminelle dans la santé. Elle l’est dans les transports, elle l’est dans l’agroalimentaire, dans l’agriculture où les contraintes de rendement conduisent à polluer, airs, sols et nappes phréatiques. Elle l’est dans le domaine de l’énergie…

Les dirigeants des grands groupes, les PDG, les traders, tous sont dressés et sélectionnés pour faire de la rentabilité leur seule religion. Le profit est leur dieu tout puissant.

S’il est plus rentable de construire des suites d’hôtel à des milliers d’euros que des logements pour tous, va pour le luxe ! S’il est plus profitable de vendre des armes que de produire du paracétamol et des médicaments tombés dans le domaine public, va pour le commerce des armes, quitte à déclencher ou prolonger les guerres. S’il est plus rentable de spéculer que d’investir dans la production, va pour la spéculation, quitte à entretenir famines et crises financières.

Le système capitaliste n’est pas seulement injuste et inégalitaire. Il conduit au gâchis. Il est totalement irresponsable vis-à-vis de la société. Il fait peser un danger permanent sur nous et sur la planète entière. Il n’offre aucun avenir à l’humanité. Il est à renverser !

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Ni les profits ni la rentabilité ne doivent guider l’économie. L’économie doit répondre aux besoins vitaux de la population mondiale, elle doit assurer l’avenir de la planète et elle est capable de le faire car l’humanité n’a jamais eu autant de possibilités techniques et scientifiques. Mais pour cela, il faudra que les travailleurs, la classe ouvrière au sens large, prennent le pouvoir et imposent une gestion collective des grands moyens de production, la société communiste.

On n’y est pas, mais cela doit être le but de ceux qui rejettent la société actuelle. L’espoir, l’idéal, l’utopie diront certains, doivent exister. Car il s’agit d’une utopie féconde, du genre de celles qui font avancer l’humanité. Et si la classe sociale susceptible de la mettre en œuvre s’en empare, cette utopie peut devenir réalité.

La perspective d’une société sans exploitation, d’une société vraiment collective débarrée des classes sociales a toujours été présente, même dans les pires périodes de recul du mouvement ouvrier. Si cette perspective a régressé et si elle a presque disparu des consciences ouvrières, c’est qu’il n’y a plus de parti pour la défendre.

Il y a eu dans le passé des partis révolutionnaires qui faisaient vivre cette perspective. Le parti socialiste à sa naissance affichait sa volonté de renverser le capitalisme. Dans ses premières années, le parti communiste se revendiquait de la révolution russe et du pouvoir ouvrier.

Jean-Pierre l’a dit, fût un temps où la CGT et le mouvement ouvrier dans son ensemble, ont contribué à répandre l’idée qu’un jour, les travailleurs prendraient le pouvoir et construiraient un monde de justice et d’égalité. Ils ont tourné le dos à ces perspectives depuis longtemps.

Implicitement ou explicitement, ils se sont tous résignés au capitalisme et à la domination de la bourgeoisie. Au lieu de militer pour renverser le système, ils se battent maintenant pour le gérer et en prendre la tête !

La FI, le PCF, les écologistes ou le PS, passent leur temps à dénoncer le gouvernement, mais pas le pouvoir et l’irresponsabilité de la bourgeoisie, pas le capitalisme ! Et plus ils tapent sur Macron, plus ils dédouanent le grand patronat de sa responsabilité. Plus ils accusent Macron de dérive monarchiste ou totalitaire, plus ils cachent la dictature du grand capital.

La principale fonction du gouvernement est de gérer les basses œuvres de la bourgeoisie et de masquer la dictature de cette minorité sur la société. C’est de lui servir de fusible. Eh bien, le cirque politicien participe du subterfuge.

Macron et le Pen s’opposent mais ont en commun de se situer sur le terrain de la préservation de l’ordre capitaliste avec la propriété privée des entreprises, le marché et la concurrence. Et quoi qu’il en dise, c’est vrai aussi de Mélenchon. Ils ne se distinguent les uns les autres que par la façon de vouloir réguler, de réglementer, de réformer le capitalisme.

C’est une tromperie. Une économie basée sur la loi du profit, la concurrence et le marché ne peut pas prendre en compte les intérêts collectifs. Il est et restera un système fondamentalement, génétiquement inégalitaire, inhumain et anarchique parce que basé sur l’exploitation et sur la propriété privée des grands moyens de production.

