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États-Unis : l’ICE dans ses œuvres
Les deux meurtres, dans les rues de Minneapolis, d’opposants à la politique violemment anti-immigrés de Trump ont provoqué une indignation contre les auteurs des coups de feu, qui appartiennent à deux agences fédérales : l’ICE et la CBP, la police des frontières.
L’ICE a été créée en 2002, quelques mois après les attentats ayant détruit les tours jumelles du World Trade Center à New York. Selon le gouvernement américain cette agence devait protéger les États-Unis du terrorisme, mais l’ICE fut tournée dès le départ contre les immigrés n’ayant rien à voir avec les islamistes qui avaient fait s’écraser des avions sur des immeubles. Une dizaine d’années après sa création, sous la présidence du démocrate Obama, les expulsions d’immigrés ont atteint un record.
Dès son retour à la Maison-Blanche il y a un an, Trump a mis en œuvre la chasse aux immigrés bien plus bruyamment que ses prédécesseurs démocrates. Il a fait voter par le Congrès une augmentation considérable du budget de l’ICE, qui à présent dépasse celui de l’armée espagnole ! Ainsi l’ICE a pu doubler ses effectifs en 2025, atteignant 22 000 agents. Cette année, elle devrait en recruter 10 000 de plus. La CBP n’est pas en reste : elle s’équipe de drones militaires de surveillance « reaper » à 30 millions de dollars pièce.
« ICE recrute des Américains patriotes et courageux pour expulser les criminels étrangers, meurtriers, violeurs, terroristes, pédophiles en situation irrégulière dans nos rues », prétend son site internet. Pourtant, elle arrête des parents amenant leurs enfants à l’école, des ouvriers sur leur chantier ou dans leur usine, des jardiniers qui s’occupent d’espaces verts, des journaliers qui attendent des employeurs potentiels sur des parkings, etc. Bad Bunny, chanteur star qui s’exprime en espagnol, a refusé d’organiser des concerts aux États-Unis en disant craindre que l’ICE vienne y arrêter son public…
Bien des Américains, au nom à consonance hispanique, ont été arrêtés et envoyés en centre de rétention avant même d’avoir pu faire reconnaitre leur citoyenneté. Des personnes habitant depuis l’enfance aux États-Unis ayant un travail et une vie de famille, ont été raflées et expulsées. Les contrôles aux aéroports, censés protéger du terrorisme, deviennent des pièges : des immigrés vivant parfaitement légalement aux États-Unis, y sont arrêtés comme de criminels au prétexte qu’ils n’ont pas payé une amende routière. D’autres, convoqués après des années de démarches pour se voir délivrer un permis de résidence permanent, la « carte verte », sont embarqués sous les yeux de leur conjoint et de leurs enfants.
Ces policiers, qui traitent leurs cibles en ennemis d’État, se sentent assurés par le gouvernement de l’impunité en cas de brutalités, même filmées. Ils n’hésitent pas à tirer, quitte à mentir en prétendant avoir été menacés par de dangereux criminels. En 2025, l’ICE a tué trois personnes et la CBP cinq, avant qu’en ce début 2026 chacune de ces agences tue un citoyen américain à Minneapolis.
Dans les centres de rétention, les prisonniers sont entassés dans des conditions indignes : en 2025, 32 personnes sont mortes sous la garde d’agents de l’ICE et déjà au moins six autres depuis début 2026.
Trump traite chaque jour les travailleurs immigrés de criminels. Non seulement il veut diviser, mais il se sert des ces troupes paramilitaires pour semer la terreur dans les quartiers populaires et étouffer toute contestation. Mais, dans l’agglomération de Minneapolis, peuplée de trois millions d’habitants, il est tombé sur un obstacle. Révoltés par les pratiques de l’ICE, au moins 34 000 personnes se sont inscrites dans des groupes voulant entraver son action et qui commencent à agir pour protéger leurs quartiers. Cette mobilisation est bien la seule chose positive qu’aura amenée la politique de Trump.