Arménie : entre le marteau et l’enclume10/06/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/06/P10-1_Arm%C3%A9nie_Panneau_de_campagne_de_Pachinian_%C3%A0_Erevan_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C83%2C799%2C533_crop_detail.jpg2026-06-10

Dans le monde

Arménie : entre le marteau et l’enclume

Le 7 juin, le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, a remporté les élections législatives, mais avec des scores moindres que les deux fois précédentes.

Illustration - entre le marteau et l’enclume

Macron a aussitôt félicité Pachinian pour sa « large victoire », se réjouissant de « poursuivre le travail engagé » avec l’Arménie afin « d’accompagner (son) rapprochement avec l’Europe ». Le même son de cloche est venu de la Commission européenne. Sa présidente, Ursula von der Leyen, vante une « Arménie démocratique qui se rapproche de plus en plus de l’Europe ».

« Ingérence » russe… et occidentale

Les dirigeants européens ne pouvaient dire moins, après avoir organisé début mai à Erevan un sommet Union européenne-Arménie, afin de donner une consécration internationale à ce fameux rapprochement. Un mois durant, les médias occidentaux avaient dénoncé à cor et à cris les ingérences du Kremlin dans la campagne électorale en Arménie.

Il faut dire que l’Arménie, petit pays du Caucase, est tiraillé entre deux blocs, sur fond de conflits larvés et parfois violents avec certains de ses voisins, dont la Turquie et l’Azerbaïdjan. C’est dans ce cadre que, comme d’autres États issus de la désintégration de l’Union soviétique, l’Arménie est devenue un terrain d’affrontement entre les puissances impérialistes occidentales, qui veulent l’arracher à la zone d’influence de la Russie, et cette dernière. En effet la Russie voudrait maintenir l’Arménie dans la Communauté économique eurasienne (CEE) et l’Organisation du traité de sécurité collective que le Kremlin a mises en place sur les ruines de l’URSS.

Les médias et dirigeants occidentaux ont présenté l’élection du 7 juin comme un « référendum » pro-Europe, un vote « en faveur de la démocratie » ; Pachinian, lui, n’a rien dit de tel, qui, durant sa campagne, a présenté l’adhésion à l’UE comme une perspective lointaine. Est-il réaliste – il n’y a qu’à voir comment l’UE traite depuis trente ans les demandes d’adhésion de l’Ukraine – ou soucieux de ne pas prendre Moscou de front ? En tout cas Pachinian louvoie, ménageant les uns et les autres.

Le prix d’une « paix » sans garantie

L’UE et Trump, qui a soutenu Pachinian, font miroiter à l’Arménie la perspective d’investissements et d’un soutien diplomatique et militaire plus efficace que celui de Moscou. En 2023, les États-Unis ont profité de ce que la Russie s’empêtrait dans sa guerre en Ukraine pour la doubler en parrainant un projet d’accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mais le gouvernement azerbaïdjanais rechigne à avaliser cet accord. Après plus de trente ans de guerre autour du Karabakh, repris militairement par l’Azerbaïdjan, et après le déplacement de 100 000 réfugiés arméniens, les armes se sont tues. Mais cela reste sans garantie, même pas pour les frontières de l’Arménie, que ni l’UE ni les États-Unis n’ont envie de protéger, laissant cela à l’armée russe.

Pachinian sait trop bien qu’il vaut mieux ne pas placer tous ses œufs dans le même panier : même tendues ces derniers temps, les relations avec Moscou restent essentielles à l’économie de l’Arménie, et dans une certaine mesure à ce qu’elle considère comme sa sécurité. Cela vaut aussi pour l’Iran, par où transitent des marchandises, et qui fait contrepoids à la pression militaire de l’Azerbaïdjan.

La route de l’Arménie vers ce que certains appellent l’Europe et la démocratie fait donc bien des détours. On le voit quand Pachinian use de démagogie xénophobe contre les réfugiés du Karabakh. Ou quand il se présente en homme fort qui n’hésite pas à faire arrêter des dizaines de candidats aux législatives, souvent présentés comme pro-russes, alors qu’ils appartiennent d’abord à des clans affairistes.

Ceux qui accusent Pachinian d’avoir fraudé lors de ces élections ont certainement raison, même si, cette fois, il a obtenu des pourcentages de voix moindres que lors des deux précédents scrutins législatifs.

Au pouvoir comme dans l’opposition, les politiciens s’affrontent d’abord pour défendre leurs propres intérêts et ceux de leur clan, adossés ou non à telle ou telle puissance. C’est finalement à l’image du sort que le système impérialiste de domination fait à des nations comme l’Arménie, qui n’ont d’autre choix qu’entre le marteau et l’enclume qui les écrasent, elles et leurs populations.

Partager