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Dans le monde
FIFA : rififi autour des profits du foot
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a rapidement remisé son plan de privatisation partielle des Coupes du monde. Le projet, divulgué le 28 juillet, consistait à mettre sur pied une entreprise privée chargée de commercialiser les recettes des compétitions organisées par la FIFA.
Une part de la société devait être vendue au fonds d’investissement Thrive Capital dirigé par Joshua Kushner, frère du gendre de Trump, avec lequel Infantino flirte depuis quelque temps sous la bannière du roi dollar.
Mais 48 heures après l’annonce, à l’unanimité de ses 55 membres, la confédération européenne UEFA, suivie par deux autres confédérations, votait le boycott des futures Coupes du monde. Plusieurs hauts dirigeants de la FIFA s’élevaient contre le projet de leur président. Des dirigeants politiques, en public comme le Premier ministre britannique Andy Burnham, ou en coulisses comme Macron, s’activaient également. Le football « ne sera jamais à vendre », déclarait l’UEFA dans un élan vertueux dont elle est peu coutumière. Face à cette opposition, Infantino – qui n’est autre que l’ancien secrétaire général de l’UEFA – ne pouvait que céder. L’UEFA regroupe en effet les clubs les plus riches du monde et les équipes les plus sélectionnées – lors du dernier Mondial, six des huit quarts- de-finaliste étaient européens. Une Coupe du monde sans les équipes européennes serait démonétisée.
Quels sont les enjeux de cet affrontement inédit ? Ce n’est certes pas la commercialisation des droits qui a indigné l’UEFA – la Ligue des champions qu’elle organise est devenue une grosse affaire financière, diffusée dans le monde entier et où, en réalité, dix ou quinze clubs richissimes se disputent les premières places. Mais au fil des années, la FIFA et l’UEFA sont devenues concurrentes. La FIFA organise des compétitions dont les recettes s’élèvent à plusieurs milliards de dollars et elle en redistribue une partie à ses 211 membres. Ainsi, des fédérations de pays pauvres reçoivent des subsides qui peuvent être importants à l’aune de leur budget limité. Infantino, élu depuis 2016 par les fédérations, et candidat pour un nouveau mandat en 2027, l’a bien compris. Il a augmenté les recettes – notamment grâce aux fameuses « pauses fraîcheur » à vocation publicitaire – et les versements aux États membres. Alors que, depuis 1998, la phase finale regroupait 32 équipes, Infantino l’a élargie à 48 équipes en 2026, et il veut porter ce nombre à 64 équipes en 2030.
Cet élargissement clientéliste fait le bonheur d’équipes moins cotées et a donc valu autant de soutiens à Infantino, qui pose au grand défenseur de l’Afrique. Mais il exaspère de grosses écuries comme celles de France, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Espagne ou des Pays-Bas. Considérant que ce sont leurs équipes qui attirent les téléspectateurs, ces fédérations voudraient donc récupérer l’essentiel des recettes.
Les dagues sont donc sorties des fourreaux et les fédérations de l’UEFA se préparent maintenant à licencier Infantino, dans un affrontement où l’éthique sportive, les buts spectaculaires et le beau jeu comptent fort peu, sinon pour couvrir les rapports de pouvoir et la cupidité débridée.