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Leur société
France – Royaume-Uni : un accord contre les migrants
Les gouvernements français et britannique viennent de conclure un nouvel accord, mercredi 22 avril, pour empêcher les traversées clandestines de la Manche.
Les deux États ont ainsi reconduit pour trois années supplémentaires le traité de Sandhurst signé en 2018 et déjà prolongé à plusieurs reprises. Le budget de la police a été augmenté de 540 à 580 millions d’euros, et une partie du financement britannique, 186 millions, a été conditionnée à l’efficacité des mesures. Le nombre d’agents chargés d’empêcher les départs depuis la France doit doubler d’ici à 2029, pour atteindre environ 1 400. Des drones, des hélicoptères, des caméras thermiques, des jumelles nocturnes, le meilleur de la technique moderne, seront utilisés, non pas pour rendre la société plus humaine, mais pour rendre la vie encore plus dure aux plus pauvres. Et pour bien montrer qu’ils sont intransigeants, les ministres de l’Intérieur français et britannique, Laurent Nuñez et Shabana Mahmood, ont visité ensemble, le 23 avril, le chantier d’un centre de rétention destiné à enfermer les migrants visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) à Loon-Plage, près de Dunkerque.
Des deux côtés de la Manche, la plupart des partis font de la surenchère sur le terrain de la lutte contre l’immigration clandestine. Le Premier ministre travailliste Keir Starmer cherche à conserver la majorité lors d’élections locales qui ont lieu début mai et, face aux attaques du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage, il a promis de « reprendre le contrôle des frontières ». Tout comme en France où la lutte contre l’immigration sert de thème de campagne démagogique à bien des candidats à la future élection présidentielle, de Retailleau ou Darmanin à Wauquiez, Ciotti ou Bardella, pour ne citer que ceux-là.
Les démagogues des deux pays savent pourtant bien qu’un tel accord n’empêchera pas les migrants, qui ont traversé la planète en risquant leur vie, de tenter de franchir les quelques kilomètres qui les séparent du Royaume-Uni, où ils espèrent trouver du travail et une vie meilleure. En 2025, au moins 40 000 personnes auraient rejoint ce pays sur de petites embarcations, deuxième chiffre le plus élevé depuis 2018. Le gouvernement français affirme que le nombre de traversées aurait diminué de moitié depuis le début de 2026, et se vante d’avoir arrêté 480 passeurs en 2025. Mais au moins 29 migrants sont morts sur le bras de mer en 2025, et six déjà en 2026.
Le principal résultat de cette politique criminelle est que les migrants devront prendre encore plus de risques, partir de plus loin, de Belgique pour certains, souvent en y laissant la vie.