Réformer le système par en haut, de l’intérieur est une impasse qui ne peut que démoraliser et déboussoler le monde du travail. Et Jean-Pierre l’a dit à propos de Bridgestone, face à aux multinationales qui font leur loi, les partis de gauche n’ont pas d’autre politique que celle de Macron. Eux-aussi comptent dans les paillassons sur lesquels les multinationales s’essuient régulièrement les pieds !

Les travailleurs entrent dans le tourbillon de cette nouvelle crise sans aucune boussole politique, sans conscience de classe, sans perspective. Et ce ne sont pas les partis de gouvernement qui ont les yeux rivés sur les prochaines élections et la présidentielle en 2022 qui vont les leur donner.

Faire croire au monde ouvrier que l’alternative est électorale est une tromperie : une tromperie sur l’ennemi que les travailleurs ont véritablement à combattre et une tromperie sur les moyens de se battre.

La dictature des grands actionnaires ne repose pas sur des élections. On ne l’abattra pas en votant. La base du pouvoir des capitalistes est dans la propriété privée des capitaux. La leur enlever et la transformer les grands moyens de production en propriété collective ne se fera pas du haut du gouvernement. Ce sera une lutte entre deux classes sociales, ce sera le fruit d’une révolution sociale.

Toute solution qui se place dans le cadre du capitalisme est à rejeter en bloc. Il faut viser la révolution sociale, le renversement du capitalisme, l’expropriation de la bourgeoisie.

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On nous ressasse qu’il faut être respectueux de la propriété privée… En s’appuyant sur le sentiment de propriété légitime du travailleur qui s’est saigné pour acheter une voiture, un appartement ou une maison, la bourgeoisie impose un respect sacré de sa propre propriété.

Mais la propriété d’un Arnault, d’une Bettencourt, d’un Peugeot ou pour taper plus haut encore, la propriété d’un Jeff Bezos ou d’un Bill Gates, n’est pas du tout de même nature. C’est une propriété de capitaux qui leur donne le pouvoir d’exploiter des centaines de milliers de travailleurs de par le monde.

C’est une propriété qui leur donne le droit divin de faire ce qu’ils veulent des entreprises, de disposer ainsi de la vie de milliers de travailleurs et de transformer des villes et des régions entières en désert industriel comme le veut le faire Bridgestone à Béthune.

Et, surtout, c’est une propriété qui est le fruit accumulé du travail de générations d’exploités.

Le vol du travail d’autrui est le moteur du capitalisme. Quand nous travaillons, nous créons du profit. Celui-ci est accumulé par la grande bourgeoisie qui en fait du capital et un moyen d’exploiter à nouveau les travailleurs, un moyen pour accroître sa mainmise sur l’économie et sa puissance sociale. Oui, dans cette société les travailleurs fabriquent tout, produisent tout, jusqu’au grand capital qui les exploite. Jusqu’à leurs propres chaînes. Eh bien ces chaînes, il ne faut pas les avoir dans nos têtes.

Proudhon, un des premiers socialistes avait dénoncé l’accaparement des moyens de production par la bourgeoisie qui se développait avec la formule célèbre : la propriété c’est le vol. Eh bien oui, la propriété capitaliste c’est le vol ! Le grand capital, c’est le vol ! A bas la propriété capitaliste !

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Ni le gouvernement actuel ni aucun autre ne remettra pas la bourgeoisie sur les rails des investissements productifs et utiles à toute la société parce qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif !

Les capitalistes ne sont pas cette classe d’investisseurs intrépides qu’on veut nous faire croire. Même aux débuts du capitalisme cela n’a jamais été tout à fait vrai, parce que l’Etat les a toujours aidés dans leurs différentes entreprises.

Et puis surtout, ils n’investissent que si cela leur permet de produire et de vendre plus pour plus de profits. Et avec la crise, qui dure depuis des années, ce n’est plus le cas depuis longtemps. Pour que ces Messieurs les capitalistes veuillent bien investir et produire ce qui est nécessaire, il faut que l’Etat leur apporte tout sur un plateau : les terrains, les locaux. Il faut que l’Etat prenne en charge la formation des salariés quand ce n’est pas leur salaire et il faut que l’Etat leur garantisse leur compétitivité et leur taux de profit.

C’est à ça que sert le plan de relance de 100 milliards. Le gouvernement l’avoue lui-même, il doit faire ce que les capitalistes ne veulent pas faire, il doit tirer les « premiers de cordée », les booster, leur donner envie. Et il le fait en mettant 100 milliards à leur disposition. En accordant des enveloppes de plusieurs milliards aux capitalistes au nom de l’écologie, de l’innovation ou de la relocalisation, l’Etat donne à la bourgeoisie une partie du capital qu’elle est censée apporter !

