Écologie : nature ravagée, planète menacée par le capitalisme !

Cercle Léon Trotsky
26/01/2007

Pas un jour sans une nouvelle profession de foi écologiste de la part d'un candidat à l'élection présidentielle. Pas un jour sans un nouvel article sur la gravité du réchauffement climatique. Pas un jour sans une annonce grave sur la nécessité de prendre des mesures radicales pour économiser l'énergie, réduire les émissions polluantes diverses, protéger les espèces vivantes menacées.

Quelles sont les menaces environnementales qui pèsent réellement sur la planète ? Qui en est responsable et quelles en sont les victimes ? Qui rejette massivement des déchets polluants et toxiques dans les mers, l'air ou la terre ? Qui menace la biodiversité de la planète ?

Le réchauffement climatique est-il autre chose qu'un formidable prétexte pour justifier une augmentation drastique du prix de l'énergie ? Quels sont les objectifs de toutes les campagnes médiatiques actuelles ? Et que valent les mesures déjà prises ?

On nous dit qu'il faut prendre des mesures radicales voire changer complètement de mode de vie si on veut sauver la planète. Mais qui va en subir toutes les conséquences, qui va payer la note de reconversions éventuelles et qui va, au contraire, en profiter ?

La quasi totalité des dirigeants politiques des pays les plus riches de la planète multiplient aujourd'hui les déclarations alarmistes sur l'impérieuse nécessité de restructurations dans la production d'énergie. Mais peut-on imaginer que les États impérialistes qui organisent le pillage économique et la domination politique de toute la planète au profit de quelques grands groupes industriels et financiers se préoccupent d'autre chose que de défendre encore et à nouveau l'intérêt de ces trusts ?

Peut-on combattre les menaces écologiques sans remettre en cause l'organisation actuelle de l'économie, sans remplacer le marché capitaliste, anarchique et aveugle, par une gestion rationnelle et régulée de la production des richesses ?

Finalement, l'humanité peut-elle satisfaire tous ses besoins sans détruire la planète ?

Ce sont toutes ces questions qui sont abordées dans cet exposé.

 

Une organisation économique responsable de la pollution de la planète

 

Depuis au bas mot dix mille ans, les activités des hommes pour assurer collectivement leur subsistance ont modifié la nature, la faune, la flore et l'environnement. L'invention de l'agriculture, puis son extension, ont entraîné des déforestations ; l'irrigation a provoqué la salinisation de certains sols ; la domestication d'espèces animales, leur élevage et leur pâturage intensif ont accéléré l'érosion des sols, laissant une empreinte encore visible sur les paysages de la Méditerranée. On retrouve aujourd'hui, dans les carottages prélevés dans les calottes glaciaires, des traces mesurables du plomb émis il y a plus de 2 000 ans par les mines grecques et romaines.

Avec le développement sans précédent des capacités de production depuis le début de la révolution industrielle, avec l'augmentation importante de la population mondiale au cours du 20e siècle, cette empreinte des activités humaines sur la planète n'a pu qu'augmenter.

Surtout que depuis la révolution industrielle, les activités économiques humaines se font dans le cadre d'une organisation sociale, la société capitaliste, qui se caractérise par une concurrence acharnée entre entreprises rivales, qui se caractérise par leur irresponsabilité générale vis-à-vis des hommes comme de la nature, par leur recherche permanente du profit maximum.

Ces entreprises privées organisent leur production et leurs approvisionnements en fonction du seul marché solvable. Du fait de leur concurrence, elles multiplient les productions en double ou en triple, produisant largement des biens inutiles ou accessoires pour quelques riches clients potentiels mais elles sont incapables de satisfaire les besoins élémentaires, et même vitaux, de la grande majorité de la population de la planète.

Le seul régulateur de ce système économique est le marché qui ne régule qu'a posteriori, après avoir souvent trop produit, avec des retards, des à-coups et à chaque fois un gâchis sans nom.

Un cas récent, celui du téléphone, est éloquent.

Si les trois opérateurs français de téléphonie mobile se sont mis d'accord pour imposer des prix de monopole à leurs clients respectifs, ils se sont livré une véritable guerre pendant plusieurs années pour implanter, chacun pour leur compte mais finalement aux mêmes endroits, des antennes relais, multipliant les travaux comme les dangers éventuels pour les riverains.

Quand il a fallu équiper des zones isolées, négligées par ces opérateurs, les collectivités locales ont alors financé la pose d'antennes parfaitement compatibles avec les trois réseaux.

Il y a pire encore avec les téléphones satellitaires, ces appareils utilisés seulement par quelques dizaines de milliers d'usagers dans le monde, des militaires, des journalistes et quelques aventuriers qui veulent communiquer via des satellites à partir de n'importe quel point du globe. À la fin des années quatre-vingt dix, deux sociétés privées, Iridium et Globalstar, ont envoyé, chacune de leur côté, plusieurs dizaines de satellites dans l'espace pour couvrir en double toute la surface de la planète. Comme il était prévisible, après avoir englouti, chacune, plusieurs milliards de dollars, les deux sociétés ont fait faillite. Si les satellites d'Iridium n'ont pas été précipités au fond des mers - comme ses statuts le prévoyaient - c'est que cette société a été rachetée in extremis avec le soutien du gouvernement américain.

C'est toute la production et la distribution des richesses qui provoque de tels gaspillages, qu'il s'agisse des produits manufacturés ou des produits agricoles. Ce mode de production capitaliste n'est pas seulement responsable de crises économiques et de catastrophes sociales dramatiques que Marx et Engels ont décrites et dénoncées dès les premières décennies de ce système. Ce système économique est responsable des pollutions, des prédations parfois irréversibles sur les écosystèmes, du gaspillage généralisé des ressources énergétiques ou minières de toute la planète.

 

Les pays sous-développés, poubelles de l'industrie occidentale

 

L'actualité de ces derniers mois a mis en lumière le comportement ordinaire de l'industrie pétrolière et chimique pour se débarrasser de ses déchets.

Fin août 2006, la population d'Akouédo, un quartier d'Abidjan, se révoltait contre le déversement dans des décharges urbaines en plein air de déchets hautement toxiques. Ce déversement sauvage a provoqué la mort de dix personnes, l'intoxication grave de plusieurs dizaines et l'hospitalisation de milliers d'autres.

On apprenait ainsi que ces déchets toxiques avaient été apportés en Côte d'Ivoire par le Probo Koala, vieux tanker battant pavillon panaméen, propriété d'armateurs grecs et affrété par la société de courtage pétrolier Trafigura dont le siège est à Amsterdam et dont plusieurs dirigeants sont français.

Selon les propres déclarations de son porte-parole, cette société avait un contrat à Amsterdam pour faire vidanger les cuves du Probo Koala remplies, officiellement, de résidus de lavage. Mais devant la toxicité anormalement élevée des résidus en question, le port d'Amsterdam a exigé un délai supplémentaire et revu la facture à la hausse.

La direction de Trafigura a alors choisi de faire rembarquer sa cargaison mortelle dans les soutes du bateau. Par l'intermédiaire d'une de ses filiales en Côte d'ivoire, elle a passé un contrat avec une obscure société ivoirienne de vidange. Les directeurs de Trafigura savaient parfaitement que la société ivoirienne en question ne disposait d'aucune installation pour recycler les déchets très toxiques refusés à Amsterdam.

Mais cela coûtait cent fois moins cher qu'en Europe. Pour ce prix-là peu leur importait que les déchets finissent en pleine ville !

Les dirigeants de Trafigura sont-ils des patrons voyous ?

Ni plus ni moins que les autres. Le cas d'Abidjan a déclenché un scandale parce que la population ne s'est pas laissée intoxiquer sans broncher. Mais trois ou quatre cas semblables sont répertoriés chaque année en Afrique et dans d'autres régions sous-développées du monde.

Selon un rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, le tsunami de décembre 2004, qui a touché aussi les côtes de Somalie, a « éventré des conteneurs de déchets radioactifs, chimiques et hospitaliers, illégalement immergés le long des côtes somaliennes - entre autres par des firmes suisses ». Le porte-parole du Programme ajoutait « le rejet de déchets toxiques est effréné en mer, sur les rivages et dans l'arrière pays. Depuis le début des années 90, une quantité incalculable de cargaisons de déchets, nucléaires, toxiques, hospitaliers, de cadmium, de plomb et de mercure ont été déposés sur le rivage ou simplement immergés au large ». Des fuites de ces fûts contaminés provoquent des intoxications, des maladies graves et parfois la mort pour les habitants vivant à proximité. La faune et la flore sont largement contaminées.

 

Une conséquence ordinaire du marché capitaliste

 

En 1991, un certain Lawrence Summers, économiste en chef à la Banque Mondiale, déclarait très crûment : « Entre nous, la Banque Mondiale ne devrait-elle pas encourager plus de migration des industries polluantes vers les pays moins développés ? Je pense que la logique économique qui consiste à déverser une part des déchets toxiques dans les pays où les salaires sont les plus faibles est impeccable et nous devrions l'assumer... j'ai toujours pensé que les pays sous-peuplés en Afrique sont largement sous-pollués. »

Derrière le cynisme de cet économiste, se cache en effet la logique de l'industrie capitaliste.

La récente aventure autour du monde du porte-avions Clemenceau, bourré d'amiante, a illustré le fait que les gouvernements eux-mêmes n'hésitaient pas à abuser de cette logique. La quasi-totalité des gros navires qui arrivent en fin de vie chaque année dans le monde sont démolis dans un chantier de l'Inde, du Pakistan ou du Bangladesh. La démolition des bateaux n'est rentable que pour des capitalistes de pays pauvres trouvant à leur porte de la main-d'oeuvre assez misérable pour accepter, sans aucune protection, des conditions de travail extrêmement dangereuses.

C'est le cas à Alang en Inde, où des milliers d'ouvriers mal payés désossent les navires sur une simple plage. Il y a cinquante à soixante accidents par an provoqués par les chutes, les explosions, les nombreuses émanations des substances toxiques contenues dans les bateaux. Sans parler de tous les ouvriers qui meurent quelques années plus tard, après être rentrés dans leur village, des maladies contractées sur le chantier.

À Guiyu en Chine, c'est du matériel électronique collecté dans le monde entier, qui est désossé, dessoudé sans masque, nettoyé à l'acide. Ce matériel contient des métaux lourds, du cadmium, du plomb, du mercure et bien d'autres substances extrêmement toxiques. Selon un médecin d'un hôpital voisin cité par le journal « le Monde », sur « 160 enfants âgés de un à cinq ans à qui on a fait un prélèvement sanguin, 80 % sont atteints de saturnisme ». Des prélèvements effectués dans les nappes phréatiques près de Guiyu ont révélé des taux d'acidité qui rendent l'eau dangereuse pour la consommation.

