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- Lutte ouvrière n°3020
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Leur société
Cancer : une maladie… sociale
Si les cancers touchent toutes les classes sociales, les plus modestes développent des formes plus graves et sont diagnostiqués plus tardivement.
C’est ce que vient de démontrer une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).
Ainsi, dans les classes populaires, le risque est 1,7 fois supérieur de contracter un cancer plus dangereux, associé à de mauvaises chances de survie. Il est ainsi notable que les 10 % les plus pauvres ont 2,2 fois plus de risque de développer un cancer du poumon que les 10 % les plus aisés. Bien sûr, la consommation de tabac explique en partie cette maladie, comme une alimentation moins variée. Mais ce ne sont pas les campagnes hypocrites incitant à consommer des fruits et légumes qui peuvent faire disparaître les difficultés économiques de bien des familles populaires.
De plus, les travailleurs sont surtout plus exposés aux solvants et à l’amiante. Le travail en équipe ou en nuit, les conditions de logement, l’environnement dégradé expliquent aussi le développement de maladies dont ces travailleurs ne choisissent pas le risque : ils y sont assignés.
La difficulté d’accès aux soins aggrave bien sûr cette situation : ainsi, pour les cancers que l’on sait détecter précocement tels que le cancer colorectal, celui du col de l’utérus, de la peau ou du sein, les personnes aux revenus modestes ont 2,3 fois plus de risque d’être diagnostiquées trop tardivement, quand des métastases sont déjà apparues. Les plus aisés se font dépister plus fréquemment parce que leur médecin les y incite et qu’ils peuvent payer les dépassements d’honoraires. Des outils de santé publique censés être universels deviennent dans les faits le privilège d’une minorité.
De surcroît, les plus modestes tombent malades en moyenne six ans plus tôt pour les cancers du poumon, du sein ou du colon et ils sont diagnostiqués à des stades bien plus avancés : c’est la double peine, la maladie frappe plus tôt dans la vie et la prise en charge tardive est bien moins efficace.
Pour faire reculer le cancer, c’est aussi l’ensemble des conditions de travail et de vie qui doivent changer.