Colombie : vers une victoire de l’extrême droite ?03/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3018-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-06-03

Dans le monde

Colombie : vers une victoire de l’extrême droite ?

Dimanche 31 mai, au premier tour de l’élection présidentielle en Colombie, le candidat d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, a créé la surprise en arrivant en tête avec 43,7 % des suffrages. Il a de sérieuses chances de l’emporter au second tour.

De la Espriella, un avocat qui s’est enrichi en défendant narcotrafiquants et paramilitaires, est une espèce de clone de l’Argentin Milei ou du Salvadorien Bukele. Il revendique son amitié avec Salvatore Mancuso, l’un des principaux chefs des Autodéfenses unies de Colombie, responsables de multiples massacres de paysans dans les années 1990 et 2000. Il promet de développer les industries minière et pétrolière sans se soucier d’environnement ni des droits des populations indigènes, de réduire les dépenses de l’État de 40 %, d’engager une guerre totale contre les guérillas en collaboration avec Trump et de construire des mégaprisons pour y enfermer les membres des cartels. Son discours plaidant pour la politique de la « main dure », sa dénonciation de la gauche comme alliée des guérillas, et de la corruption généralisée, ont séduit au-delà de la partie la plus conservatrice de la population.

Pourtant la gauche ne s’est pas effondrée. Au contraire, son candidat, Iván Cepeda, a obtenu 41 % des suffrages, soit 1,2 million de voix de plus que son prédécesseur, Gustavo Petro, premier président de gauche de la Colombie, élu en 2022. Mais l’extrême droite, elle, a attiré 2 millions et demi d’électeurs supplémentaires par rapport à 2022. Elle a bénéficié du poids de l’Église catholique et des Églises évangéliques, ainsi que de celui des médias, tenus par des groupes capitalistes. Et puis, il y a la pression sur l’opinion de Trump, qui traitait Petro de « baron de la drogue » en octobre, et celle de Daniel Noboa, président de l’Équateur, qui a déclenché en décembre une guerre commerciale contre la Colombie, allant jusqu’à taxer à 100 % les produits colombiens. Dernièrement, Noboa déclarait qu’il mettrait fin à ces taxes en cas de victoire du candidat d’extrême droite.

Le gouvernement de Petro n’a certes pas été révolutionnaire. Lui-même a toujours dit vouloir « développer le capitalisme pour sortir le pays du féodalisme ». En 2022, il avait profité de l’effondrement des partis traditionnels, mais n’a pu gouverner ensuite qu’en trouvant l’alliance de politiciens de droite. Il s’est néanmoins heurté à l’opposition du Congrès, en particulier pour une timide réforme de la santé qui n’a jamais vu le jour. Petro a cependant réussi à faire passer quelques mesures favorables aux classes populaires. Le salaire minimum durant son mandat est passé de 1 million à 1,750 million de pesos (un peu plus de 400 euros). Cette hausse est bien supérieure à ce que les travailleurs ont connu auparavant, mais elle est loin de les concerner tous, ne serait-ce que parce que la moitié d’entre eux sont employés dans le secteur informel. Par ailleurs, le gouvernement a acquis plus de 600 000 hectares inexploités par les grands propriétaires et en a redistribué la moitié à plus de 70 000 familles de paysans sans terre ou à des victimes de la violence des paramilitaires. Ce n’est pas rien pour ceux qui en ont bénéficié. Mais il en faudrait bien plus pour changer la vie de millions de pauvres.

Dans les campagnes, 1 % des exploitations accaparent 80 % des terres cultivables. Dans les années 1990, le conflit armé entre guérillas et paramilitaires a permis aux grands propriétaires et aux narcos (souvent les mêmes) de chasser huit millions de paysans de leurs terres. La plupart n’y sont jamais retournés. En 2025 encore, près de 108 000 personnes ont subi des déplacements forcés massifs. Les paramilitaires d’extrême droite, devenus « Clan du Golfe » et reconvertis en narcotrafiquants après les accords de paix, continuent d’assassiner en toute impunité.

La violence en Colombie vient de la classe dominante. Une victoire de l’extrême droite lors du second tour, le 21 juin, ne ferait que l’accroître démesurément, aux dépens des plus pauvres.

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