Cet empoisonnement des travailleurs comme de la faune et de la flore n'est pas seulement le fait des déchets industriels venant des pays riches. Dans les « maquiladoras » - ces zones industrielles des villes frontières du Mexique où sont implantées les usines de grandes firmes occidentales - ou dans les ateliers des immenses zones franches de Chine qui sous-traitent pour ces mêmes firmes, d'autres prolétaires sont quotidiennement victimes d'empoisonnement au plomb ou à l'éther de glycol. Ils contractent des maladies respiratoires graves et sont victimes d'accidents de travail mortels en fabriquant les produits manufacturés pour les trusts du monde entier.

Dans les quartiers populaires, les bidonvilles voisins, la population subit les rejets de fumées, d'acides, d'eaux usées toxiques. Quand elle ne subit pas, comme à Bhopal en 1984, une catastrophe industrielle tragique à la suite des choix conscients et délibérés des propriétaires de ces usines visant à faire des économies sur la sécurité et l'entretien.

 

La pollution industrielle frappe aussi les pays riches

 

La pollution quotidienne qui rend malades les travailleurs ou les riverains d'installations industrielles ravage toute la planète et pas seulement les pays sous-développés.

Pour ne prendre qu'un exemple, les usines sidérurgiques et pétrochimiques de la région de l'Étang de Berre rejettent en permanence des gaz polluants : plus de 70 000 tonnes d'oxyde de soufre ont été rejetées dans le département des Bouches-du-Rhône en 2005. Et tous ceux qui vivent à proximité de ces usines découvrent tous les matins, autour d'eux, les traces des rejets industriels de la nuit.

Cette pollution provoque des affections respiratoires ou des cancers chez les riverains et des maladies graves - reconnues comme maladies professionnelles ou pas - chez les travailleurs des usines.

Mais elle n'est pas le tribut incontournable à payer au développement industriel et au progrès technique. Cette pollution est le résultat du choix délibéré d'économiser sur la mise en place des équipements efficaces, qui existent, pour limiter les rejets.

Les dépôts de déchets industriels toxiques n'existent pas que dans les pays du Tiers Monde. Il y a dans tous les pays industrialisés des sites d'enfouissements discrets ou clandestins. Il faut la détermination de riverains, d'associations écologistes ou de quelques élus locaux pour les rendre publics, comme en Alsace, près de Hagenthal, où Greenpeace a révélé en février 2005 que les usines de la chimie de Bâle entreposaient à ciel ouvert des déchets toxiques pour les hommes comme pour la nappe phréatique.

Même quand les déchets sont traités puis stockés légalement, les risques de contamination restent élevés parce que les industriels déclarent ce qu'ils veulent et qu'aucun contrôle sérieux sur le contenu réel des fûts stockés n'est réalisé par les autorités publiques.

Il s'agit là de la pollution ordinaire, sous-produit d'une production faite par des groupes industriels qui méprisent la population et les travailleurs, dans les pays pauvres comme dans les pays industrialisés.

Mais, dans leur recherche permanente d'un marché rentable, et si possible monopolistique, les industriels n'hésitent pas à empoisonner encore plus délibérément toute la planète.

 

Le cas de l'amiante et de l'essence plombée

 

On connaît le cas de l'empoisonnement mondial à l'amiante. Pendant un siècle, malgré les études médicales qui s'accumulaient, les divers producteurs d'amiante ont trouvé la complicité active des gouvernements occidentaux pour intensifier et généraliser l'usage de ce matériau aujourd'hui responsable de 3 000 morts chaque année en France, et peut-être 100 000 à terme.

Il y a le cas moins connu de l'addition du plomb dans l'essence. Une filiale de la General Motors fit breveter en 1920 un additif à base de plomb, le PTE, qui améliorait l'efficacité des moteurs à explosion. Une substance non toxique comme l'éthanol - l'alcool ordinaire - convenait parfaitement mais General Motors ne pouvait en obtenir l'exclusivité, ce qui était son objectif unique. Très vite le PTE se révéla un dangereux poison dans les usines comme dans l'environnement. Mais la GM obtint la complicité des organismes sanitaires américains pour minimiser le danger. La GM vendit son additif plombé à toutes les compagnies pétrolières, fit des campagnes publicitaires mondiales pour généraliser son utilisation et empoisonna toute la planète pendant des décennies jusque dans les années 1970. Les preuves de la nocivité du plomb ne pouvaient plus être niées : les taux de plomb dans les os humains contemporains étaient des dizaines de fois supérieurs à ceux d'il y a 5 000 ans.

General Motors inventa alors le pot catalytique qui ne supporte pas le plomb. Elle se présenta désormais comme la championne de la lutte contre la pollution atmosphérique... tout en continuant à vendre des additifs plombés dans les pays sous-développés.

 

La multiplication des déplacements inutiles des marchandises

 

Même quand les industriels n'empoisonnent pas consciemment toute la population de la planète, c'est l'anarchie de leur système économique qui pollue.

La lutte permanente entre groupes concurrents pour gagner des marchés, l'absence complète de recensement et de prévision des besoins de la population, provoquent une pollution et un gaspillage plus profonds encore. Elles provoquent la multiplication absurde de déplacements inter-continentaux de marchandises justifiés seulement par des raisons commerciales.

Pour peu qu'un grossiste ait trouvé une filière rentable, on peut ainsi trouver à Pointe-à-Pitre des oranges venues d'Afrique du Sud, après avoir transité parfois par Rungis, alors qu'on en cultive en Amérique Centrale ou dans la proche Floride...

Chaque grande entreprise, chaque trust rationalise sa production et l'organigramme de ses différentes usines. Mais chacun le fait indépendamment et même en concurrence avec tous les autres. Au fil des fusions et des rachats de sous-traitants dans l'industrie automobile, des pièces de moteurs ont pu venir du Brésil ou des États-Unis pour être assemblées en Europe sur des véhicules Renault ou Volkswagen tandis que des pièces équivalentes traversaient l'océan Atlantique dans l'autre sens pour être montées sur des véhicules Mack, Ford ou General Motors.

Cette multiplication inutile des transports a lieu aussi sur les routes. Chaque année, 60 000 tonnes de poulets sont importées par le Royaume-Uni depuis les Pays-Bas, tandis que les Pays-Bas importent, eux, 30 000 tonnes de poulets britanniques qui voyagent dans l'autre sens.

Généralisées à toutes les entreprises et à tous les secteurs économiques, les conséquences pour la planète, en termes de pollutions et de dépenses inutiles de carburant, sont graves.

 

Le transport routier encouragé par les gouvernements

 

Les grands groupes de distribution et les grandes entreprises de production ont imposé la généralisation du transport routier des marchandises. Pour supprimer leurs stocks et les mettre directement sur les routes, pour réduire les opérations de chargement et disposer de la plus grande souplesse possible pour organiser la production, elles ont inventé le « flux tendu ». C'est ainsi que chaque jour une noria de 7 000 camions relient les 25 sites européens du groupe Renault.

Or le transport routier de marchandises pollue de multiples façons. Il pollue par les émissions de gaz carbonique qui contribue à l'effet de serre mais aussi par celles de monoxyde de carbone ou d'azote, d'aérosols ou d'additifs divers dangereux pour la santé publique.

Cette politique du « tout routier » a été possible d'une part par la baisse importante des coûts, qui s'est faite d'abord sur le dos des chauffeurs eux-mêmes. Elle a aussi été possible parce que la collectivité a pris en charge une part importante des investissements pour construire les infrastructures autoroutières sans que ces coûts soient répercutés sur le prix du transport de marchandises. Chaque centaine de kilomètres parcourue par un poids lourd coûte 36 euros à la collectivité alors qu'il n'en paye que 24 en taxes, péages, etc.

C'est un choix délibéré des gouvernements successifs d'encourager le transport par la route. Dans le budget de l'État consacré aux infrastructures de transports, 69 % de l'argent vont au réseau routier contre seulement 12 % pour le rail, le reste allant aux aéroports.

 

La pollution des mers et des océans

 

Leur « logique économique », qui consiste à envoyer les industries les plus polluantes vers les pays les moins développés et à rechercher les coûts les plus bas, vaut pour les transports et particulièrement pour les transports maritimes.

Il y a aujourd'hui plus de 40 000 navires de plus de cent tonnes qui sillonnent les océans. Près de 60 % de ces navires sont enregistrés sous un pavillon de complaisance qui permet à un armateur de ne respecter aucune des lois internationales en vigueur, d'embaucher des marins en sous-effectif, sous-payés et épuisés par des temps de veille rallongés.

Cela permet aussi de faire naviguer des vieux bateaux devenus des poubelles. Tous les trois jours, un navire de plus de 300 tonnes fait naufrage quelque part dans le monde. À chaque fois, c'est un drame pour les marins qui perdent la vie mais c'est aussi un désastre pour l'environnement, les côtes, les riverains, les pêcheurs...

Ce sont deux vieux tankers rouillés, à simple coque, enregistrés sous des pavillons de complaisance, l'Erika et le Prestige, transportant tous les deux du fuel lourd de basse qualité à l'autre bout du globe, qui provoquèrent les dernières marées noires sur les côtes atlantiques, avec des conséquences pour l'environnement, les marins-pêcheurs et les ostréiculteurs, comme pour les communes littorales directement touchées.

l'État français vient d'estimer à plus de 153 millions d'euros le montant des sommes qu'il a versées pour le naufrage de l'Erika tandis que le coût total de cette catastrophe est de l'ordre d'un milliard d'euros.

Mais Total, le quatrième trust mondial du pétrole et l'affréteur de ce bateau-poubelle, n'a payé que le pompage des soutes. Lui-même a été entièrement remboursé du montant de la cargaison, en quelques mois, par son assureur.

Ce n'est pas l'exception, c'est la règle.

Et les marées noires ne représentent que 3 % des pollutions par hydrocarbures. Les 97 % restants sont le fait des déballastages et des nettoyages sauvages des cuves.

La recherche systématique de la route la plus courte malgré les dangers, la pression mise par les affréteurs pour respecter coûte que coûte des délais de livraison réduits au minimum, pour ne pas perdre leur tour au déchargement dans les grands ports, poussent les capitaines des navires à prendre des risques et à naviguer y compris par forte tempête.