Dans l’affaire Bridgestone, l’Etat et la région sont prêts à apporter jusqu’à 70 % des capitaux pour faire les investissements nécessaires pour que l’usine se modernise.

Les capitalistes ne servent même plus à apporter le capital de l’entreprise ! Ils ne font que pomper ses profits, ils ne font que parasiter le travail et la sueur des autres.

Le plan de relance du gouvernement et les aides à tout va pour les grandes entreprises sont l’aveu que la bourgeoisie n’est plus qu’une classe parasitaire !

C’est une classe qui ressemble de plus en plus à cette noblesse d’ancien régime, à ces privilégiés qui s’agglutinaient à la cour du roi de Versailles, pour y vivre en parasites. Il a fallu la révolution de 1789, une révolution dirigée par la bourgeoisie pour les renverser. Eh bien, il faut une nouvelle révolution pour renverser cette fois la bourgeoisie qui est à son tour devenue un obstacle au développement de la société !

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La société n’a jamais eu autant de richesses et autant de moyens de les produire. La bourgeoisie possède des capitaux par-dessus la tête, la fortune des familles bourgeoises du monde dépasse les 100 milliards de dollars. Eh bien les capitaux vont de moins en moins dans les investissements productifs et de plus en plus dans la sphère financière.

A la Bourse de New-York, Apple a vu son cours doubler en six mois. La firme vaut maintenant 2000 milliards de dollars, le PIB de l’Italie ! L’indice Dow Jones qui suit la valeur des 30 plus grandes compagnies américaines a récemment sorti de son classement Exxon, la première compagnie pétrolière au monde.

Il l’a remplacé par Salesforce, une entreprise de fabrication de logiciels et d’applications basée en Californie parce que les capitalistes préfèrent miser sur une entreprise qui héberge des applications que sur Exxon, la plus grande compagnie pétrolière au monde qui possède des champs de pétrole, des plateformes off-shore, des dizaines de raffineries, d’usines chimiques, des pipelines, des stations-service...

C’est significatif de ce qu’est devenu le capitalisme mondial : un capitalisme où la bourgeoisie trouve de moins en moins intérêt à placer ses capitaux dans la production de biens utiles car les marchés ne se développent plus ou sont arrivés à saturation et parce que la concurrence y est exacerbée. Elle investit ses capitaux, là où ils sont susceptibles de rapporter beaucoup et rapidement, c’est-à-dire sur les valeurs financière qui ont le vent en poupe.

Autre exemple : l’entreprise Nikola. Cette start-up veut copier Tesla dans le domaine des camions. Elle promet de développer la fabrication de poids lourd roulant à l’électrique et prétend être en mesure d’en faire rouler à l’hydrogène. Nikola est entrée en bourse le 4 juin dernier aux Etats-Unis. Le 9 juin, sa capitalisation boursière atteignait 34 milliards de dollars, autant que la valeur combinée de PSA, Fiat Chrysler Automobiles et Renault… Sans avoir jamais vendu ni même vraiment produit industriellement aucun véhicule ! L’entreprise aura un chiffre d’affaires nul pour 2020, et n’envisage pas de gagner son premier milliard de dollars avant 2023.

Certes, cette start-up promet de produire, demain, quelque chose d’utile. Mais ce n’est pas l’utilité de la chose qui a attiré des milliards de capitaux. Il y a d’ailleurs des milliers de projets utiles, dont l’électrification du continent africain, qui restent sans financement. Les milliards ont afflué vers cette start-up parce que son cours boursier bondissait d’heure en heure et qu’aucun investisseur ne voulait passer à côté du coup !

Les capitaux qui s’accumulent à un pôle sont irrésistiblement aspirés vers la finance et la spéculation. Et cela continuera jusqu’à ce que la bulle spéculative explose.

Toute la société est bloquée parce que les capitaux se concentrent dans les mains d’une toute petite minorité et sont intouchables, inutilisables pour la collectivité. Au nom de la propriété privée, il est interdit de contrôler l’usage fait de ces capitaux. Il est interdit de les réquisitionner quand bien même la société en aurait un besoin urgent pour investir dans le logement, les transports, la santé ou l’éducation.

