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Dans les entreprises
Arcelor : la nationalisation, et après ?
Jeudi 11 juin, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi, défendue par toute la gauche – PS, PC, Verts, LFI – en faveur de la nationalisation d’ArcelorMittal. Il ne faudra cependant pas être pressé, car le texte est discuté depuis déjà un an, après l’annonce par l’entreprise de plusieurs milliers de licenciements.
Le texte fera encore des allers-retours législatifs au moins jusqu’à 2027. Les partis de gauche avancent que la nationalisation permettra de sauver les emplois dans une sidérurgie française en crise. L’État pourrait investir massivement dans de nouvelles infrastructures – celles existantes sont plus que vieillissantes – ce qui permettrait de faire repartir l’activité. L’opération est même chiffrée entre trois et six milliards d’euros.
Mais qui va donc payer une telle somme, alors qu’on entend répéter sur tous les tons qu’il faut faire des économies, et que les gouvernements programment, année après année, des suppressions de postes dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les transports ? Faute d’obliger les grands patrons à moderniser leurs propres industries, c’est à la population laborieuse que sera présentée la facture, par un bout ou par un autre. Pourtant, Lakshmi Mittal, le capitaliste indien propriétaire d’Arcelor, et ses actionnaires – dont BlackRock, la Société Générale et la Banque centrale de Norvège – ne sont pas précisément de petits joueurs. Le groupe a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de plus de 62 milliards de dollars. La nationalisation ainsi défendue impliquerait d’indemniser ces pauvres gens pour que l’État fasse les investissements productifs à leur place.
De plus, l’entreprise nationalisée serait confrontée aux mêmes critères de rentabilité que toutes les autres. Dans le cadre de l’économie actuelle et du marché capitaliste, il faudrait que les travailleurs produisent des profits, et pour cela, l’État patron devrait imposer des baisses de salaire, des augmentations de cadence, des réductions d’effectif. On ne peut attendre de l’État qu’il protège les travailleurs, leurs conditions de vie et de travail. Ils n’auraient d’ailleurs pas plus de contrôle sur leur entreprise parce qu’elle appartiendrait à l’État, comme peuvent en témoigner les travailleurs de la fonction publique.
Si une mesure s’impose dans cette société, ce n’est pas la nationalisation, mais l’expropriation des capitalistes sans indemnité ni rachat, en allant chercher l’argent dans les coffres-forts du grand patronat. Et les travailleurs ne pourront imposer leur droit à la vie, à des conditions de travail et de salaire acceptables, qu’en exerçant une pression constante dans ce sens, jusqu’au jour où ils seront en mesure d’exercer eux-mêmes le pouvoir.