Si les armateurs et les grandes compagnies affréteuses portent la responsabilité de tous ces drames et de ces pollutions, ils trouvent la complicité active des pouvoirs publics. Le système des pavillons de complaisance a été généralisé dans les années soixante et soixante-dix par tous les armateurs occidentaux avec le soutien de leurs gouvernements.

La France a elle-même créé en 1986, sous la présidence de Mitterrand et le gouvernement de Chirac, le pavillon des Kerguelen. Cela ne suffisait pas aux armateurs pour qui le gouvernement Raffarin créa, en 2005, un « Registre International Français » qui leur permet de toucher toutes les subventions européennes tout en continuant à s'affranchir des lois sociales les plus contraignantes.

 

Rationaliser les échanges et les déplacements de marchandises

 

Il ne s'agit pas pour autant, contrairement à ce que réclament certains écologistes, de supprimer tous les échanges de marchandises et de « relocaliser progressivement toute la production économique ».

La division internationale du travail a représenté un progrès fondamental en améliorant considérablement la productivité humaine et en unifiant les continents. La suppression des échanges de matières premières comme de produits manufacturés, le retour à des économies locales fonctionnant en vase clos, sont aussi utopiques que réactionnaires.

Ce qui est en cause, c'est que cette division internationale du travail agit dans le cadre du capitalisme, avec la multiplication des déplacements absurdes de marchandises et l'absence complète de rationalisation des transports. Ce n'est pas la division internationale du travail qu'il faut mettre en cause mais la concurrence.

Les industriels comme les grandes sociétés de transport disposent pourtant, en interne, de moyens de rationalisation et de planification. Les camions des grandes sociétés sont équipés de positionnements par satellites qui permettent de suivre en temps réel chaque camion depuis un centre de routage pour minimiser les déplacements et les frais. Les plannings de livraisons sont gérés par des moyens informatiques. C'est aussi le cas de la compagnie maritime CMA-CGM qui suit le périple à travers la planète de son million de conteneurs à partir de son siège marseillais.

Alors, sans même supprimer le transport routier, il serait aujourd'hui possible de réduire les déplacements de camions, et donc le gaspillage, à l'échelle du continent européen tout en conservant la plus grande souplesse. Cela suppose de supprimer la concurrence entre les transporteurs et de mettre en commun leur système de gestion des déplacements de leurs véhicules.

Tant que régneront la concurrence et l'anarchie du marché capitaliste, des files ininterrompues de poids lourds continueront à traverser l'Europe sur les mêmes axes. Et ils continueront à polluer...

 

Les menaces sur la biodiversité

 

Une autre menace, régulièrement dénoncée par l'écologie scientifique, est celle qui pèse sur la biodiversité. Certains parlent même d'une nouvelle vague d'extinction massive des espèces vivantes, dans les mers et les océans mais aussi dans les forêts tropicales ou équatoriales massivement détruites, ou encore dans les champs très chargés en pesticides.

Il est bien difficile d'estimer l'ampleur d'une telle extinction et encore plus de la comparer avec les grandes extinctions connues du passé. Depuis le développement de la vie sur Terre, il y a eu sans cesse des apparitions et des disparitions massives d'espèces. Bien souvent, la disparition des unes a conditionné l'apparition ou l'épanouissement des autres.

Mais les disparitions d'espèces vivantes provoquées par les activités humaines ont pris aujourd'hui une ampleur et un rythme accélérés. Elles ne sont plus une conséquence marginale de la domestication par l'homme d'espèces animales ou végétales.

Il s'agit par exemple d'espèces de poissons consommées de longue date et dont les réserves semblaient encore très récemment inépuisables. C'est le cas du thon rouge en Méditerranée et dans l'Atlantique ou encore celui du cabillaud ou de l'anchois du Chili. Selon la FAO, l'organisation de l'ONU s'occupant de l'agriculture et l'alimentation, 75 % des grandes réserves mondiales de poissons sont aujourd'hui épuisées, surexploitées, ou menacées de non-reproduction.

 

La disparition de la morue

 

Le cas de la morue - le cabillaud - est éloquent. Il illustre le fait que les menaces qui pèsent sur les espèces de poissons sont le résultat d'une fuite en avant dans l'exploitation industrielle de la mer.

La morue, ce poisson fabuleux, jadis abondant, facile à conserver, salé ou séché, qui a nourri les hommes pendant des millénaires, qui fut l'une des bases de l'enrichissement de la Nouvelle-Angleterre, ce poisson donc, a quasiment disparu des Grands-Bancs de Terre-Neuve et dans la Mer du Nord.

Au tournant des 19e et 20e siècles, les bateaux à vapeur remplacèrent les voiliers, les filets remplacèrent les lignes, puis devinrent maillants. On inventa la congélation à bord. Dès 1921 la General Food inventa la machine à débiter les filets de morue. Vers 1950 des bateaux usines apparurent, le sonar fut utilisé pour détecter les bancs. Au lieu d'être un bienfait pour les marins, ces progrès techniques entraînèrent une course aveugle à la productivité.

Quand les bancs de la Mer du Nord commencèrent à s'épuiser, les bateaux britanniques allèrent racler les fonds près de l'Islande. Celle-ci réagit. À deux reprises, en 1958 puis en 1971, il y eut une véritable guerre de la morue entre l'Islande et le Royaume Uni : des navires de combat accompagnèrent les chalutiers britanniques dans les eaux poissonneuses de l'Islande.

La fuite en avant se poursuivit. Les gros armateurs de chaque pays compensèrent la raréfaction du poisson par l'augmentation de la taille des bateaux. Ils allèrent vider les eaux internationales à proximité de Terre-Neuve quand leurs propres eaux territoriales furent dépeuplées.

À aucun moment il n'y eut de concertation ou de réel programme pour préserver des zones de reproduction. Tout cela fit quasiment disparaître la morue de l'Atlantique Nord et imposa un premier moratoire de sa pêche, bien tardif, en 1992.

 

La surpêche : une fuite en avant catastrophique

 

Le sort de la morue préfigure celui d'autres espèces courantes de poissons. Entre 1970 et 1990, le nombre de bateaux de plus de 100 tonnes doubla. La pêche mondiale est aujourd'hui dominée par quelques gros industriels spécialisés possédant des bateaux-usines, capables de traiter et de conditionner à bord des centaines de tonnes de poissons par jour. 1 % de la flotte de pêche mondiale est responsable de la moitié des prises totales.

Les filets sont si fins et si efficaces qu'ils ramassent tout ce qui passe à proximité. Les prises accessoires, non ciblées, représenteraient 27 millions de tonnes par an, le quart des prises totales. Elles sont rejetées à la mer, le plus souvent mortes. Les cours mondiaux sont suivis en direct depuis les bateaux-usines. Il arrive que les prises soient rejetées simplement parce que le prix de vente est jugé trop bas et donc le traitement et la commercialisation sont estimés non rentables.

Après avoir largement épuisé les bancs de poissons « européens » ou « nord-américains », l'industrie de la pêche envoie maintenant ses bateaux au large des côtes des pays pauvres. L'Union européenne, au nom de l'industrie de la pêche, achète des droits dans les eaux territoriales des États de l'Afrique de l'Ouest et dans l'océan Pacifique. Il y a plus de 300 bateaux européens qui pêchent régulièrement au large de l'Afrique. Cette politique contribue évidemment à la raréfaction du poisson, voire des mollusques comestibles comme le poulpe qui est désormais menacé au large de la Mauritanie.

Il va sans dire que les accords entre la puissante Union européenne et ces différents pays sont profondément inégalitaires. Les compensations financières n'arrivent pas jusqu'aux pêcheurs locaux. Des dizaines de milliers de petits pêcheurs ne peuvent survivre qu'en sous-traitant pour les bateaux de pêche européens. Du coup ils n'alimentent plus le marché local du poisson, dont les prix flambent.

C'est un « cauchemar de Darwin » à l'échelle des océans et de la planète.

Au-delà de la catastrophe sociale pour les pêcheurs locaux, la surpêche risque de provoquer une catastrophe écologique majeure avec la disparition complète des principales espèces de poissons. C'est une hypothèse que n'excluait pas, à l'échéance du milieu de ce siècle, une équipe de scientifiques dans un article de la revue américaine Sciences de novembre dernier.

 

Une concurrence aveugle encouragée par les gouvernements nationaux

 

C'est la concurrence effrénée entre quelques grands groupes contrôlant la filière du poisson qui explique cette fuite en avant. En quelques décennies, à grand renfort de publicité, d'innovations dans la présentation et la conservation, ils ont généralisé le marché du poisson - ou de ses fades dérivés comme le surimi - que l'on trouve aujourd'hui quotidiennement dans le moindre supermarché à des centaines de kilomètres des rivages.

C'est certes un progrès pour les consommateurs. Mais, réalisée sans gestion collective et rationnelle des stocks de poissons, dans le cadre de la concurrence entre quelques gros producteurs et entre États nationaux rivaux, l'extension de ce marché représente d'abord une menace grave pour les réserves halieutiques de la planète.

Non seulement les gouvernements des grands États ne font rien de sérieux pour enrayer cette prédation mais leur politique la renforce. Les représentants français aux commissions internationales sur la pêche au thon s'opposent, par exemple, à toute limitation sérieuse des prélèvements qui permettrait le renouvellement des stocks. Il faut dire que les prises françaises de thons - qui représentent 20 % du total - sont deux fois plus importantes que les quotas autorisés.

Le gouvernement invoque la sauvegarde de l'emploi. Mais les petits pêcheurs sont les premières victimes de la raréfaction du poisson. Il en est de la pêche ce qu'il en fut pour l'agriculture dans les années 1960 et 1970 : les petits pêcheurs disparaissent mais les gouvernements utilisent leur détresse pour subventionner massivement les gros armateurs. Des centaines de millions d'euros ont été versés par l'Union européenne aux groupes propriétaires de bateaux ou d'usines de transformation au prétexte de réduire la flotte totale et le nombre de bateaux.

Mais si cette politique a fait disparaître des dizaines de milliers d'emplois directs ou indirects dans le secteur de la pêche, elle n'a pas réduit les capacités de prélèvement sur les réserves de poissons, bien au contraire.

Cela illustre un autre aspect des problèmes environnementaux : ils ne peuvent pas être résolus dans le cadre étroit du morcellement en territoires nationaux ni même dans celui du regroupement européen. Chaque gouvernement est trop lié à ses industriels pour s'en prendre sérieusement à leurs intérêts immédiats, même si ceux-ci menacent la planète.

 

La forêt tropicale menacée...