Si on veut que ces capitaux et les moyens de productions servent à répondre aux besoins de la société, il faut en prendre collectivement le contrôle, c’est-à-dire exproprier les capitalistes.

Alors je le répète, à bas la propriété capitaliste ! Vive l’expropriation de la bourgeoisie et la mise en commun des moyens de production !

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Le capitalisme est miné par une contradiction fondamentale : une propriété privée des capitaux de plus en plus concentrée dans un nombre réduit de mains. Un pouvoir donc de plus en plus individuel. Alors que le système productif est de plus en plus collectif, social, unifié même à l’échelle du monde.

Oui, la production de richesses est déjà collective. Il n’existe pas sur la planète, un seul pays qui puisse fonctionner seul, en autarcie. Il n’y a pas un site de production qui puisse fonctionner de façon autonome. Pour que les entreprises tournent, même pour l’activité de n’importe quel artisan ou commerçant, il faut toute une chaîne d’échanges. Il faut l’intervention, la coordination d’une multitude de travailleuses et de travailleurs sur plusieurs continents.

Il suffit de regarder autour de soi, dans son logement ou dans son caddie de supermarché, pour voir à quel point ce qui est nécessaire à notre vie de tous les jours inclut des matières premières venues des quatre coins du monde, transformées dans de nombreuses usines et commercialisées au travers de circuits complexes.

Et si l’on songe aussi à l’énergie et aux transports nécessaires à la production, on ne peut que se convaincre que l’économie est profondément interdépendante, socialisée et internationalisée.

La bourgeoisie peut s’accrocher à sa propriété privée et se battre pour la gestion individuelle et égoïste de ces immenses moyens de production, mais les forces de son propre système poussent à l’organisation collective.

L’avenir est dans la mise en commun, dans l’organisation du travail concertée et collective et dans la disparition des frontières.

Aucun des défis qui se posent à nous ne peuvent être résolus sans cela. … Prenez l’épidémie du Coronavirus. Il s’agit d’une pandémie qui touche l’humanité toute entière. La concurrence entre pays sur les masques, les tests et demain sans doute sur les vaccins est ridicule et absurde. Aucun pays ne s’en sortira si les autres ne s’en sortent pas.

Et s’il y a un problème qui nécessité de raisonner collectivement et d’enlever ses œillères nationales, c’est bien la préservation de notre planète. On ne résoudra aucun des pbmes écologiques si l’on se contente de raisonner à une échelle individuelle ou à l’échelle nationale. Il n’y a qu’une planète, qu’une seule atmosphère, qu’un même vaste océan et les émissions de gaz à effet de serre n’importe où dans le monde entrainent le réchauffement de toute la planète. Il s’agit d’un problème collectif, il s’agit bien de notre organisation économique et sociale qu’il faut contrôler.

Marx le premier l’avait relevé : le capitalisme, en poussant à la concentration et à l’internationalisation, pousse à l’organisation collective. Il a créé lui-même les prémisses du communisme. Et il a créé la classe qui peut le réaliser : la classe ouvrière. Une classe qui est au cœur de l’organisation sociale de la production et qui est présente à l’échelle de la planète. Une classe et dont chaque membre a conscience d’être un maillon d’une même chaîne.

Cette place dans l’économie donne à la classe ouvrière la capacité de renverser le système capitaliste et de construire une autre société. Car on ne renverse bien que ce que l’on remplace.

Oui les exploités, la classe ouvrière au sens large, est le seul espoir de transformation pour demain. C’est la seule classe qui a la capacité historique de mettre fin au capitalisme. Elle porte en elle cette capacité de faire accoucher la société capitaliste d’une nouvelle société fondée sur la propriété collective et la gestion collective de l’économie. Une société débarrassée de l’exploitation de l’homme par l’homme, une société vraiment humaine.

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Aujourd'hui ceux que l’on entend le plus sont dans les rangs de la petite bourgeoisie. Ce sont les cafetiers, les restaurateurs, les patrons de salle de sport qui sont eux aussi frappés de plein fouet par la crise.

Ils le sont d’autant plus que la crise économique a déjà fragilisé certains d’entre eux parce qu’une société qui est en train de craquer par tous les bouts, craque pour tout le monde. Quand le monde ouvrier s’appauvrit, la petite bourgeoisie s’appauvrit aussi. Quand les salariés, les techniciens, les cadres, les soignants ou les enseignants connaissent le déclassement, la petite bourgeoisie le connaît aussi.

