- Accueil
- Lutte ouvrière n°3016
- Bolivie : le gouvernement face à la colère populaire
Dans le monde
Bolivie : le gouvernement face à la colère populaire
Depuis fin avril, la Bolivie connaît un mouvement de révolte de grande ampleur dans lequel se retrouvent ouvriers, paysans et communautés indigènes.
Les élections d’octobre dernier avaient marqué la déroute de la gauche. Frappés par les conséquences de la crise économique, beaucoup d’électeurs des classes populaires avaient voulu sanctionner le MAS (Mouvement vers le socialisme), qui dirigeait le pays depuis vingt ans. Mais l’actuel président de droite, Rodrigo Paz, qui avait promis « un capitalisme pour tous », ne fait pas mieux. La Bolivie, dont les gisements de gaz exploités s’épuisent, ne profite pas de l’envolée du cours mondial. Les caisses de l’État sont toujours vides et Rodrigo Paz a voulu les remplir en supprimant dès le début de son mandat les prix subventionnés des carburants dont bénéficiait la population. Les prix ont donc doublé, ce qui n’a évidemment pas arrêté les pénuries mais a fait exploser le coût du transport et de l’alimentation.
Une première contestation d’ampleur a eu lieu dès fin décembre. Depuis, le mécontentement reste général. Les transporteurs sont en colère en raison de la qualité de l’essence distribuée dans les stations, si mauvaise qu’elle abîme les moteurs. Les mineurs artisanaux, organisés en coopératives, s’insurgent parce que leur activité est paralysée par les pénuries d’essence et d’explosifs.
La révolte actuelle a été lancée début avril par diverses organisations paysannes en réaction à la présentation d’une nouvelle loi au Sénat, la loi 1720, censée « moderniser l’agriculture ». À l’initiative d’un gros producteur de soja de la bourgeoisie de Santa Cruz, cette loi facilite dans les faits l’acquisition des terres des petits paysans ou des communautés indigènes par les grands propriétaires agro-industriels. Alors que les paysans de la région de Pando, une des plus pauvres du pays, dans le Nord amazonien, à 700 km de La Paz, entamaient une marche jusqu’à la capitale, les producteurs de coca de Cochabamba et la fédération des paysans aymaras de l’Altiplano commençaient à bloquer les .routes, en particulier à El Alto, au-dessus de La Paz.
Trois jours avant l’arrivée de la marche à La Paz, le 1er mai, lors d’un grand rassemblement, les dirigeants de la COB (Centrale ouvrière bolivienne) apportaient leur soutien aux paysans et lançaient une grève « illimitée » dans les mines d’étain, de zinc, de plomb, d’argent et de cuivre, pour des augmentations de salaire de 20 %. La mobilisation commençait également chez les enseignants des écoles publiques rurales et urbaines.
Mi-mai, alors que la COB et les organisations paysannes réclamaient la démission du président, la capitale a été bloquée par une bonne quarantaine de barrages sur les principales voies d’accès. Les manifestations se sont multipliées, donnant lieu, entre autres, à l’invasion du ministère de l’Éducation par les enseignants et à une bataille rangée entre mineurs et policiers aux alentours du Palais présidentiel. Face aux pénuries, le gouvernement a dû mettre en place un pont aérien, avec l’aide de l’armée de l’air argentine. Samedi 16 mai, l’armée a été envoyée pour tenter de lever les multiples barrages routiers. Les affrontements se sont multipliés avec les manifestants, en particulier les mineurs, armés de pierres et de bâtons de dynamite.
Le soutien affirmé de l’ambassade américaine n’est pas d’un grand secours à Rodrigo Paz qui oscille entre tentatives de négociations secteur par secteur et répression. D’un côté, il a annoncé l’abrogation de la loi 1720, puis un accord avec la fédération des coopératives de mineurs et le syndicat des enseignants. Cet accord a aussitôt été désavoué par la base du syndicat. De l’autre, il accuse les travailleurs mobilisés d’être financés par le trafic de drogue, ou bien manipulés par l’ancien président Evo Morales.
Lundi 19 mai, le procureur général de l’État a ordonné l’arrestation du secrétaire exécutif de la COB, Mario Argollo, et les syndicats ont annoncé la mort de quatre manifestants tués par la police. Toute la journée, des affrontements violents ont continué près du Palais présidentiel.