 

Une autre grande menace sur la biodiversité est la destruction accélérée des forêts tropicales qui abritent presque la moitié des espèces vivantes et dont certaines constituent un précieux réservoir pour de futures recherches médicales ou agronomiques.

La destruction des forêts, comme la surpêche, a des causes avant tout sociales.

Elle est d'abord due à la misère de toute une partie de l'humanité. Un être humain sur cinq, privé d'électricité ou d'accès à du gaz pour cuire ses aliments, se chauffer et s'éclairer, est contraint de récupérer du combustible ou doit fabriquer du charbon de bois pour la cuisson quotidienne des aliments. C'est aussi le sous-développement qui maintient le système de la culture sur brûlis dans les pays les plus pauvres de la planète, brûlis responsables de l'essentiel de la déforestation en Afrique.

La déforestation est aussi provoquée par l'exploitation des bois exotiques : pour un arbre convoité, des dizaines d'autres sont abattus et brûlés. Elle est due encore à la conversion de la forêt en terres agricoles souvent pour l'exportation. Au Brésil, la forêt est détruite pour laisser la place à des éleveurs de bovins puis à de très gros planteurs de soja. En Indonésie, ce sont des plantations de palmiers à huile ou d'hévéas qui poussent sur les terres déboisées. Et cette huile de palme est largement destinée à l'exportation dans le monde entier.

Voilà comment se font, concrètement, dans les mers ou sur les terres, les atteintes à la biodiversité. Ce sont l'anarchie de la production, l'irresponsabilité générale des capitalistes, la course au profit, la complicité des gouvernements et le morcellement national qui provoquent la disparition accélérée des espèces. C'est cette irresponsabilité qui provoque la pollution de la planète, la destruction des ressources naturelles, sous toutes les latitudes, dans les sols comme dans les mers.

L'augmentation spectaculaire des capacités de production depuis que le système capitaliste s'est généralisé à toute la planète, n'a été utilisée que pour drainer, par tous les moyens, toujours plus de profits et de richesses vers un nombre réduit d'industriels et de financiers, sans se soucier ni des hommes ni de la nature. Et c'est cela le problème.

 

Le réchauffement climatique

 

Avec la question du réchauffement climatique, on peut dire que la prédation du capitalisme sur la planète a fini par atteindre toute l'atmosphère.

Presque toutes les catastrophes naturelles survenues ces dernières années sont présentées comme le résultat du réchauffement climatique. Et elles ne seraient qu'un avant-goût de catastrophes apocalyptiques : fonte des banquises polaires, augmentation du niveau des mers qui transformera en « réfugiés climatiques » des dizaines de millions d'hommes et de femmes, désertification de régions entières de la planète les rendant impropres à l'agriculture, etc.

Il y a aujourd'hui une véritable campagne mondiale qui prône des politiques plus ou moins douloureuses pour faire face à ce réchauffement. Si Georges Bush résiste encore à cette unanimité, Al Gore, ancien candidat à l'élection présidentielle américaine, multiplie les conférences alarmistes. Tony Blair, lui, commande des rapports et propose des lois.

Une telle unanimité parmi des gens habitués à dramatiser tous les événements pour promettre « du sang et des larmes » à la population aurait de quoi rendre sceptique le plus écologiste des révolutionnaires sur la réalité de ce réchauffement.

 

La réalité scientifique du réchauffement climatique

 

Nous n'allons évidemment pas trancher les débats qui se poursuivent entre scientifiques sur l'ampleur, les causes, les mécanismes et les conséquences possibles de ce réchauffement.

Disons tout de même qu'au cours des dernières années, un consensus semble s'être dégagé dans la communauté scientifique mondiale sur plusieurs constats relatifs au changement climatique en cours, sur les grandes lignes de ses causes et sur quelques-unes de ses conséquences probables.

Depuis les années 1970, où les premières annonces d'un réchauffement climatique mondial avaient laissé sceptiques beaucoup de scientifiques car il n'y avait aucun recul sur les mesures, la compréhension des mécanismes influant sur le climat a progressé et surtout les mesures se sont multipliées.

En juin 2004, une équipe scientifique publiait dans la revue Nature le décryptage d'une carotte de glace prélevée en Antarctique qui donnait un enregistrement précis du climat terrestre des 740 000 dernières années.

Ces carottes de glace confirmaient que le climat terrestre avait constamment changé au cours de ces 700 millénaires, faisant alterner des périodes glaciaires et interglaciaires. Elles confirmaient aussi qu'il y a une corrélation précise entre la température moyenne dans l'atmosphère et le taux de gaz carbonique. C'est l'effet de serre : le gaz carbonique mais aussi le méthane et d'autres gaz présents dans l'atmosphère maintiennent une partie de l'énergie rayonnée par le soleil à proximité de la Terre.

Les carottes confirmaient enfin que les taux de gaz carbonique mesurés ces dernières années sont largement supérieurs aux maxima jamais enregistrés depuis 700 000 ans. La température moyenne au sol a déjà augmenté de 0,6° C au cours du 20e siècle et augmentera inévitablement dans les décennies à venir.

L'analyse de ces carottes de glace ainsi que d'autres mesures ont permis d'estimer approximativement la quantité de gaz à effet de serre additionnelle rejetée par les activités humaines au cours du temps à travers principalement l'industrie, l'agriculture et les transports. On a pu vérifier que ces rejets étaient significatifs.

Les observations multiples de l'état des banquises et des glaciers, les mesures sur le niveau des mers confirment le réchauffement actuel. Il est donc établi qu'il y a une phase de réchauffement dont l'activité humaine est responsable depuis la révolution industrielle même si les effets ne sont précisément mesurables que depuis le milieu du 20e siècle.

Au-delà de ce consensus, il demeure un très grand nombre d'inconnues sur ce réchauffement.

Quelles seront les répercussions sur la pluviométrie ou la sécheresse dans chaque région du globe ? Dans quelles proportions et à quel rythme les banquises polaires et les glaciers vont-ils fondre ? Comment réagiront les océans à l'apport d'eau douce, à l'augmentation de la température moyenne et avec quelle inertie ? Comment seront modifiés les courants océaniques, comme le fameux Gulf Stream qui vient tempérer l'Europe du Nord, si certaines banquises fondent, amenant de l'eau douce dans les mers ? Dans quelle proportion les océans sont-ils capables d'absorber le gaz carbonique supplémentaire ?

On ne le sait pas réellement.

 

Des conséquences dramatiques d'abord pour les plus pauvres

 

Malgré ces nombreuses incertitudes scientifiques et même si la Terre a connu au cours de son histoire bien des variations climatiques, parfois très importantes, le réchauffement climatique actuel peut représenter une menace sérieuse pour l'humanité.

En premier lieu parce que l'irresponsabilité générale de toute l'organisation économique et sociale actuelle ne peut pas permettre à l'humanité d'y faire face consciemment et sans drame.

Nous sommes aujourd'hui plus de six milliards d'êtres humains contre quelques millions dans la préhistoire et l'antiquité. Une grande majorité de l'humanité vit à proximité immédiate des mers et des océans.

En soi, une certaine montée du niveau des eaux pourrait sans doute être gérée par l'humanité. Mais nous vivons dans une société où les plus pauvres et les plus fragiles sont livrés à eux-mêmes, souvent condamnés à vivre dans les zones les plus dangereuses, comme les deltas des grands fleuves, ou les plus ingrates, dans des zones où les structures collectives et les moyens publics d'intervention sont largement insuffisants.

Le comportement des autorités du Mississipi et des États-Unis, pourtant l'État le plus riche et le plus puissant de la planète, l'a largement illustré lors du cyclone Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orléans en 2005.

Un pays comme le Bangladesh, l'un des plus pauvres de la planète, est déjà régulièrement dévasté par des inondations qui, si elles ont des causes naturelles, n'en sont pas moins aggravées par le sous-développement, par la fragilité des habitations, par la déforestation massive des pentes en amont des fleuves qui baignent ce pays...

Si 16 % du Bangladesh devaient être submergés à la suite d'une montée des eaux de un mètre, ce sera en effet l'apocalypse pour les pauvres, comme l'écrivent certains journalistes qui font peur à leurs lecteurs en parlant de « réfugiés climatiques ».

Si le réchauffement climatique devait provoquer la désertification de certaines régions, la multiplication des pluies torrentielles dans d'autres zones, ce sont là encore les habitants des régions les plus pauvres qui paieront le prix le plus fort.

Cela, les analystes de la bourgeoisie le savent parfaitement. Ils l'invoquent d'ailleurs pour justifier les mesures qu'ils préconisent.

Mais si les dirigeants politiques des pays impérialistes et leurs divers experts s'agitent aujourd'hui autour du réchauffement climatique, ce n'est pas par philanthropie ni parce qu'ils sont brutalement devenus soucieux de l'avenir des pays pauvres ou de celui de l'humanité.

 

20 ans de grand-messes internationales...

 

Constatons déjà que, malgré leurs discours alarmistes, les autorités politiques des grands pays industrialisés ne se sont pas pressées pour prendre des mesures sérieuses en vue d'enrayer l'émission des gaz à effet de serre. Il y a déjà 25 ans que la question de la pollution atmosphérique, du climat et de son réchauffement sert de prétexte à des grand-messes internationales.

Pour quel résultat ?

Le premier résultat un peu tangible de ces conférences n'a pas porté sur le réchauffement climatique lui-même mais sur la préservation de la couche d'ozone qui protège les organismes vivants depuis quelques milliards d'années des rayonnements ultra-violets du soleil. Sur un laps de temps assez court, entre 1985 et 1987, a été ratifié le protocole de Montréal, destiné à interdire la production des CFC (chlorofluorocarbones) utilisés dans les aérosols, les réfrigérateurs ou pour nettoyer les pièces électroniques et considérés comme responsables de la destruction de la couche d'ozone.

Mais cette décision n'a été rapide que parce que cela concernait un nombre restreint de trusts fabriquant ces CFC. Et surtout, parce que ces trusts avaient déjà mis au point des produits de remplacement et qu'ils étaient prêts à les vendre à toute la planète.

Le processus chimique étant très lent, on ne peut pas savoir si le « trou » dans la couche d'ozone au-dessus du pôle sud va se combler et si la campagne de l'époque avait d'autres motivations que les intérêts des trusts de la chimie.

Un autre résultat concret fut la mise en place en 1988 du Groupement Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat dont l'objectif est de confronter toutes les données scientifiques ou économiques disponibles sur le climat. Mais si ce groupement de scientifiques a le mérite de produire des rapports sur l'évolution du climat et ses conséquences en termes écologiques, agricoles et économiques selon les choix qui seront faits dans les années à venir, il n'a que le pouvoir de faire des recommandations et de sonner l'alarme. Sa principale recommandation est qu'il faudrait diviser les émissions de gaz à effet de serre par deux ou par trois par rapport aux quantités émises en 1990 pour espérer stabiliser la température à un niveau acceptable d'ici la fin du 21e siècle.

