Cannes : vers le Bolloréscope ?20/05/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/05/une_3016-c.jpg.445x577_q85_box-4%2C0%2C700%2C902_crop_detail.jpg2026-05-20

Leur société

Cannes : vers le Bolloréscope ?

Le 11 mai, pour l’ouverture du festival de Cannes, six cents professionnels du cinéma ont signé une pétition contre la mainmise du groupe Bolloré sur leur industrie.

Ils craignent, et on les comprend, que cette prise de pouvoir économique débouche rapidement sur un contrôle idéologique de la production cinématographique par le milliardaire d’extrême droite.

Un séide de Bolloré a répliqué en affirmant qu’il refusait dorénavant de travailler avec les signataires de la pétition. Cela a renforcé ces derniers dans leurs craintes et convaincu des centaines de leurs collègues de s’engager à leur tour. Bolloré détient en effet le groupe Canal qui, outre ses chaînes de télévision, est le principal financier de l’industrie du film. Canal l’est par construction, pour ainsi dire, puisque depuis sa création sous l’égide de Mitterrand, la chaîne de télévision payante achète avec ses participations financières l’exclusivité de la diffusion des films en question. Les termes de l’échange sont rediscutés périodiquement entre les professionnels du cinéma et la chaîne. En janvier 2025 Canal s’est engagé à dépenser 170 millions d’euros chaque année et ainsi participer au financement de plusieurs dizaines de films, conjointement avec le CNC qui est un organisme public, et avec des investisseurs privés.

Bolloré n’intervient pas seulement dans le cinéma comme financier et comme diffuseur, mais aussi comme critique, faiseur d’opinion et de réputation au travers de ses médias, CNews, Europe 1, le Journal du Dimanche, et grâce à la pieuvre Hachette, ses publications et ses points de vente dans toutes les gares. De plus, Bolloré vient d’acheter 34 % d’UGC et parle d’acheter le reste, soit une grande maison de production et 393 salles de cinéma. Le milliardaire contrôlerait ainsi une bonne partie de l’industrie cinématographique, de l’écriture du scénario à la vente des esquimaux en salle, et ferait pression sur le reste.

On sait que Bolloré, tout en prétendant ne s’intéresser qu’à l’aspect économique des choses, a transformé chacune de ses acquisitions dans le domaine des médias en officine d’extrême droite. Le Journal du Dimanche sert désormais de tribune hebdomadaire au RN, CNews propose en continu la chasse aux immigrés et informe sur les derniers développements de la théologie catholique, les boutiques Relay empilent en devanture les œuvres immortelles de Jordan Bardella, éditées par Fayard, c’est-à-dire par Bolloré. L’intention de ce dernier est évidemment de procéder de la même façon avec le cinéma et les séries télévisées. Sa fortune, sa position sociale et le glissement de plus en plus réactionnaire des classes dominantes et de leur personnel politique et médiatique lui en donnent le pouvoir. Les réactionnaires de toutes nuances, à commencer par ceux du RN qui savent de quel côté la tartine est beurrée, approuvent chaudement le droit du milliardaire de faire ce qu’il veut, puisque c’est lui qui paye...

Heureusement bien des professionnels n’ont pas envie de donner à Bolloré les moyens de ses ambitions et, surtout, il n’est pas dit que la population accepte toujours les coups que ce décervelage généralisé sert à masquer.

Partager