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Leur société
Apprentissage : les combines patronales
Le journal Les Échos a dévoilé lundi 8 juin des éléments d’un rapport de la Cour des comptes, non encore publié, sur les fraudes patronales à l’apprentissage.
Il reste à voir si l’ampleur du phénomène suscitera les mêmes réactions indignées des politiciens et des journalistes quand ils évoquent les fraudes dites « sociales ».
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Cour des comptes, qu’on ne peut légitimement taxer de gauchisme, affirme qu’environ 10 % du budget dédié à l’apprentissage serait détourné. Des entreprises qui déclarent de faux apprentis ; de faux organismes de formation qui déclarent de fausses formations ; des patrons qui font de fausses déclarations… la liste est longue, et les sommes importantes.
À son arrivée au pouvoir, Macron, jamais en manque d’idées pour offrir de la main-d’œuvre pas chère aux patrons, avait encouragé le recours à l’apprentissage, à grand renfort d’aides publiques. Entre 2018 et aujourd’hui, celles-ci sont passées de 6 milliards à près de 20 milliards. Résultat : le recours à ce type de contrat a presque triplé, le nombre d’apprentis passant de 300 000 à 900 000, tandis que les organismes de formation, flairant le bon filon, se sont multipliés – de 800 à 3 700 sur la même période. L’affaire est d’autant plus lucrative que les patrons des différentes filières siègent dans les conseils d’administration des Opco (opérateurs de compétences), autrement dit des organismes publics chargés de gérer les centres de formation. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.
Pour faire mine de s’intéresser à cette fraude, la Cour des comptes propose… de créer un indicateur. On peut parier que, contrairement au commun des mortels, soumis à toutes sortes de contraintes et obligés de justifier leur droit à la moindre allocation, les entreprises, et en particulier les plus grandes, pourront continuer sans crainte à bénéficier de ce type d’aide publique.