 

... pour accoucher du protocole de Kyoto

 

En 1997, les représentants de 38 pays se mirent enfin d'accord sur un chiffrage de la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Ils prévoyaient une réduction de 5,2 % en moyenne d'ici à 2012 par rapport à leurs émissions de 1990.

C'était le fameux protocole de Kyoto. Mais il fallut attendre décembre 2004, et bien d'autres sommets, pour qu'un texte juridique imposant la diminution de 5,2 % pour la période 2005-2012 soit ratifié.

Entre temps, il y eut de longues batailles entre les différents États pour mettre au point les modalités et les mécanismes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Derrière ces tractations laborieuses, il y avait bien sûr les intérêts et les rapports de force entre les grandes firmes de chaque pays. En matière d'environnement comme en matière de commerce international, les grand-messes sous l'égide de l'ONU ne sont que des arènes dans lesquelles s'affrontent les puissances impérialistes.

Au bout du compte, ce protocole ne fut ratifié ni par les États-Unis ni par l'Australie qui représentent pourtant à eux deux le tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Très concrètement, le protocole de Kyoto ne prévoit rien d'autre que la distribution, par chaque État adhérent, de quotas d'émissions de gaz carbonique à ses différents secteurs industriels.

En Europe, ce sont des droits d'émettre 2,2 milliards de tonnes de gaz carbonique qui ont été répartis entre 11 400 sites industriels différents dans 25 pays. Un nombre réduit de grandes entreprises contrôle ces sites puisque 95 % du total des quotas sont partagés entre seulement 30 % des entreprises.

Les industriels ne prennent pas de gros risques puisque le montant de l'amende prévue en cas de dépassement a été fixé à 40 euros la tonne en 2007 et ne devrait pas dépasser 100 euros en 2012, si même des pénalités sont réellement appliquées.

Le protocole de Kyoto, rejeton de l'économie capitaliste, prévoit quand même la possibilité pour les industriels de se vendre entre eux leurs quotas de gaz carbonique.

Dès la mise en oeuvre du protocole, plusieurs bourses du carbone - des bourses de commerce comme il y en a pour le pétrole - voyaient le jour pour mettre en relation les industriels qui cherchent des droits d'émission avec ceux qui en ont trop. Ces bourses restent anecdotiques. Le prix de la tonne de carbone est aujourd'hui complètement virtuel et ne dépend finalement que de la générosité des États dans l'attribution des quotas nationaux.

Créé sous l'égide des grands pays industrialisés, le protocole de Kyoto prévoit enfin un mécanisme, pompeusement baptisé « Mécanisme de Développement Propre », qui permet aux industriels occidentaux de récupérer des permis de polluer dans les pays sous-développés s'ils créent, à bon compte, des installations dites « propres » dans ces pays.

 

Un protocole qui n'impose rien aux grands trusts

 

Beaucoup d'encre coule aujourd'hui, dans la presse comme dans les discours officiels, à propos du protocole de Kyoto, des quotas de pollution et des marchés du carbone. Ce protocole a été salué par tous les commentateurs, y compris l'immense majorité des écologistes, comme un premier pas dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique.

Mais aucun des mécanismes imaginés à Kyoto n'impose la moindre contrainte aux grands trusts des secteurs énergétiques ni à la grande industrie, la chimie lourde, la sidérurgie, les cimenteries, la production du papier, du verre, tous les secteurs qui à eux tous, émettent quasiment la moitié des gaz à effet de serre mondiaux.

Pour que le processus de Kyoto finisse par aboutir à une baisse des émissions de gaz carbonique, il faudrait que les quotas distribués par les gouvernements soient en diminution drastique avec le temps, qu'il y ait des organismes de contrôle avec la volonté de vérifier la réalité des investissements « propres » et des émissions de chaque usine...

Mais pourquoi y aurait-il plus de volonté de contrôle en matière de gaz carbonique qu'en matière de déchets toxiques ? Pourquoi y aurait-il plus de transparence dans ce domaine qu'en matière de sécurité au travail ou de contrôle des comptes des entreprises ?

Comme dans le cas de la pêche, chaque gouvernement défend ses propres capitalistes quitte à s'asseoir sur ses engagements. Il est significatif que le gouvernement français ait proposé récemment, pour la période 2008-2012, des quotas supérieurs aux émissions de l'année 2005.

 

Un sous-investissement général

 

Ce qui caractérise toute l'économie depuis plus de trois décennies, c'est la très grande faiblesse des investissements productifs et le vieillissement de l'appareil industriel, en particulier dans la chimie ou le pétrole. Mise à part la fabrication de produits récemment inventés et commercialisés, les industriels usent jusqu'à la corde leurs installations.

Cette vétusté des installations industrielles est d'ailleurs l'un des facteurs de pollution majeurs, à tel point que si la pollution devait diminuer dans les toutes prochaines années, ce serait bien plus à cause d'une baisse de la production totale que grâce à de véritables améliorations techniques.

C'est particulièrement vrai dans le secteur pétrolier. Aux États-Unis, la dernière raffinerie a été construite il y a 29 ans. Certaines ont plus de 70 ans comme celle, propriété de BP, qui a explosé au Texas en 2005 et qui n'était quasiment plus entretenue. Les ministres des Finances des vingt pays les plus riches chiffraient récemment ce sous-investissement à plus de 2 500 milliards de dollars et constataient que « l'actuelle insuffisance des investissements dans les infrastructures pétrolières pourrait conduire à une limitation des approvisionnements dans les prochaines années ».

Thierry Desmarest, PDG de Total, déclarait en novembre dernier : « Il faut donc commencer dès maintenant à calmer la demande. Si elle progresse de 2 % par an, on risque d'atteindre le fameux « peak-oil » d'ici 2020. Si elle est de l'ordre de 1 %, on a un délai supplémentaire de dix ans. Ce délai est important pour préparer la transition et développer des énergies de substitution à l'échelle industrielle. »

Au-delà de la question des réserves pétrolières - dont on nous annonce la fin imminente depuis plus de trente ans mais dont l'état réel n'est connu sérieusement que des géologues des grandes compagnies pétrolières -, Desmarest dit clairement qu'il veut faire payer par avance aux consommateurs les sommes nécessaires aux futurs investissements en réduisant volontairement l'offre de pétrole et en faisant monter les prix.

Les trusts pétroliers finiront par construire de nouvelles raffineries, lorsque les anciennes seront trop usées pour produire quoi que ce soit - du moins tant que le pétrole ne sera pas remplacé par d'autres sources d'énergie... À ce moment-là, leurs nouvelles installations intégreront des normes plus sévères en matière de pollutions et d'émissions de gaz carbonique. Mais ils ne le feront que lorsqu'ils auront engrangé, par avance, les capitaux nécessaires à cela. Les consommateurs et la collectivité paieront ainsi deux fois : une première fois avec leur porte-monnaie et une seconde fois à cause du retard peut-être dramatique, pris dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Au-delà même du sous-investissement général dans le secteur pétrolier, une réduction massive des gaz à effet de serre exigerait le développement de technologies n'émettant pas de gaz carbonique.

Le pétrole, le charbon et le gaz naturel, principaux émetteurs de gaz carbonique, représentent actuellement plus de 85 % de toutes les sources mondiales d'énergie et cette proportion ne diminue que très lentement.

L'énergie nucléaire, qui n'émet quasiment pas de gaz à effet de serre - mais qui pose aujourd'hui le problème bien réel du traitement et du stockage des déchets radioactifs -, ne représente que 7 % de l'énergie mondiale. La plupart des énergies dites renouvelables restent aujourd'hui très secondaires, voire anecdotiques.

Les grandes compagnies ne négligent pas ces « énergies renouvelables » mais elles ne sont aujourd'hui absolument pas rentables du point de vue du marché capitaliste. C'est pour cela que Thierry Desmarest veut « un délai pour préparer la transition et développer des énergies de substitution à l'échelle industrielle ».

Mais qui doit payer la recherche et le développement ? La collectivité bien sûr !

Vingt-cinq grandes compagnies se partagent le marché mondial de la distribution de l'énergie, du pétrole à l'électricité en passant par le gaz. Ces trusts du secteur énergétique font des profits qui battent des records chaque année. Mais ils demanderont aux gouvernements de financer à leur place la recherche et le développement dans les futures énergies.

 

La démarche des grands groupes : faire financer les futurs investissements par la collectivité et les consommateurs

 

Tous les rapports qui dénoncent, même sincèrement, le danger du réchauffement climatique vont dans ce sens et défendent au bout du compte les intérêts de ces trusts.

C'est le cas par exemple de celui publié en novembre par Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, sur la demande de Tony Blair. Stern s'adresse à sa classe sociale, non seulement aux dirigeants politiques des États mais aussi directement aux industriels.

Il cherche à les convaincre d'investir dans des technologies « propres » en leur parlant un langage d'économiste. Il écrit : « Les investissements qui auront lieu dans les 10-20 prochaines années auront un profond effet sur le climat dans la seconde moitié du 21e siècle. Nos actions dans les prochaines décennies pourraient créer le risque d'un bouleversement des activités économiques et sociales comparable à ceux des guerres mondiales ou de la grande dépression des années trente ».

Il ajoute également, en visant leur porte-feuille : « Les marchés pour produire une énergie à faible émission en carbone ne représenteront sans doute pas moins de 500 milliards de dollars par an d'ici 2050 et peut-être bien plus ».

Mais n'espérant sans doute pas sérieusement convaincre les industriels d'investir avant qu'ils ne l'aient décidé, la seule mesure sérieuse que préconise Stern, le conseiller de Blair, c'est finalement que les États financent les investissements que les capitalistes rechignent à faire et l'essentiel des frais de recherche.

Les gouvernements n'ont pas attendu ces rapports pour déverser l'argent des contribuables. C'est ainsi que les branches Total Énergie, Shell solaire ou encore Tiru, filiale commune de Suez et de Vivendi, se sont vu octroyer de fortes subventions du parlement européen.

Il en est de même dans l'industrie automobile où moins de dix grands groupes se partagent le marché mondial. Après avoir pollué l'atmosphère avec le plomb et d'autres additifs dans l'essence, après avoir imposé à toute la planète le tout-routier et sa pollution atmosphérique majeure, ces grands groupes profitent maintenant des subventions des États pour financer la recherche sur des moteurs électriques ou hybrides ou pour améliorer la qualité des carburants et les rendre moins polluants.