Tout cela est en train de s’accélérer aujourd'hui provoquant encore plus de désarroi, d’aigreur et de dégoût politique. Et politiquement cela peut donner lieu au pire au comme au meilleur.

Le propre de la petite bourgeoisie est d’avoir un pied dans la classe ouvrière et l’autre dans la bourgeoisie. La grande masse des petits-commerçants, des artisans, des indépendants appartiennent à la population laborieuse, et peuvent faire faire front commun avec les ouvriers, par exemple contre la fermeture d’une entreprise. Mais son sommet, avec des entrepreneurs de start-up ou des patrons employant des dizaines ou des centaines de salariés se confond avec la bourgeoisie et partagent avec elle tous ses réflexes anti-ouvriers. Alors la masse de la petite bourgeoisie ne combattra les capitalistes que si elle y est entraînée par la force des travailleurs en lutte.

Si les travailleurs sont incapables de représenter une alternative au grand capital, aux banques, aux donneurs d’ordre qui les étranglent, la petite bourgeoisie qui n’est elle-même porteuse d’aucune autre organisation économique ne peut que se transformer en supplétif de ce même grand capital et renforcer politiquement les forces les plus réactionnaires. Cela fait aussi partie des menaces qui planent sur nos têtes.

Alors oui, le combat de la classe ouvrière est la clé de la situation. Il ouvre des perspectives non seulement pour les exploités mais pour l’ensemble des classes populaires. Lutter pour les exigences élémentaires de la classe ouvrière, c’est se battre pour que l’ensemble des producteurs ne soient pas poussés vers la déchéance. C’est sauver ce que la société a de plus vital. C’est se battre pour l’avenir de toute la société !

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Dans cette période de guerre sociale de plus en plus féroce, la répartition du travail entre tous pour qu’il n’y ait plus de chômage est en fait un combat à mort avec la bourgeoisie. Il en est de même de l’indexation des salaires sur les prix ou du contrôle ouvrier. On ne peut pas imaginer imposer ces objectifs sans une lutte âpre et difficile, une lutte qui empiétera forcément sur le pouvoir de la bourgeoisie.

Les travailleurs ne se lèveront pas un beau jour pour faire la révolution. Ils se battront pour leurs intérêts immédiats, des salaires décents, des conditions de travail supportables. Mais ils seront amenés par la force des évènements, par la lutte des classes elle-même à se poser la question du pouvoir. Au cours du bras de fer ils seront face à la question : Faut-il aller jusqu’à contester la direction de la bourgeoisie, lui disputer le pouvoir sur les entreprises ou la laisser maître comme si elle était chez elle ?

Eh bien dès que la lutte sera enclenchée, il faudra que les plus combatifs et les plus conscients montrent le chemin : celui de l’expropriation de la classe capitaliste et la prise du pouvoir par les travailleurs eux-mêmes car les travailleurs ne seront victorieux que s’ils s’érigent en dirigeants.

Il n’y aura pas d’un côté un programme minimum atteignable avec un bon rapport de force et de l’autre, plus éloigné dans le temps, le programme de la révolution sociale. La lutte pour les revendications quotidiennes immédiates et celle pour le renversement de la bourgeoisie relèvent d’un seul et même combat. Militer pour les intérêts des travailleurs, c’est militer pour la révolution sociale ! Les deux sont indissociables !

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Jean-Pierre l’a dit, l’état d’esprit des travailleurs est loin du combat nécessaire pour inverser le rapport de force avec la bourgeoisie. Mais c’est aussi dans ces moments de bouleversements que les consciences évoluent. Tous les camarades qui ont vécu des grèves, tous ceux qui ont vécu mai juin 1968 le savent : un état d’esprit, ça peut changer et vite !

Les exploités ne peuvent réaliser leur pouvoir d’agir, de décider et de diriger eux-mêmes la société qu’au cours des luttes massives et puissantes. Dans leur écrasante majorité, ils n’en seront conscients qu’au tout dernier moment, lorsque leur propre combat les mènera aux portes du pouvoir. Cela a été vrai pour toutes les révolutions ouvrières. Cela a été vrai pour la commune de Paris comme pour la révolution russe.

En dehors de ces périodes de luttes exceptionnelles, les travailleurs sont exploités. Et la seule chose demandée à un exploité c’est d’obéir et de se taire. C’est de ne pas penser, c’est de ne rien décider. Et tant qu’ils ne voient pas d’issue, les travailleurs se soumettent.

