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Leur société
Budget militaire : et pour 36 milliards de plus…
L’Assemblée nationale a adopté, le 19 mai, un projet de loi rehaussant la loi de programmation militaire 2026-2030 de 36 milliards d’euros.

Tous les députés ont approuvé cette rallonge à l’exception de ceux de LFI, du PCF et des écologistes. Leur vote ne s’opposait toutefois pas aux dépenses militaires en tant que telles mais uniquement à une possibilité offerte au gouvernement d’instaurer une nouvelle forme d’état d’urgence et de suspendre un certain nombre de libertés.
Depuis 2017, le budget militaire a déjà été multiplié par deux. Entre 2019 et 2025, 300 milliards y avaient été engloutis. La loi de programmation militaire 2024-2030 montait l’addition à 400 milliards d’euros. Voilà donc une nouvelle hausse de 36 milliards, dont 10 milliards pour les deux premières années. Alors que des coupes budgétaires dramatiques affectent la santé, l’éducation, les budgets sociaux, l’industrie de la mort bénéficie du « quoi qu’il en coûte ».
Selon la ministre des Armées, Catherine Vautrin, plus d’un milliard d’euros s’est ajouté pour « pouvoir frapper dans la grande profondeur, au-delà de 2 500 kilomètres ». L’aviation de combat va bénéficier de 3,5 milliards supplémentaires afin d’intégrer de nouvelles générations de missiles, de drones, etc., et une nouvelle motorisation. « De quoi préserver l’attractivité du Rafale à l’export », ajoute la ministre… pour le plus grand bonheur de Dassault. Avec 8,5 milliards, les commandes de munitions, missiles, obus, torpilles, vont être augmentées de 50 % par rapport à la programmation initiale. Selon la ministre : « L’objectif n’est pas juste de stocker : il faut augmenter les flux […] en cas de consommation importante de munitions, comme c’est le cas aujourd’hui chez les belligérants au Proche et Moyen-Orient. En économie de guerre, la première arme, c’est l’usine. » (Elle devrait ajouter « et le premier vainqueur est son propriétaire »). Deux milliards sont destinés aux drones, de toute taille.
Les territoires d’outre- mer, vestiges du colonialisme, sont l’objet d’une attention particulière. Ils permettent à l’impérialisme français, outre l’exploitation du sol et des travailleurs, d’y disposer de bases militaires, de zones maritimes gigantesques autour de ces territoires, parfois de simples îlots. La loi de programmation militaire assignait déjà 13 milliards d’euros à leur défense contre d’autres prétendants ou contre leur aspiration à l’indépendance. Elle va être renforcée et la ministre se félicite de l’ajout de 1 100 militaires, de l’envoi de six patrouilleurs, dont l’un est en route pour Nouméa en Nouvelle- Calédonie, d’hélicoptères de combat et de la montée en puissance des Airbus 400M, les plus gros avions de transport, déjà présents en Nouvelle-Calédonie et au Moyen-Orient.
L’impérialisme français entend ainsi défendre sa zone d’influence. Comme le résumait cyniquement Chenevard, le rapporteur macroniste de la commission de la défense nationale pour justifier les crédits alloués : « La guerre nous oblige à choisir d’être acteur ou spectateur, d’être à table ou au menu. »
Jadis assise à la table des grandes puissances capitalistes à coups de massacres et de conquêtes coloniales, la bourgeoisie française est, une nouvelle fois, prête à faire de sa propre classe ouvrière de la chair à canon, pour conserver sa part. Si les travailleurs ne veulent pas être « au menu », ils doivent s’opposer à cette montée du militarisme et de la guerre.