 

Faire accepter l'augmentation des prix à l'opinion publique

 

Une autre idée majeure des campagnes actuelles, c'est qu'il faut que le prix de l'énergie augmente pour prendre en compte ses effets sur le climat.

Stern écrit dans son rapport : « Ceux qui produisent des gaz à effet de serre provoquent des changements climatiques, de ce fait ils imposent des coûts au monde et aux générations futures, mais ils ne font pas face eux-mêmes à toutes les conséquences de leurs actes ».

Nous ne pouvons pas dire mieux !

Que les grandes entreprises industrielles principales polluantes soient taxées serait bien le minimum. Mais Stern en tire comme conclusion qu'il faut augmenter de façon drastique le prix du gaz carbonique pour inciter « les particuliers comme les entrepreneurs » à choisir des équipements à faibles émissions en gaz à effet de serre. Il propose également d'instaurer des taxes, payables par tous, sur toutes les émissions de gaz carbonique.

Mais en quoi les consommateurs sont-ils responsables des choix des trusts du pétrole ? Quel contrôle ont-ils sur ces choix ? On sanctionne les victimes mais pas ceux qui décident.

Suite à la libéralisation du marché de l'électricité pour les industriels, les prix ont flambé pour diverses raisons : la hausse du prix du pétrole, la limitation de la production, la spéculation, mais aussi le prétexte de l'instauration des quotas de gaz carbonique par l'Union européenne. Pour résister à cette hausse, les industries les plus consommatrices d'électricité se regroupent.

Mais le consommateur individuel n'a pas cette possibilité et il paiera intégralement ces taxes non seulement sur le prix de l'électricité mais sur tous les produits manufacturés. C'est encore le consommateur - et pas les richissimes fabricants d'ordinateurs ou de matériels électroménagers - qui paiera l'éco-taxe que vient d'instaurer le gouvernement Villepin pour financer le recyclage de ces appareils.

Après les grandes campagnes pour justifier l'augmentation du prix du pétrole dans les années 1970, les campagnes actuelles servent largement à faire admettre aux usagers qu'ils devront payer de plus en plus cher leur accès à toutes les énergies.

 

Des augmentations qui frappent les plus pauvres

 

L'augmentation permanente du prix de l'énergie est un véritable drame pour les plus pauvres. C'est un drame pour les ménages populaires des pays riches qui doivent consacrer une partie de plus en plus grande de leur budget à leur chauffage ou à leurs déplacements.

C'est un drame encore plus grand dans les pays sous-développés. À chaque augmentation du prix du pétrole, il y a une explosion des prix des transports en Afrique, transports qui deviennent inaccessibles à une nouvelle fraction de la population.

Selon les calculs de l'Agence Internationale de l'Énergie, le surcoût de la facture pétrolière pour les pays pauvres lors de la dernière flambée des prix du pétrole a été dix fois plus important que l'allègement de la dette de ces mêmes pays décidé au sommet du G8 de Gleneagles en 2005.

Les augmentations de prix diminueront peut-être la consommation totale d'énergie mais elles aggraveront surtout les conditions de vie des plus pauvres de la population mondiale.

Quant à la bourgeoisie, la grande, les actionnaires des trusts, mais aussi toute une fraction de la moyenne bourgeoisie, elles ne changeront ni leur train de vie, ni leur consommation d'énergie.

Ceux qui ont les moyens de se payer aujourd'hui des jets privés pour leurs déplacements ne seront pas mis sur la paille s'ils doivent, demain, payer le kérosène deux ou dix fois plus cher.

L'hypocrisie de certains écologistes n'a, à cet égard, pas de limite. Certains ont créé des associations leur permettant de racheter leur pollution individuelle en gaz carbonique. Ils ont déterminé, de façon passablement ridicule, la quantité d'émission de carbone que chaque habitant de la planète aurait le droit d'émettre, chaque année, pour être écologiquement responsable. Ceux qui dépassent leur quota individuel peuvent faire un don pour financer une entreprise écologique.

C'est la version écologiste des indulgences de l'Église catholique ! Cela coûte certes un peu plus cher que trois Pater et deux Ave mais ils peuvent maintenir leur train de vie avec la conscience tranquille. C'est ainsi que le photographe Yann Arthus-Bertrand déclarait qu'il aurait renoncé à tous ses vols en avion pour photographier la Terre vue du ciel, s'il n'avait pas pu racheter ses émissions de gaz carbonique.

Et il ne s'agit pas seulement d'un délire de quelques « bobos ». Le parlement britannique a très sérieusement étudié une proposition de loi d'un député travailliste visant à attribuer à chacun un quota annuel de permis de polluer négociables ensuite entre particuliers. Cette loi n'est pas passée mais elle a tout de même été approuvée par le ministre de l'Environnement du gouvernement Blair.

Cette idéologie qui prône l'augmentation du prix de l'énergie pour en réduire la consommation est une idéologie de riches. Elle impliquera automatiquement une aggravation des inégalités sociales et une dégradation de l'accès à l'énergie pour les plus pauvres tandis que les riches maintiendront leur train de vie.

 

Faire de l'or avec les ordures

 

Quant aux masses financières dégagées par ces augmentations de prix, elles seront transférées vers les actionnaires des Total, Suez, E.ON et autres trusts qui dominent le secteur de l'énergie. Ce sont encore ces mêmes trusts, et quelques autres, qui profiteront des diverses taxes sur la pollution payées par les consommateurs.

C'est ainsi que quelques capitalistes ont trouvé un filon pour transmuter les ordures en or.

Après s'être enrichis en rackettant les communes et les usagers dans la gestion de l'eau potable, la Générale et la Lyonnaise des eaux ont étendu leurs affaires à la gestion des déchets ménagers. Sous le nom de Véolia environnement, de Suez environnement, ou sous celui de leurs nombreuses filiales, Onyx, SITA et autres, elles gèrent des usines d'incinération et des déchetteries, en France, mais aussi dans des grandes villes du monde entier.

Ces nouveaux spécialistes des ordures recyclent tout, même l'écologie.

Au nom de la défense de l'environnement et profitant des lois établies pour réglementer le recyclage des déchets, ils ont trouvé à nouveau le soutien des pouvoirs publics.

Une loi votée en 1992, sous l'égide de l'écologiste Brice Lalonde, visait à interdire les décharges d'ordures ménagères en plein air. Cette loi n'était pas trop contraignante puisque quinze ans plus tard l'immense décharge de Marseille Entressen accueille encore aujourd'hui plus de 1 200 tonnes d'ordures par jour. Pour financer le tri et la construction d'usines d'incinération, cette loi instaurait une taxe sur les ordures ménagères. Cette taxe payée par la population ne cesse d'augmenter. Elle est devenue le quatrième impôt local. Dans l'immense majorité des communes de ce pays, c'est une filiale de Suez ou de Véolia qui récupère directement cette taxe.

Au moins, sert-elle à recycler proprement les déchets ménagers que nous produisons tous ?

Même pas ! À Gilly-sur-Isère en Savoie, il a fallu l'action collective des riverains pour obtenir l'arrêt, en octobre 2001, d'une usine d'incinération exploitée par une filiale de Suez. Elle émettait... de la dioxine dans un rayon de dix kilomètres.

Le retraitement des déchets industriels, quand ils ne sont pas simplement abandonnés, est aussi devenu un secteur rentable. L'affaire des déchets d'Abidjan a fait connaître le groupe Séché Environnement, choisi pour évacuer et retraiter les produits toxiques abandonnés.

La ministre de l'Environnement, Nelly Olin, a félicité le patron de cette société pour « la première opération humanitaire écologiste ». Il faut croire que l'humanitaire rapporte puisque les profits du groupe Séché ont progressé de 40 % au premier semestre 2006.

C'est avec l'aide directe de l'État que Séché s'est développée, rachetant en 2001 le groupe Alcor, une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, organisme public, puis la société TREDI dont les installations ont été très largement subventionnées par l'État. Ces mêmes installations sont d'ailleurs régulièrement responsables de la contamination du poisson dans les eaux du Rhône.

 

« Chacun peut faire un petit geste » ou comment exonérer les responsabilités du capitalisme

 

Un autre leitmotiv des campagnes sur les menaces du réchauffement climatique ou sur les menaces de pénurie des ressources, c'est que l'avenir de la planète est entre les mains de chacun d'entre nous. « Un petit geste quand nous sommes 60 millions à le faire, ça compte »... dit la publicité.

S'il est vrai que toute l'humanité est directement concernée par l'avenir écologique de la planète et que la population devrait être informée et en mesure de prendre les décisions qui engagent son avenir, ces campagnes qui renvoient dos à dos les particuliers et les industriels ou les actionnaires, reviennent à exonérer les responsabilités des capitalistes.

Les consommateurs n'ont aujourd'hui aucune prise sur les choix et les orientations de la production industrielle, entièrement entre les mains de propriétaires privés. Ils sont entièrement dépendants de ceux qui leur fournissent l'énergie, des prix qui leur sont imposés, des technologies qu'ils trouvent sur le marché.

La population n'a pas plus de choix en matière de déplacements et de transport. C'est pourtant le secteur dans lequel les particuliers sont le plus accusés d'individualisme en refusant d'abandonner leur voiture particulière.

Dans l'Union européenne, le transport par route représente 85 % des déplacements de voyageurs. Mais l'immense majorité des « voyageurs » sont en réalité des travailleurs qui n'ont d'autres choix que de prendre leur voiture pour se rendre quotidiennement à leur travail parce que le réseau des transports publics est insuffisant, inexistant dans certaines localités ou à certaines heures, de surcroît de mauvaise qualité dans bien des endroits. Combien d'usagers doivent prendre un bus puis un train puis un métro ou encore un autre bus pour se rendre à leur travail et en revenir, y compris après une journée de travail harassante.

En France, à force de fermetures de lignes, le réseau SNCF voyageurs est aujourd'hui revenu à sa longueur des années 1890.

Demander aux particuliers de ne pas prendre leur voiture les jours de fortes pollutions sans rendre gratuits les transports collectifs, ne serait-ce que ces jours-là, sans construire et entretenir des réseaux collectifs pratiques, fréquents et confortables, est une imposture...

Comme c'est une imposture de leur demander de faire leurs courses à pied, près de leur domicile, quand les géants de la distribution ont concentré en périphérie de la plupart des villes, les magasins les mieux achalandés et ceux dont les prix sont les plus abordables.

