Chlordécone : l’État responsable du désastre10/06/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/06/P5-1_Chlordecone_OK_Lupo.jpg.420x236_q85_box-0%2C4%2C795%2C452_crop_detail.jpg2026-06-10

Leur société

Chlordécone : l’État responsable du désastre

L’Assemblée nationale a adopté mardi 2 juin une loi reconnaissant « la part de responsabilité de l’État » dans le scandale du chlordécone aux Antilles, ce pesticide qui a contaminé la quasi- totalité de la population.

Illustration - l’État responsable du désastre

Utilisé dès les années 60 dans les plantations de bananes, interdit en 1974 aux États-Unis, classé comme potentiellement cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1979, le chlordécone a continué à être utilisé aux Antilles jusqu’à ce que son autorisation de mise sur le marché soit annulée en 1990. Mais même alors, le ministre de l’Agriculture avait autorisé une dérogation de deux ans, sous la pression des gros planteurs békés – ces descendants des colons – pour permettre d’écouler les stocks.

Le résultat en a été un scandale sanitaire, une catastrophe humaine et écologique pour les deux îles. On compte en Martinique, pour 100 000 hommes, trois fois plus de cancers de la prostate qu’en métropole. Les travailleurs de la banane sont les premiers atteints. Comme en témoignait une ouvrière au journal Reporterre : « Parfois, c’était les ouvriers agricoles qui répandaient [le produit] dans les champs, et parfois, il était directement projeté au-dessus de nos têtes par hélicoptère » et elle y voit la cause de son cancer de la moelle épinière et du lymphome qui a emporté sa mère. Les associations dénoncent aussi les effets néfastes du pesticide chez les femmes enceintes et les conséquences neurologiques pour leurs enfants.

Pour cette pollution des terres et des eaux, ce saccage des vies, l’État devrait donc maintenant, après avoir retardé l’échéance pendant des années, reconnaître une « part de responsabilité ». Cela entraînerait entre autres l’obligation de dépolluer les terres et les eaux. Mais comment et dans combien de temps ? Quant à l’indemnisation des victimes, elle reste « un objectif ».

On est loin du compte et surtout loin de présenter la facture aux vrais profiteurs, les grandes familles propriétaires de l’économie coloniale. Chaque indemnisation de travailleurs a nécessité des années de procédure… et surtout des mobilisations de la population, qui resteront indispensables.

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