Agriculture : la loi du plus fort20/05/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/05/une_3016-c.jpg.445x577_q85_box-4%2C0%2C700%2C902_crop_detail.jpg2026-05-20

Leur société

Agriculture : la loi du plus fort

Pour la troisième fois en deux ans, une loi dite d’urgence agricole est en discussion à l’Assemblée nationale. Comme les précédentes, cette loi est destinée à satisfaire les exigences des gros agriculteurs tout en faisant mine de protéger les petits en même temps que l’environnement.

Promise par le gouvernement après les manifestations des agriculteurs en décembre et janvier derniers, cette loi est supposée encadrer la gestion de l’eau, la taille des élevages, la régulation des prédateurs, la concurrence étrangère et divers autres sujets. Dès que les agriculteurs se mobilisent – et ils l’ont fait lors de chaque crise qui a touché leur secteur, l’épidémie de dermatose bovine, la ratification de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, la chute des prix des produits agricoles –, les ministres se précipitent sur les barrages pour se poser en défenseurs de « nos agriculteurs ».

Mais dans l’agriculture comme ailleurs, il y a des gros et des petits et leurs intérêts divergent. Les petits peinent à vivre de leur travail et sont pris à la gorge par les banques, les semenciers ou les grandes laiteries. Les gros sont de véritables capitalistes, comme Arnaud Rousseau, président de la FNSEA et patron de la société Avril (Lesieur, etc.). Ceux-là, souvent eux-mêmes des exportateurs, réclament de pouvoir produire toujours plus, sans limitation, ce qui accélère la ruine des petits.

Les gros veulent ainsi être autorisés à construire des mégabassines pour arroser leurs champs au cœur de l’été, en pompant au printemps l’eau des nappes phréatiques, quitte à les assécher au grand dam des petits paysans et des défenseurs des zones humides. Ils veulent pouvoir construire des élevages géants sans être entravés par des règlements sur le traitement des eaux usées ou l’épandage des lisiers. Les gros fixent eux-mêmes les prix ou s’entendent avec les géants de l’agroalimentaire tandis que les petits sont étranglés par Lactalis, Bigard ou Danone.

Lors de chaque crise, les dirigeants des syndicats agricoles, bien mieux relayés par les médias et les politiciens que les salariés qui luttent pour leurs salaires, mettent en avant la détresse des petits agriculteurs pour réclamer des lois ou des subventions qui profitent d’abord aux plus gros. Quand les barrages sont démontés, ces derniers utilisent leurs multiples relations au sein des cabinets ministériels, à l’Assemblée ou au Sénat, pour que les projets de loi leur soient favorables. C’est ainsi que, en juillet 2025, la loi Duplomb avait de nouveau autorisé l’utilisation des néonicotinoïdes qui tuent les abeilles, article finalement censuré par le Conseil constitutionnel.

Écartelés entre les discours rassurants sur la protection de l’environnement et la santé publique qu’ils doivent servir à leurs électeurs et leur soumission aux intérêts des capitalistes de l’agriculture, les députés brassent du vent mais finissent par voter ce qu’exigent les puissants. La discussion sur la loi dite d’urgence agricole en est la confirmation.

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