Rappelons enfin que les premiers à utiliser massivement le transport routier sont les entreprises qui se font livrer à leurs portes leurs fournitures par des norias de poids lourds.

Toute cette organisation des transports, le gâchis humain, énergétique et écologique qu'elle entraîne n'est évidemment pas de la responsabilité individuelle des particuliers.

Tous ceux qui répètent que chaque consommateur tient l'avenir de la planète entre ses mains, que chacun peut faire un geste pour l'avenir de la planète, mentent. Ils ne font que dédouaner ceux qui s'enrichissent avec cette organisation économique et qui sont les seuls à la diriger.

 

Écologie et communisme

 

Alors oui, l'état écologique de la planète est alarmant. Oui, les ressources énergétiques, les réserves d'eau potable sont menacées. Oui, il y a des menaces graves sur la biodiversité. Oui, les rejets incontrôlés de gaz à effet de serre pourraient provoquer une catastrophe climatique majeure.

Le mouvement ouvrier est concerné par ces questions parce que ce sont en premier lieu les travailleurs, dans les pays industrialisés comme dans les pays sous-développés, qui trinquent dans leur santé. C'est la population pauvre partout dans le monde qui subit les pollutions les plus graves.

Et c'est aux mêmes que la bourgeoisie fait payer une seconde fois cette pollution, en imposant la hausse des taxes et du prix de l'énergie.

Mais pour limiter la pollution de la planète et les prélèvements excessifs sur l'environnement, il faudrait dresser un bilan des ressources énergétiques existantes. Il faudrait ajuster la production à la satisfaction réelle des besoins sans produire en aveugle et en excès pour le marché solvable mais en produisant par contre tout ce qui est indispensable pour tous. Cela suppose de recenser en permanence les besoins réels de la population. Cela suppose de rationaliser la production des biens industriels ou alimentaires en unifiant tous les moyens de planification déjà existants à l'échelle des trusts.

Tout le contraire de ce qui se fait dans le mode de production actuel.

 

Des écologistes qui ne combattent pas le capitalisme...

 

Et c'est là ce qui nous distingue fondamentalement de tous les mouvements écologistes.

Nous sommes solidaires de certains combats menés par des associations écologistes quand elles luttent pour la fermeture d'une déchetterie empoisonneuse, pour la mise aux normes, voire la fermeture d'une usine dangereuse, pour l'arrêt de l'exportation des déchets toxiques vers les pays du Tiers-Monde. Nous reprenons bien des dénonciations des écologistes qui s'inquiètent des conséquences pour la santé ou l'environnement de telle ou telle décision ou quand ils tirent la sonnette d'alarme à propos des conséquences du réchauffement climatique.

Mais sur le terrain politique nous n'avons rien de commun avec le courant écologiste.

À vrai dire on ne peut pas parler du courant écologiste. Le courant écologiste est une nébuleuse éclectique, qui n'a pas un programme homogène et qui n'a parfois pas de programme du tout.

Il existe cependant un point commun entre tous les écologistes : toutes les solutions qu'ils préconisent oscillent entre l'impuissance et le renforcement inéluctable des inégalités sociales.

Leurs solutions sont impuissantes quand, pour mettre un terme à la pollution qui ravage toute la planète, les mouvements écologistes se tournent vers les gouvernements en leur réclamant des lois et des règlements. Toutes les lois votées au cours du temps, le plus souvent après des années de mobilisations et des catastrophes répétées, n'ont qu'un effet limité quand elles sont appliquées.

Il existe par exemple une convention internationale depuis 1992, dite « convention de Bâle », censée interdire l'exportation vers les pays du Tiers Monde des déchets dangereux. On a vu que cette convention de Bâle n'a pas plus arrêté le trafic des déchets que les diverses conventions de Genève n'ont rendu les guerres propres.

Cela montre la portée de ces lois et l'hypocrisie des gouvernements qui les promulguent. Mais ceux qui pensent pouvoir ainsi protéger la planète sont bien naïfs.

Se contenter de réclamer une « politique d'éducation et de sensibilisation à l'écologie et au développement durable », comme l'a fait Nicolas Hulot dans son très médiatique « Pacte écologique », croire que cela permettrait de supprimer les gaspillages d'eau ou d'énergie et de réduire sensiblement la pollution, pourrait être seulement naïf.

Mais cela n'est plus de la naïveté quand il écrit : « Si chaque individu exploite un bien commun sans en payer le prix, il aura souvent tendance à le faire au maximum (...) C'est ce qui s'est produit dans les champs communaux en Angleterre et c'est ce qui arrive aujourd'hui aux stocks de poisson des océans qui, n'appartenant à personne, sont surexploités par tous ».

Nicolas Hulot, pourtant très entouré, ignore peut-être que l'expulsion systématique des petits paysans anglais des terres communales, dans l'Angleterre des 16e et 17e siècles, pour les clôturer et y faire paître des moutons, a été l'un des premiers drames sociaux majeurs provoqués par la bourgeoisie naissante. Mais il ne peut pas ignorer que les petits pêcheurs sénégalais ou bretons d'aujourd'hui n'ont pas la même responsabilité que les gros armateurs européens ou japonais dans la surpêche qui ravage les océans.

Se taire sur les causes des dégâts provoqués par un système économique basé sur le profit, se taire sur les responsabilités de quelques groupes industriels c'est - au mieux - se condamner à rester des spectateurs passifs de crimes contre l'avenir de l'humanité.

Mais quand des écologistes font leur le programme qui consiste à augmenter massivement les prix et à faire payer des taxes « écologistes », ils deviennent des complices des groupes industriels qui profitent de ces taxes et de ces augmentations.

Ce programme est pourtant repris par de nombreux écologistes, depuis René Dumont déjà en 1974 jusqu'à Nicolas Hulot ces derniers mois. C'est même l'une des idées maîtresses de son « Pacte écologique », qui propose de faire payer le carburant plus cher et de rétablir une vignette automobile proportionnelle à la pollution des véhicules, qui touchera les 4x4 comme les vieux véhicules. Il propose également d'augmenter les taxes sur l'eau et sur les ordures ménagères.

 

La décroissance, une utopie réactionnaire

 

Certaines idées sont encore plus réactionnaires. C'est le cas de la décroissance, déjà réclamée il y a plus de 40 ans par des intellectuels regroupés dans le club de Rome. Cette idée se décline avec plus ou moins de nuances, certains revendiquant la croissance zéro, d'autres une décroissance « soutenable » tandis que quelques uns réclament dans les faits un retour à l'ère pré-industrielle.

Qu'il soit nécessaire de réduire la consommation d'énergie non renouvelable et de réduire les émissions de gaz à effet de serre, c'est une chose. Mais c'est la création de richesses supplémentaires, parfois même la production de biens manufacturés en elle-même que les partisans de la décroissance combattent. Serge Latouche, régulièrement publié dans « Le Monde diplomatique », n'hésite pas à réclamer « une véritable cure de désintoxication collective. La croissance ayant été à la fois un virus pervers et une drogue. »

Multipliant mécaniquement les prélèvements actuels sur l'environnement en terme d'énergie, de nourriture, d'eau, etc., les partisans de la décroissance ont calculé que si tous les habitants de la planète avaient le même niveau de vie que ceux des pays occidentaux, il faudrait environ cinq planètes pour y faire face.

Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil et co-rédacteur du « Pacte écologique », a par exemple estimé à 500 kg le quota annuel de gaz à effet de serre dont dispose chaque habitant de la planète. Pour le respecter, chacun devrait choisir chaque année, selon lui, entre acheter quelques dizaines de kilos de produits manufacturés, se chauffer mais pas plus de trois ou quatre mois ou encore faire un vol aller-retour Paris-New York.

Pour justifier la cure d'austérité qu'il veut imposer à toute l'humanité, il écrit carrément : « Quand cesse-t-on d'être pauvre ? Quand on mange à sa faim ? Quand on accède à l'électricité ? Quand on possède aussi une voiture ? Quand on peut scolariser ses enfants à l'université ? Ou tout simplement quand on est heureux de son sort ? ». Il ajoute : « le moindre ouvrier occidental vit aujourd'hui dans des conditions bien meilleures qu'un duc du Moyen-Âge. A-t-il faim ? Il n'y a qu'à ouvrir le frigidaire. » Et il ose poursuivre en affirmant qu'un « habitant des pays pauvres, même des pays "les moins avancés", n'a strictement rien à envier au Français du Moyen-Âge qui vivait deux à trois fois moins longtemps que lui, qui avait faim, qui avait froid, qui était très souvent malade. »

L'auteur de ces lignes vit dans la banlieue parisienne. Il profite au minimum du confort moyen que la société industrialisée procure à un petit bourgeois d'un pays riche. Il se déplace en TGV, utilise un ordinateur. Il n'imagine sans doute même pas ce qu'est la vie d'un Africain d'aujourd'hui, dont l'espérance de vie est de 38 ans et qui dispose parfois pour boire d'une eau dont Jancovici ne voudrait pas pour laver son vélo.

Cela montre l'inanité des calculs de ces gens-là et leur mépris réactionnaire pour l'humanité.

Les apôtres de la décroissance n'osent pas toujours militer ouvertement pour un retour à l'ère pré-industrielle... Mais la logique de leur raisonnement conduirait inévitablement à un repli sur des structures de production artisanales, à une vie en autarcie et à une régression des sociétés humaines. Yves Cochet, député Vert de Paris, imagine par exemple, pour l'avenir, une agriculture « plus intensive en travail humain avec des rendements à l'hectare qui baisseront, l'installation de nombreuses familles sur de petites fermes aujourd'hui délaissées par le productivisme ». Il veut même encourager « la traction animale ».

Au delà de ces délires réactionnaires, ce sont d'abord les plus pauvres de la planète que ces apologistes de la décroissance veulent exclure.

 

Malthusianisme et surpopulation

 

La théorie de la décroissance n'est qu'une variante du vieux malthusianisme : il y aurait trop de monde à nourrir sur Terre, il n'y aurait pas assez de ressources pour permettre l'accès de toute l'humanité au niveau de vie des pays développés.

Pour ces gens-là, si la Chine ou l'Inde avaient le malheur de se développer, elles émettraient bien trop de gaz carbonique. Dans cette version contemporaine du péril jaune, ces pays menaceraient l'avenir climatique de la planète. Pourtant les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre proviennent des pays membres de l'OCDE qui consomment près des trois quarts de l'énergie mondiale alors qu'ils ne représentent que 15 % de la population totale. En outre une partie des installations industrielles des pays pauvres profitent en réalité directement à des groupes industriels occidentaux.