C’est l’évolution de la crise elle-même et la gravité des coups qu’elle subit qui amèneront la classe ouvrière à se battre. C’est alors que les idées peuvent s’emparer des masses ! C’est alors que le virus révolutionnaire donnera des sueurs froides à la bourgeoisie et à son Etat.

Quand est-ce qu’un coup de colère se transformera en révolte ? Quand est-ce que la révolte se transformera en révolution ? Personne ne peut le prédire. Mais il n’y a que cette perspective qui tienne.

Et pour gagner, il faudra que les exploités soient unis.

Unis, non pas pour « bien voter ».

Unis, non pas pour reprendre à leur compte les discours patronaux sur la compétitivité. Pas pour se laisser bercer par les mots creux sur le souverainisme, la menace chinoise ou celle du plombier polonais.

Unis autour de leurs propres intérêts de classe, autour d’un programme de combat qui affirme les besoins vitaux des travailleurs.

Ce qui dépend de nous aujourd'hui c’est de tout faire pour que, lorsque les travailleurs de jetteront de nouveau dans le combat, il y ait des militants capables de leur proposer une politique correspondant à leurs intérêts. Des militants capables de proposer aux travailleurs de s’organiser dans un parti pour mener leur combat.

Il y a eu ces derniers mois des protestations massives auxquelles les travailleurs ont participé en Algérie ou encore en Biélorussie. Le point commun de ces mobilisations était d’être contre et de dénoncer le système. Mais les travailleurs entraînés dans le mouvement général n’avaient pas d’objectifs propres, pas de politique susceptible de faire avancer leurs intérêts. Et, c’est lié, ils n’avaient pas d’organisation, ils n’avaient pas de parti à eux.

C’est ce parti qu’il nous faut préparer, commencer à construire aujourd'hui. En dehors de tout mouvement social, il ne peut qu’être à contre-courant et il ne peut pas attirer les foules. Mais il doit rassembler tous ceux qui ne se satisfont pas de la situation.

Il doit aimanter les jeunes qui ne cèdent pas au conformisme ambiant et qui ne se voient pas vivre au milieu d’une société aussi pourrie.

Il doit rassembler les jeunes et les moins jeunes dont la révolte n’a pas pris une ride et qui sont toujours capables de refaire le monde dans leur tête, et parfois avec plus d’audace que bien des jeunes vieillis prématurément par les préjugés charriés par la bourgeoisie !

Camarades, j’en appelle à chacun. Non pas en disant aidez-nous, mais aidons-nous collectivement pour construire ce parti.

Chacun peut y contribuer de bien des façons. On peut s’y engager en y consacrant l’essentiel de sa vie, et il est indispensable que certains d’entre nous fassent ce choix-là. Les plus jeunes d’entre nous en particulier.

On peut y participer tous, chacun à son niveau ne serait-ce qu’en discutant et en propageant ces idées dans sa famille, avec son voisin de travail ou de palier. Il y a besoin de toutes et de tous pour prendre le contre-pied des mensonges patronaux et des diversions politiciennes, au quotidien, ne serait-ce qu’en montrant que l’on n’est pas d’accord.

Il y a besoin de tous pour dénoncer la dictature de la classe capitaliste sur la société. Diffuser, propager la perspective d’une société débarrassée de la classe capitaliste. Il faut faire de la politique, tout faire, pour ne pas laisser les partis bourgeois occuper le terrain et les consciences ouvrières.

Il faut réaffirmer notre confiance dans la classe ouvrière qui est la seule classe à n’avoir rien à perdre et qui a un monde à gagner.

Tant que nous n’avons pas les force de renverser cette société, nous sommes enchaînés à nos exploiteurs. Mais nous pouvons déjà nous libérer par l’esprit, les idées, les idéaux et les perspectives.

Quand un parti révolutionnaire apportait des perspectives à la classe ouvrière, celle-ci se sentait plus forte et fière. Même si elle n’était pas en situation de se révolter et encaissait les coups, elle avait cette perspective, cet idéal en tête. Un parti qui lui faisait honneur en défendant les idées les plus fraternelles qui soient, les plus progressistes, les plus prometteuses pour l’humanité.

Alors notre fierté est là, c’est de reprendre ce flambeau.

Notre moral n’est pas fonction du nombre de manifestants ou de grévistes à tel ou tel moment. Notre confiance dans l’avenir se fonde sur nos convictions communistes révolutionnaires.

Notre optimisme révolutionnaire, notre fierté, c’est qu’un jour, avec tous les exploités de cette planète, nous changerons le monde !