Espagne : la grève à Airbus et la trahison syndicale29/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3026-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-07-29

Dans les entreprises

Espagne : la grève à Airbus et la trahison syndicale

Depuis le 1er juillet une grande partie des travailleurs d’Airbus en Espagne était en grève. Celle-ci a été suspendue le 24 juillet par décision d’un syndicat contre la volonté des grévistes.

Depuis le franquisme, une série de barrières légales existent pour limiter les grèves, notamment l’obligation de déposer un préavis de grève par un syndicat. À Airbus, c’est sous la pression des travailleurs que le syndicat SIPA a dû déposer un préavis du 1er au 31 juillet. SIPA n’imaginait sûrement pas que la grève aurait ce succès sur le site de Getafe et qu’elle s’étendrait aux deux usines de Séville, d’Illescas et de Cadix.

Depuis le 1er juillet, la grève n’avait fait que se renforcer. Le 16 juillet, une manifestation impressionnante à Getafe avait réuni au moins 4000 travailleurs. Le 23 juillet, c’était au tour de ceux de Séville et de Cadix de manifester ensemble. Durant la troisième semaine de grève, les assemblées étaient encore massives et les piquets de grève fournis. Le sujet principal était de savoir comment reprendre la grève après la coupure des vacances de début août.

Pourtant, mercredi 22 juillet dans la nuit, deux syndicats engagés dans la grève, SIPA et ATP, signaient avec celui des Commissions ouvrières un préaccord avec la direction dans le dos des grévistes. Évidemment, ces syndicats ont voulu le présenter comme une victoire : une hausse de salaire de 5 % en 2026 et 5 % en 2027, une prime de 2 000 euros et la promesse d’une prise en compte de l’inflation à partir de 2028, ainsi que le maintien des deux jours de télétravail. Mais les grévistes avaient déjà rejeté cet accord en assemblée car il était loin d’être suffisant au regard de la baisse de pouvoir d’achat depuis 2020, et surtout de la force du mouvement que chacun pouvait sentir. Mais, pire que d’accepter un accord au rabais, SIPA retirait son préavis de grève, rendant la grève illégale.

La trahison de SIPA et ATP a été vécue comme un choc, allant à l’encontre du fonctionnement démocratique de la grève. Jeudi 23 juillet au matin, beaucoup de monde était présent au piquet et discutait de la trahison de la nuit. Les délégués de SIPA ont dû s’expliquer devant l’assemblée, ils ont été insultés, traités de rats et de vendus.

Ces manœuvres, la direction en accord avec ces syndicats ont permis de faire reprendre le travail contre la volonté des grévistes. Ils ont ensuite joué la carte de la pseudo-démocratie en appelant tous les employés, même les non-grévistes, à un référendum sur cet accord. Vendredi 24 juillet, 80 % des travailleurs sont allés voter. Sur le centre de Getafe, il y a eu jusqu’à deux heures de queue. Finalement, sur l’ensemble des usines le Non l’a emporté !

Malgré ce résultat, le droit espagnol étant bien fait pour les patrons, il empêche actuellement de relancer une grève légale. Pour le moment, les travailleurs ne se sentent pas de dépasser ces barrières. 

Malgré tout, ils n’ont pas dit leur dernier mot car la colère est toujours là et beaucoup se demandent comment continuer au retour des vacances. Cette trahison laisse un goût amer, beaucoup de grévistes sont fiers d’avoir réussi à gérer collectivement le mouvement en étant nombreux et unis. Reste que cette grève montre toute l’importance de pouvoir contrôler de A à Z un mouvement, non seulement par des assemblées démocratiques mais aussi en créant une véritable direction, élue et contrôlée par les grévistes pour ne répondre qu’aux intérêts du mouvement.

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