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Chine-Taïwan : les incendiaires à l’œuvre
Lundi 29 et mardi 30 décembre, l’État chinois a lancé des exercices militaires de grande envergure au large de Taïwan. Les manœuvres ont été qualifiées de « provocatrices et imprudentes », « sapant la stabilité régionale » selon les mots du président taïwanais Lai Ching-te.
Ces exercices sont la réponse de la Chine à une gigantesque commande d’armes que Lai Ching-Te vient de passer auprès des États- Unis. Pendant deux jours, l’armée chinoise a mobilisé toute une flotte de bateaux, d’avions et de drones, réalisant, au large, des tirs réels sur des cibles maritimes, simulant un blocus de l’île et perturbant près d’un millier de vols commerciaux à destination de Taïpei, la capitale de Taïwan. Si ces exercices étaient effectivement de « grande ampleur » comme la presse occidentale les a qualifiés, ils n’ont néanmoins pas dépassé ceux d’août et d’octobre 2024, sans affoler plus que cela la population taïwanaise. Pour elle, ces exercices reviennent en effet à chaque crise et sont un élément du rapport de force entre le régime de Pékin d’une part, Taïwan et ses alliés, américain et japonais en premier lieu, d’autre part.
Quant à « saper la stabilité régionale », le régime de Taïwan et ses parrains impérialistes, États-Unis et Japon en tête, ne sont pas en reste. Ainsi, après avoir affirmé début novembre que l’armée japonaise pourrait intervenir pour « défendre » Taïwan, le Japon a déployé le 25 novembre des avions à Yonaguni, une île japonaise à moins de 120 kilomètres à l’est de Taïwan. Il surarme par ailleurs cette île en y installant des batteries de missiles sol-air. Quelques jours plus tard, le 10 décembre, en réponse à des exercices maritimes russo- chinois, États-Unis et Japon ont fait voler ensemble leurs bombardiers et avions de chasse.
Au-delà de ces manœuvres, ce sont les États-Unis qui poussent en permanence Taïwan à s’armer. Pour l’impérialisme américain, Taïwan est une base avancée, un caillou dans la chaussure chinoise, qui doit les aider à contenir ce concurrent qui prend trop de place dans la région Asie-pacifique comme dans l’économie mondiale. Ce sont ainsi les États-Unis qui ont demandé à Taïwan de porter ses dépenses militaires à plus de 3 % du PIB en 2026, et à 5 % en 2030. S’exécutant fin novembre, le président taïwanais a annoncé que les dépenses militaires de l’île allaient augmenter de 40 milliards sur plusieurs années. Dans la foulée, il a passé mi-décembre la plus importante commande d’armes depuis 2001, plus de 11 milliards de dollars en systèmes de missiles, en obusiers, en missiles antichars, drones… provoquant la réponse attendue de Pékin au travers de ses exercices militaires de fin décembre.
Pour justifier ces commandes d’armes, le président taïwanais pronostique une invasion chinoise en 2027. Or, face aux États-Unis, au Japon et aux pays occidentaux qui sont leurs alliés, dont la France, la Chine est loin d’être en position d’envahir Taïwan. Si le régime de Pékin revendique depuis 1949 la réunification avec Taïwan, il s’oppose surtout à ce que l’indépendance de Taïwan soit officiellement reconnue, protestant de façon quasi automatique à chaque pas fait en ce sens. En jouant l’escalade et en accusant la Chine, Lai Ching-Te entend en réalité saper la position politique de ceux qui défendent, avec un certain écho, l’idée d’un rapprochement avec Pékin. En surarmant l’île, il veut démontrer aux Taïwanais que la position qu’il défend, la séparation définitive et officielle de Taïwan de la Chine, est la seule possible. Il continue ainsi pour sa propre part à faire de toute la région une poudrière.