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Leur société
Fonction publique : la précarité au quotidien
Agent d’entretien dans un lycée ou un hôpital public, secrétaire de mairie, enseignants… de plus en plus de travailleurs de la fonction publique sont des travailleurs précaires.
Une Atsem (agent territorial spécialisée dans les écoles maternelles) arrive à 8 heures à l’école où elle est assignée. Elle doit préparer la classe, accueillir les élèves, mettre en place les ateliers sur les tables, accompagner des élèves aux toilettes, les servir à la cantine, débarrasser les tables et enfin, après tout cela, elle a droit à une pause de 20 minutes. Il lui faut ensuite surveiller la sieste, encadrer l’activité motricité, accueillir les parents au portail de l’école, faire le ménage.
Puis peut arriver la douche froide de fin de journée, que de nombreux travailleurs de la fonction publique connaissent car, comme dans le privé, le recours aux emplois précaires s’est massifié : c’est l’entretien avec la responsable de la mairie, qui lui annonce que son contrat ne sera pas renouvelé l’année suivante.
Que ce soit dans les administrations d’État, la fonction territoriale (municipalité, département, région) ou à l’hôpital, l’embauche de travailleurs contractuels pour faire tourner les services est devenue la règle. Comme le signale le rapport de la Cour des comptes de juin, ils représentent actuellement 77 % des embauches. Si bien qu’un travailleur de la fonction publique sur quatre a signé un contrat et n’est donc pas fonctionnaire.
Précariser les emplois dans la fonction publique est une politique de l’État. Entre 2011 et 2023, le nombre de contractuels a augmenté de 39 % dans les hôpitaux, de 46 % dans les administrations d’État et de 25 % dans la fonction territoriale. Faire payer aux travailleurs le poids des économies budgétaires est un choix assumé. En effet ces travailleurs sont moins bien rémunérés. De plus, l’État peut jouer sur l’enveloppe budgétaire allouée aux collectivités territoriales, les laissant se débrouiller pour faire tourner les services sans forcément avoir les moyens de rémunérer les contractuels nécessaires. C’est ainsi que, cette année scolaire encore, des enseignants contractuels de plusieurs académies ont vu leur contrat non renouvelé à la veille de petites vacances scolaires, faute de budget pour les rémunérer. Pourtant les élèves n’avaient pas, quant à eux, disparu au cours de l’année !
De tels contrats sont en général, notamment dans l’Éducation, des CDD de trois mois ou d’un an dont le renouvellement se fait parfois de la veille pour le lendemain. Quand le CDD est prolongé, il faut quémander un avenant au contrat, si bien que la nouvelle période de travail peut commencer sans qu’il ait été signé. Ce sont aussi des emplois mal payés, des emplois à temps partiel qui obligent à en cumuler plusieurs pour pouvoir s’en sortir. La débrouille sur fond d’insécurité permanente est ainsi devenue le lot quotidien pour 1,36 million de travailleurs contractuels de la fonction publique.