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Espagne : la régularisation tardive des migrants
Le gouvernement de Pedro Sanchez a annoncé la régularisation de 500 000 migrants, conjointement avec Podemos (le parti de « gauche radicale »). C’est bien la moindre des choses, alors que le Parti socialiste est au pouvoir depuis 2018 !
C’est sans doute un soulagement pour les centaines de milliers d’immigrés sans papiers en Espagne. Ils pourront obtenir un statut légal leur permettant d’obtenir un contrat de travail, un accès plus facile au logement et d’éviter le stress de se voir arrêter par la police. En effet, pour beaucoup d’immigrés, il ne reste souvent comme porte de sortie que de se rendre dans les immenses exploitations du sud du pays et de travailler dans les serres de fruits et légumes dans les conditions les plus difficiles.
Pour autant, il y a un gros décalage entre le discours de la gauche espagnole qui se présente comme progressiste et anti-Trump et la réalité. Il ne faut pas oublier que ce même gouvernement a envoyé, il y a quatre ans, l’armée aux frontières pour repousser des migrants marocains, ce qui avait provoqué une trentaine de morts. C’est aussi ce gouvernement qui a passé ces dernières années des accords avec les gouvernements marocain et mauritanien afin qu’ils acceptent de faire le sale travail de refouler les migrants.
Par ailleurs, derrière l’effet d’annonce, il y a un véritable parcours du combattant pour les sans- papiers afin d’obtenir un titre de séjour, ne serait-ce que pour obtenir l’empadronamiento (l’attestation de résidence), un document indispensable pour être régularisé et souvent inaccessible aux étrangers. Il faut donc acheter cette attestation au noir, ce qui peut coûter jusqu’à 400 euros pour un papier normalement gratuit. Il faut encore ensuite obtenir un rendez-vous, ce qui est en soi une entreprise bien difficile.
Ceux qui ont obtenu un titre de séjour rejoignent ensuite les millions de travailleurs précaires en Espagne. En effet, cette carte est un véritable permis d’exploiter pour les patrons, petits et gros, qui en profitent par exemple pour imposer des heures supplémentaires gratuites en faisant du chantage à l’emploi, car ils savent parfaitement qu’un immigré sans travail aura bien du mal à renouveler son titre de séjour. Cette précarité permanente est entretenue consciemment par les différents gouvernements au pouvoir qui fabriquent ainsi une main-d’œuvre exploitable pour les capitalistes.
Cette division artificielle créée entre les travailleurs fait le jeu de l’extrême droite et du développement des idées racistes. Le gouvernement socialiste en est complice car il souhaite éviter que les sans-papiers puissent accéder à l’égalité des droits et à la nationalité espagnole, ce qui leur permettrait de construire une vie un tant soit peu stable.