Quant à la forte natalité, elle est une conséquence de la pauvreté, d'un faible niveau d'éducation, et pas l'inverse. Quand le niveau de vie augmente, la population a tendance à se stabiliser, c'est un constat général observé partout dans le monde. En outre, les prévisions catastrophistes sur le niveau futur de la population mondiale sont régulièrement revues à la baisse.

Cette agitation de la peur de la surpopulation n'est pas nouvelle. Elle revient « à chaque période de décadence et de ruine de l'état social », comme l'avait déjà remarqué le socialiste allemand August Bebel il y a plus d'un siècle.

Si la pollution est un sous-produit de l'anarchie de la production capitaliste, elle est aussi aggravée par le sous-développement. On a vu comment l'absence d'accès à l'électricité ou à du gaz « propre » oblige un cinquième de l'humanité à se procurer du combustible par tous les moyens.

Dans les pays pauvres comme les pays développés, la vétusté des installations industrielles est un facteur polluant. L'intensité énergétique, c'est-à-dire la quantité d'énergie qu'il faut pour produire 1 % de PIB, ne cesse de baisser au fur et à mesure des améliorations techniques. La revue Alternatives Économiques rapporte que l'intensité énergétique de la Chine a été divisée par quatre entre 1971 et 2006 tandis que celle de l'Afrique, qui s'enfonçait dans la misère, a augmenté de 25 % dans la même période.

La Chine ne cesse de réduire la part du charbon dans sa production énergétique. À chaque fois qu'une installation industrielle neuve est construite en Chine, elle dispose de l'efficacité énergétique moyenne qui existe sur la planète.

Si on veut limiter les prélèvements excessifs sur les ressources naturelles et limiter les rejets polluants dans l'atmosphère, tout en permettant à toute l'humanité d'accéder à un niveau de vie digne, il faudrait donc remplacer au plus vite tous les moyens de production vétustes et polluants par de plus récents, plus efficaces du point de vue énergétique et surtout pas revenir à la productivité du passé comme le prônent les partisans de la décroissance.

 

Nourrir toute la planète

 

Mais, disent les partisans de la décroissance, comment nourrir plus de six milliards d'êtres humains - voire huit ou neuf dans les prochaines décennies - si les océans sont vidés de leurs poissons, si les rizières et les ruminants de la planète émettent trop de méthane, si les forêts sont totalement détruites pour libérer des espaces agricoles, si les nappes phréatiques sont vidées à cause de l'irrigation intensive et polluées à cause des nitrates et des pesticides déversés en excès ?

Malgré une forte densité de population, l'Europe est actuellement nourrie sans même avoir recours à des importations massives. Il y a des excédents agricoles et les importations sont largement compensées par les exportations. Cela a été rendu possible par l'intensification et la modernisation de l'agriculture.

Le problème de l'agriculture intensive telle qu'elle est pratiquée depuis plusieurs décennies en Europe et depuis un siècle aux États-Unis, c'est qu'elle n'a pas pour but principal de nourrir toute la population. Elle a d'abord comme objectif de dégager des profits pour quelques trusts agro-alimentaires et les grands céréaliers dominant toute la filière agricole.

Pour maintenir leurs profits, l'Union européenne a financé et entretenu pendant des années des frigos et des silos géants dans lesquels étaient conservées des tonnes de lait ou de céréales produites en excès tandis que des populations entières dans le monde étaient sous-alimentées voire affamées. Cette surproduction agricole a eu des conséquences écologiques importantes sur les nappes phréatiques et l'usure des sols, qui n'ont jamais été prises en compte dans les choix des gouvernements européens ou américains.

Dans beaucoup de pays du globe, les mêmes trusts agro-alimentaires imposent la fourniture des semences et orientent le choix du type de cultures, celles destinées à l'exportation remplaçant bien souvent celles qui seraient nécessaires à la consommation locale.

Mais la solution n'est pas le retour à une agriculture traditionnelle, pré-capitaliste, qui ne serait pas capable de nourrir six ou neuf milliards d'êtres humains. Aujourd'hui la moitié de la population mondiale vit dans les villes. Cet exode rural est un mouvement irréversible, et malgré le caractère douloureux, voire dramatique, qu'il prend sous le capitalisme, c'est un progrès.

Il faut donc concilier rendement agricole et écologie, ce qui est tout à fait possible. Il existe des systèmes d'irrigation goutte à goutte économes en eau. Il existe des semences moins gourmandes en engrais et tout aussi productives. On pourrait en sélectionner de nouvelles à condition d'enlever cette technologie agronomique - qu'elle soit OGM ou pas - des mains des trusts agrochimiques qui monopolisent la recherche, la distribution des semences et à qui il est légitime de ne pas faire confiance.

L'aquaculture, aujourd'hui en très fort développement, est une alternative possible à la pêche industrielle, à condition qu'elle soit pratiquée de façon responsable et qu'elle n'engloutisse pas le quart des pêches mondiales pour nourrir les poissons d'élevage, comme c'est le cas aujourd'hui.

Il est nécessaire d'estimer les besoins en nourriture variée et de qualité de tous les êtres humains, sans aucun rationnement mais sans non plus les excès préjudiciables à la santé des hommes comme à celle de la nature. Il est nécessaire aussi de s'affranchir des besoins artificiels créés par le marché capitaliste. Il est nécessaire enfin de recenser les moyens de production alimentaire de toute la planète, de les mettre en commun pour les adapter et les réguler. Il faudrait organiser cette production au moindre coût social, énergétique et écologique.

Il serait alors parfaitement possible de nourrir toute la population mondiale sans avoir besoin de détruire toutes les forêts tropicales, en limitant les ponctions dans les nappes phréatiques, en réduisant les rejets de pesticides.

 

Que défendent les révolutionnaires ?

 

Ce qui est vrai pour nourrir l'humanité vaut pour produire les biens nécessaires à tous. L'organisation capitaliste de l'économie est conçue pour ne satisfaire que la demande solvable. Elle le fait en produisant massivement des marchandises socialement inutiles - tout l'arsenal militaire par exemple, mais aussi les nombreux jouets pour adultes du type 4x4 de luxe - ou encore en créant des besoins artificiels pour le plus grand nombre par le matraquage publicitaire.

Mais cette organisation économique, qui a d'abord pour but de réaliser du profit par tous les moyens, est aussi capable de limiter volontairement la production de biens vitaux pour toute l'humanité pour faire monter artificiellement les prix, rackettant ainsi toute la planète.

L'une comme l'autre de ces deux attitudes provoquent des catastrophes sociales et écologiques.

Mettre un terme à l'organisation capitaliste de l'économie est un préalable. Mais nous ne sommes pas des utopistes et nous ne pensons pas que tous les problèmes liés à l'environnement et à l'écologie - pas plus que les autres problèmes - seront automatiquement réglés avec un changement des rapports sociaux. Nous hériterons sans doute de tous les problèmes que nous venons de décrire et il s'en créera des nouveaux, peut-être plus complexes encore.

Mais l'humanité pourra enfin les prendre à bras le corps, les régler consciemment, en prenant en compte de façon rationnelle la totalité des paramètres y compris ceux liés à la nature.

Bien des problèmes posés par l'écologie comme par l'économie sont des problèmes de choix, de choix éclairés, de choix faits par le plus grand nombre et en fonction des intérêts collectifs.

Faut-il réduire notre consommation de poissons, et lesquels, pour permettre aux stocks de se reformer ? Quelles sont les productions qui doivent être réalisées au niveau local, régional, lesquelles doivent l'être impérativement à l'échelle d'un continent voire de la planète ? Comment doit-on organiser les villes et les territoires pour minimiser la pollution, les déplacements inutiles ? Peut-on faire face consciemment, en s'y préparant, à une élévation du niveau des mers et dans quelles limites ?

Ce sont quelques-unes des questions qui pourraient se discuter, pour lesquelles on pourrait faire des essais sur une toute petite échelle pour vérifier les risques et les conséquences. L'humanité dispose de moyens scientifiques et techniques pour l'aider à résoudre ces questions.

Comme elle dispose déjà aujourd'hui de tous les outils de recensement et de planification qui lui permettront d'organiser toute la production dans le but exclusif de satisfaire l'ensemble des besoins réels de la population, en réduisant le gaspillage et la pollution tout en assurant le nécessaire voire l'abondance.

Dans une société communiste, les gens s'éduqueront. Ils apprendront à ne pas gaspiller les ressources et l'énergie. Mais cette éducation à des comportements écologiquement responsables n'a pas grand chose à voir avec ce que proposent les écologistes. Elle ne pourra s'épanouir que lorsque toute l'économie sera sous le contrôle de la population qui pourra vérifier que le système économique lui-même n'engendre pas des gaspillages et des pollutions à une tout autre échelle que ce qui résulte des actions individuelles.

Une société communiste cherchera à satisfaire l'ensemble des besoins de tous, ni plus ni moins. Ces besoins ne seront pas contingentés, ils se renouvelleront et s'amélioreront sans cesse. C'est bien pour cela que la théorie de la décroissance est réactionnaire. Mais le communisme ne défend pas le productivisme. Rationaliser la production n'est pas nécessairement l'accroître à l'infini. Il ne s'agit pas non plus de tout centraliser ni de produire toujours plus.

La société aura le souci d'économiser le travail humain, pour permettre à chacun d'autres activités que le travail productif, pour permettre l'accès à la culture, pour permettre aussi « le droit à la paresse » pour reprendre l'expression de Lafargue. Elle aura aussi le souci de respecter l'équilibre écologique de la planète, de n'épuiser ni son sol ni son sous-sol. Marx écrivait déjà dans le Capital, il y a presque 150 ans : « La société elle-même n'est pas propriétaire de la Terre. Il n'y a que des usufruitiers qui doivent l'administrer en bons pères de famille, afin de transmettre aux générations futures un bien amélioré ».

Engels, lui, écrivait à la fin du 19e siècle, dans Dialectique de la Nature : « Les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu'un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans l'avantage que nous avons sur l'ensemble des autres créatures de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement ».

Mais pour pouvoir nous servir judicieusement des lois de la nature, le préalable est de mettre un terme à l'organisation capitaliste de l'économie. Plus nous tarderons, plus la catastrophe écologique risque d'être irrémédiable. La menace de cette catastrophe, qui rejoint la catastrophe sociale déjà en cours, nous renforce dans notre conviction de communistes qu'il faut débarrasser au plus vite la société de la concurrence, de la course au profit et de la propriété privée des moyens de production, c'est-à-dire qu'il faut la réorganiser sur une base rationnelle et égalitaire.